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Fantomette a encore frappé

Jeudi 26 janvier 2006 4 26 /01 /2006 23:13

Mon papa est à Paris.

Je suis allée le voir chez sa fiancée hier et il m'a prêté un livre.

Les 15 ans des restos du coeur (le bouquin date de 2000).

Il savait que ça me plairait, depuis ma plus tendre enfance je vénère Renaud et Coluche, je connais toutes les chansons de l'un, tous les sketches de l'autre (ou presque...), et même aux périodes les plus critiques de mon adolescence, les posters de l'un et de l'autre trônaient au milieu des Spices Girls et autre 2Be3, comme quoi, tout n'était pas désespéré.

Depuis, j'ai cassé le cadre de Coluche, il est dans mon placard avec Renaud qui n'a jamais eu de cadre et dont les quatre angles paraissent rongés par une souris tant ils ont été punaisés de fois. Maintenant c'est la Joconde qui trône dans mon salon-salle à manger-chambre-cuisine-salle de bain-bureau (vous ai-je déjà dit que mon appartement est minuscule ?) mais c'est une autre histoire.

Je viens de refermer le bouquin.

Je l'ai fini.

Bouquiné en un temps record, 5 stations de métro hier soir, jusqu'à ce que mes yeux se ferment dans mon lit, dans le métro pour venir bosser tout à l'heure, en déjeunant et la journée ayant été calme, au bureau.

Que de souvenirs...

Deux ans de bénévolat à l'Oasis à Nantes (quel beau nom pour un centre des restos, hein ?), mon entrée à 16 ans, presque 17, la maman des restos qui refuse catégoriquement ("ça va pas, non ? Pas de mineures, je te rappelle qu'on est pas face à des tendres mais de gars de la rue"), mais j'avais emmené du renfort. D'abord mon papa qui a bénévolé là-bas quelques années et mon obstination butée, finalement elle a accepté en jetant à mon cher papa "'Reusement qu'elle a été sérieusement pistonnée" puis à un des gars "Jean-Claude, à partir de mercredi, Fantomette est dans l'équipe de jour (ben oui, la nuit faut être majeur), tu ne la quittes jamais des yeux. A n'importe quel moment ou elle tourne les yeux vers toi elle doit voir que tu la regardes, si un type l'emmerde, dans les trois secondes tu es à côté d'elle, tu es son garde du corps, il ne doit jamais rien lui arriver, c'est ta responsabilité, ok ?", Jean-Claude est d'accord, il ne me quittera pas d'une semelle les deux années qui suivront (du moins, les moments que je passerai là-bas).

Le premier mercredi, j'arrive à 12h15 en ayant couru comme une dératée après les cours, tout est prêt de l'autre côté du bar, les entrées en place, les plats chauds dans la cuisine, les corbeilles de pain avec la bouteille d'eau et les gobelets sur chaque table, la table est mise, on mange tous ensemble, je découvre l'équipe et mon bénévole préféré : Papi Jacques, 76 ans, il a fait la première saison avec Coluche et n'aura de cesse de me la raconter devant mes yeux chaque fois plus émerveillés. On est aux cafés tous les deux. On débarrasse tout, Gepetto (je crois que son vrai prénom est Jean-Maxime ou Jean-Maxence mais la ressemblance est frappante...) se met à la vaisselle, les gars se pressent devant les portes, 13h pétantes, les portes s'ouvrent. Eux connaissent la chanson, ils demandent, on les sert, à 14h le service café est ouvert et là c'est parti, on en sert des dizaines, le sucre est sur le comptoir, le lait dans le frigo, ils n'ont qu'à demander, tout est là, il y a du thé et du chocolat chaud (ou froid pour une des nanas qui picore comme un oiseau et boit plein de chocolats froids). Papi Jacques me dit "lui c'est un petit café avec un sucre, lui c'est café noir, lui il a le droit d'en prendre deux il ramène celui de Rital" et effectivement, il les connaît bien ses gars... Et les gars parlent.

Beaucoup.

