Comme dans la chanson « Elle voulait un enfant moi je n'en voulais pas mais il lui fut pourtant facile avec ses arguments de te faire un papa » Sauf que moi je voulais un chat et qu’il n’en voulait pas. Et qu’il ne me fut pas si facile que ça avec mes arguments de le convaincre. « Il » c’est mon ancien colloc. Lui il se voyais bien avec un chien. Un chien ??? Dans 60m² au 5èm sans ascenseur ? Surtout qu’il voulait pas un micro Chihuahua atrocement moche ou un minable Yorkshire répugnant mais un beau, un vrai, genre Labrador. Hors de question qu’un canidé squatte mon canapé, mes jambes ou mon temps libre pour aller se balader. Moi je sors pas un chien, non mais ho, j’ai une image à respecter. Hors du félin, point de salut.
Tout essayé.
Catégorique « J’ai toujours grandi entourée de chats, je peux pas m’en passer ».
Attendrissante « Un ’tit chat tout meugnon qui te ronronne en boule dans le creux du bras c’est irrésistible »
Larmoyante « S’il te plaît, dis oui, je me sens siiiii seule la nuit sans chat qui dort dans mon cou »
Reprochante « On vit à deux, ta décision unilatérale de ne pas avoir de chat ne colle pas avec l’image que je me faisais de notre collocation »
Et je l’ai eu à l’usure, si j’ose dire.
Un jour je suis rentrée du taf avec à la main un numéro de téléphone. Une nana de Villepreux-Les-Clayes (ah, ces villes de RP…) qui avait quatre chatons. Deux mâles, deux femelles. J’ai dit à mon colloc que j’appelais, non pas pour réserver mais par curiosité pour savoir s’ils étaient encore disponibles. Ca sentait la supercherie à plein nez mais il m’a laissé faire.
« Bonjour, je vous appelle au sujet de l’annonce pour les chatons que vous donnez, ils sont toujours disponibles ?
-Oui, bien sûr, tous les quatre
-Et ils sont de quel sexe ?
-J’ai deux mâles et deux femelles, vous seriez intéressée par quoi ?
-Ben… Euh… A priori des femelles mais ma décision n’est pas tout à fait… Un instant s’il vous plaît
Mon colloc qui me fait des grands gestes et me montre deux doigts. Moi tentant la langue des signes, traduction : « Quoi deux ? » réponse chuchotée de mon interlocuteur « Bah deux chattes, mais que des femelles, hein ? », « Wouah, t’es sûr ? » « Oui ».
-Oui, excusez moi, il est possible de réserver deux femelles ?
Cherchant l'approbation dans le regard de mon colloc qui acquiesce
-Oui, avec plaisir !
-Bon, on peut passer quand ? Elles sont sevrées ?
-Oui, elles sont sevrées, vous passez quand vous voulez
-Demain ?
-D’accord alors pour venir chez moi il faut……. »
« Bah oui, une seule on s’y serait attachés tous les deux et le jour où on vivrait plus ensemble, imagine la galère pour savoir qui la garde »
Ok…
On a fêté ça à grand coup de Martini. Trop de Martini et de vin. Peut-être même aussi trop d’autres alcools qui traînaient par là. Bref, le lendemain j’étais complètement HS, assommée par une des plus belles gueules de bois de ma carrière, toute la journée sous ma couette avec une bassine et une douleur atroce à chaque centimètre carré de ma peau et dans chacun de mes organes. Mon colloc est parti à Villepreux avec un ami pendant que je tentais de me remettre difficilement de mes émotions. Très difficilement. Et je lui cherchais un prénom. Dans les toilettes, on avait fait une déco dite « à chier ». Tant qu’à faire… Et accroché au dessus de la cuvette une photo d’un transsexuel opéré par un chirurgien bourré ou débutant. Divine Paola qu’elle se fait appeler. Ce jour là j’ai pas mal vu les toilettes. Et l’évidence s’est imposée à mon esprit, elle s’appellera Divine.
Ils m’ont appelée quand ils arrivaient, je suis allée les chercher à la gare. L’air frais m’a un peu aidée à ne pas vomir tous les cinq mètres dans la rue de notre petite banlieue bourgeoise (ça aurait fait mauvais genre) et je suis arrivée pâle, cernée, fatiguée, titubante mais vivante à la gare. Il ouvre la boite à chaussures percée à grands coups de ciseaux et tapissée avec quelques vieilles serviettes de bain.
Oooooooh, qu’elles sont belles !!!
« Tu préfères laquelle ?
-Ben euh… La plus noire avec une tache blanche sur l’œil et deux petites touffes en haut des oreilles, on dirait un bébé lynx, elle me plaît bien…
-T’es sûre ?
-Euh, oui, sauf si c’est celle que tu veux…
-Tu rigoles, je préférais l’autre !!!
-Elle s’appelle Divine.
-Et la mienne Dita. »
Et nous sommes rentrée, fiers parents nos bébés dans les bras. On a passé la soirée tous les deux en boule sur le canapé sous ma couette à faire des câlins à nos nouveaux enfants.
Mon petit fauve…
Vous dîtes...