Je les écoute, ne les interromps pas. Je leur donne un café, un je prends la tasse, deux je verse, trois je tends, cinq secondes par café. J'ai l'impression que je viens de leur offrir la Lune. Ils remercient comme jamais, sourient, me demandent ce qu'une gamine comme moi fout là et embrayent sur tout et rien.

Un jour, une môme me demande un chocolat chaud (je ne sais pas quel âge elle a, seule certitude, elle n'est pas majeure), je m'en fais un aussi et m'appuie sur le comptoir pour le boire avec elle. Elle me demande mon âge, je lui dis et elle me répond "Moi aussi j'ai 17 ans, mes parents m'ont foutue dehors parce que je sortais avec un arabe. Tu vois, on a le même âge, les mêmes rêves, j'ai grandi trop vite, si t'es là c'est que toi aussi, on se ressemble même un peu tu vois. Mais on n'est pas du même côté du comptoir" Je ne peux rien lui répondre, tout a été dit. Elle ne dit plus rien, remue frénétiquement son chocolat, le laisse refroidir en retenant des larmes, si je lui parle, elle va pleurer, ce n'est pas le moment. Quelques minutes s'écoulent. Puis elle respire un grand coup, son visage se referme, elle boit son chocolat, me demande si je serai là mercredi prochain, j'acquiesce, "bon, ben merci pour le chocolat, à mercredi, salut". Je ne me souviens pas de son prénom.

Jean-Claude ne me quitte pas des yeux. Jamais aucun des gars ne m'a manqué de respect. Jamais. Les restos c'est sacré.

Ici, les gens n'ont plus rien, il n'y a qu'eux.

On les tutoie en général, ce tutoiement est une marque de respect, d'existence.

Ils sont là, avec leurs gros chiens, le seul endroit où je n'ai jamais eu peur des chiens. Ici, un chien est dressé, il sert de compagnon, de chauffage la nuit, d'alarme, de protection, ils sont autant attachés à leurs maîtres que leur maître le sont à eux, c'est pour ça qu'ils ne vont pas dans les foyers. En foyer les chiens sont interdits, et ils ne peuvent pas s'en séparer. C'est leur bébé, leur frangin, leur meilleur copain, leur compagnon de galère. Aux restos on a à manger pour les chiens, les restes de la veille (tant qu'il y a de la viande les chiens mangent), ou quand les grandes surfaces ont du surplus de nourriture pour animaux.

J'ai juste appris à ne jamais caresser un chien sans en demander la permission à son maître. Leurs chiens sont des chiens de garde, c'est leur garde du corps à eux.

Une année s'écoule, tous les mercredis pendant l'école, en plus les lundis et vendredis pendant les vacances, Papi Jacques qui en a des choses à me raconter, la plus jeune et le plus vieux bénévole, inséparables. Il n'y a pas beaucoup de femmes dans l'équipe de jour, un mercredi sur deux j'ai droit au machisme mi-déconneur mi-sérieux "Bon, Fantomette, tu passes la conchita, après tout c'est un boulot de gonzesse", on partage, parfois je le fais, parfois je leur renvoie la serpillière, ils le font. Il doit faire pas loin de 200 ou 300 m² notre Oasis !!!

Il y a des types comme Rital. Rital, on ne connaît pas son prénom, peut-être bien que lui aussi l'a oublié. Il est Italien, c'est tout. Rital a été un des caïds de Nantes, toute la drogue qui y était vendue transitait d'une façon ou d'une autre par son réseau. C'était pas un doux. Un jour des "concurrents" en ont eu marre, ils lui sont tombés dessus à dix avec des battes. Rital aurait dû y passer. Urgences, on recolle tout, 8 mois de coma, autant en fauteuil roulant. Il s'en sort. Démarche saccadée, pas mal de séquelles physiques, il parle mal (il a eu la mâchoire fracassée). Mais c'est une crème maintenant. Il est doux, gentil, déconneur, chaque fois que je lui apportais son café (lui il le renverse) il voulait à tout prix me rouler un "p'tit joint" comme il disait ou une clope pour me remercier. Il a trouvé plus fort que lui et a arrêté de déconner. On l'aime bien Rital.

En juin, appel de papa. La maman des restos, Denise est morte. Coup de massue, on est nombreux à la crémation. Très nombreux. Plein de bénéficiaires, on chante la chanson des restos et on finit tous à l'Oasis, moi sur la moto, bien serrée derrière papa. Tout le monde picole un peu, elle en a sorti pas mal de la rue. Mais je parlerai d'elle plus tard.

Serge reprend le flambeau, en novembre j'ai 18 ans. Je lui demande l'autorisation de passer à la nuit. Il me connaît depuis plus d'un an sur le terrain, sait que je peux assurer, il accepte.

Première nuit, il fait un froid hallucinant, vraiment c'est l'horreur, 18h, rendez-vous à l'Oasis, on prépare les sandwiches (jambon / fromage pour les musulmans et les végétariens) on charge le car (notre beau car rouge avec un énorme Coluche à l'arrière) de soupe, eau chaude, lait chaud, café, sandwiches, pain, sucre plus les surplus éventuels selon arrivage : pâtisseries, yaourts, gâteaux, bonbons, fruits,... On mange, on débarrasse, 19h50 pétantes on décolle, on doit être à 20h précises place de la Petite Hollande. Ils sont là. Le premier soir est un peu irréel, on tâtonne, on cherche à comprendre l'organisation, qui est "de sandwiche", "de café", "de soupe", dehors, dedans,... On gèle littéralement. 21h10, on redécolle, on arrive à 21h20 sur la place du Marché de Talensac, d'autres sont là, encore un peu perdue, 22h30 on rentre à l'Oasis, on décharge tout, on nettoie le car, on fait la vaisselle et chaque semaine quelqu'un apporte quelque chose à boire, on s'installe dans le coin bibliothèque, troisième mi-temps, débriefing, on discute de la soirée, de ce qui nous a marqué, on ne rentre pas chez nous le coeur lourd d'un détail, on se dit tout, on dédramatise, on explique. Vers minuit, on décolle, on rentre. Trois ou quatre kilomètres plus tard, mon vélo et moi arrivons chez mes parents. Je me couche. Les yeux ronds comme des soucoupes à regarder le plafond. Je ne dors pas. Ils sont encore dehors à avoir froid. Et moi je suis là dans ma grande chambre à moi, dans mon grand lit, sous ma couette bien chaude à écouter le vent siffler dehors. J'ai presque honte. Et cette maman avec son bébé, elle aussi elle est dehors. Et le grand, là qui fanfaronnait, il doit avoir froid. Et celle de presque mon âge qui avait les yeux tristes...

Il m'aura fallu plusieurs fois pour m'endormir sereinement avec le sourire, consciente de leur situation nulle mais aussi consciente que je n'y peux rien, que pendant deux heures et demie, on a parlé, ri bu, mangé, déconné, qu'on s'est amusés ensemble et que je n'y peux rien, moi si ils sont dehors. Mais je peux juste les aider à rendre ça un peu moins pénible. Ce que j'essaie de faire tous les mardis.

Depuis que j'ai quitté Nantes je n'ai pas repris les restos mais je compte bien recommencer. J'ai du mal à ne plus le faire...

 

"Moi je file un rencart à ceux qui n'ont plus rien

Sans idéologie, discours ou barratin

On vous promettra pas les toujours du Grand Soir

Mais juste pour l'hiver, à manger et à boire

Aujourd'hui, on n'a plus le droit..."

 

Ben tu vois Michel, 20 ans après on y est encore

Par Fantomette - Publié dans : Fantomette a encore frappé
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Jeudi 9 février 2006 4 09 /02 /2006 06:30

Suspense ce matin à l'hôtel de ville d'***.

Entre 08h00 et 09h45, une main suspecte a mangé trois croissants (ou plutôt devrais-je dire une bouche ou un estomac suspect) et deux pains au chocolat, bu un café. Un petit déjeuner était prévu pour une réunion annulée en dernière seconde alors que le plateau était déjà prêt et les viennoiseries devant la salle sur une table prévue à cet effet.

Les viennoiseries ont été recomptées, leur nombre comparé au nombre indiqué sur le bon de commande, le (la) voleur(euse) gourmand(e) étant introuvable, un rapport sera rédigé par le service du protocole.

Les deux thermos de contenance 1,5 litre pleins de café chaud préparé ce matin (moins une tasse bue par le(la) mystérieux(se) voleur(euse) de viennoiseries) seront vidés, l'eau et le jus d'orange remis au frigo.

Pendant ce temps, devant l'hôtel de ville, un type crève la dalle sur une aération chaude en faisant la manche, est-ce qu'il sait que la femme qui vient de lui passer devant se dirige vers le centre administratif de la commune à une cinquantaine de mètres de l'hôtel de ville, et porte une boîte contenant 9 pains au chocolat et 6 croissants, et qu'ils finiront dans le ventre rond de quelques hauts-fonctionnaires qui demanderont son déplacement (un SDF devant l'hôtel de ville d'une belle ville comme ***, c'est du plus mauvais genre) ?

J'ai la nausée, je suis dégoûtée de ce que je viens de voir et d'entendre. Comment peut-on vivre à ce point en dehors de la réalité ? J'aurais été à la place de la nana qui doit tout recompter, j'aurais filé la boite de viennoiseries au gars et j'aurais inventé un truc, je suis sûre qu'elle ne l'a même pas vu.

Sur mon cahier, c'était écrit "réunion 15 personnes", il y avait 20 viennoiseries... Moi je l'avais vu le SDF mais vu ce qu'il vient de se passer, je lui apporterai les 5 croissants et pains au chocolat tout discrètement à la fin de mon poste, le café c'est bon, il l'a eu tout à l'heure. Je ne pourrai même pas lui en apporter un autre, les thermos ont été vidés. Qu'est-ce qu'un peu de gaspillage à côté de ce glorieux rapport ? J'aurais bien bu un café chaud moi, tiens... Le gardien et le chauffeur aussi mais on ne nous a pas proposé.

Ca me donne envie d'être vulgaire et de sortir plein de gros mots et de noms d'oiseau qui ne sont même pas dans le dictionnaire pour outrage à la dignité humaine et état d'abrutissement avancé.

J'ai pas vocation de changer le monde mais des tout petits gestes peuvent le rendre un tout petit peu moins dur pour ceux pour qui il l'est le plus.

Par Fantomette - Publié dans : Fantomette a encore frappé
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Vendredi 24 février 2006 5 24 /02 /2006 06:30

Assez jeune j’ai commencé à m’intéresser à l’holocauste. A me demander comment c’était possible. Comment des hommes avaient pu faire subir ça à d’autres hommes. Comment de cerveaux humains étaient sorties de telles atrocités. Comment on avait pu instrumentaliser la mort à ce point là. Comment on peut en vouloir à quelqu’un à cause d’une religion. Comment on peut tuer froidement femmes et enfants (non que la vie des hommes ait moins de valeur, loin de là mais on imagine un homme plus à même de se défendre, vieux cliché, je sais).  Comment on peut ruiner moralement et physiquement un homme au point qu’il n’ait même plus la possibilité de ressentir autre chose que la faim ou la fatigue. Et aussi, comment on peut vivre après les camps. Comment on peut vivre sereinement une religion qui a décimé toute sa communauté. Comment on peut dormir après le pire. Comment on peut pardonner à ses bourreaux ou s’excuser auprès de ses victimes. Comment on peut prétendre que tout ça n’a pas existé. Comment un humain en tenant des propos révisionnistes peut être à ce point abject, ordurier et indigne de toute forme de respect.

Toutes ces choses qui dépassent mes capacités d’entendement d’héroïne idéaliste qui met son masque de Zorro à la moindre injustice et souffre d’entendre un enfant pleurer.

Alors j’ai regardé Shoah. J’ai regardé Nuit et Brouillard. J’ai regardé La Vie Est Belle. J’ai assisté à des projections-débat sur le négationnisme. J’ai lu Primo Levi, Charlotte Delbo, Imre Kersetz, et les autres. Et un jour j’ai craqué, il fallait que je sache. J’ai voulu lire Mein Kampf. J’ai voulu voir ce qui pouvait se passer dans un esprit pour en arriver là, à ce point de haine. Je l’ai bien trouvé en vente sur des sites internet. Ornés d’une belle croix gammée, hors de question que je verse un centime à ces infâmes. J’aurais pu éventuellement le commander en librairie. A qui vont les droits d’auteur ? De toute façons je n’aurais jamais pu passer à la caisse ce torchon à la main.

Dans la bibliothèque de l’IUFM où bosse mon père, il y avait, planqué, un vieil exemplaire poussiéreux. De 1934. Avec un avertissement en première page. « Ce livre est présenté comme un document historique, un témoignage, les éditeurs et traducteurs n’en approuvent nullement le contenu ».

Je lui ai fait une couverture en Kraft et c’est là que la parano a commencé. On n’en voyait plus le titre mais en haut de chaque page, à gauche, « Mein Kampf » et à droite, le titre du chapitre. Avec des chapitres appelés par exemple « comment je suis devenu antisémite », j’avais peur qu’on voie ce que je lisais. Dans le tramway ou le bus j’étais au fond, tout au fond en étant certaine que personne ne pouvait voir ce que je faisais. Au lycée, je me mettais sous le préau ou sur la pelouse dans un coin. Histoire que personne ne puisse venir de derrière et que je voie les gens arriver de suffisamment loin devant. J’ai ai pleuré, j’ai cru en vomir parfois. S’il n’avait pas été mort je crois que la rage aurait pu me faire étrangler l’auteur de mes propres mains. Puis l’impuissance et la résignation. Il y aura toujours des gens pour approuver de tels discours, pour croire en une haine aveugle. Pour haïr au nom d’une pureté imaginaire.

Est-il normal que j’aie pu me procurer ce livre aussi facilement ? Est-il normal qu’il soit possible de commander un bouquin pareil ? Est-ce que la censure devrait s’appliquer pour éviter à des esprits fragiles de tomber du côté obscur de la force ou au contraire laisser la « libre circulation » pour que les gens sachent la vérité et puissent avoir un esprit critique à ce sujet ?

Je n’ai toujours pas de réponse à cette question. Mais la nausée me reprend et ce frisson d’énervement qui me donne envie d’expliquer à tous ceux-là qu’ils se trompent, que ce n’est pas possible d’en être arrivé là, qu’on ne peut pas croire en ça, adhérer à ces idées, qu’on ne peut pas laisser dire et penser ça. 

C’est sidérant à quel point c’est vain.

  

 

 

 

Si c’est un homme

 Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise des visages amis,
Considérez si c'est un homme

Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c'est une femme

Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux,
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.

N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas:
Gravez ces mots dans votre coeur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

Primo Levi.

 

 

Auschwitz, février 1944-janvier 1945

"Nous réalisons tous tôt ou tard que le bonheur parfait n'existe pas sur Terre mais bien peu s'arrêtent à cette considération inverse qu'il n'y a pas non plus de malheur absolu"

Par Fantomette - Publié dans : Fantomette a encore frappé
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Samedi 4 mars 2006 6 04 /03 /2006 06:30
Quand elle avait vingt ans, ma mère a épousé par mégarde un type dont elle s'est séparée aussi sec, même si elle n'en a divorcé pour de bon qu'après la naissance de sa première fille avec mon père. Lui aussi avait déjà eu un fils avec une autre qu'il s'est empressé d'épouser quelques semaines après son divorce. Donc ce jeune homme est un poil plus vieux que ma soeur et a à deux mois près deux ans de plus que moi. D'après ce qu'en sait ma maman, ils habitent pas loin de mon ancien lycée.
Année scolaire 2003/2004, Lycée Les Bourdonnières, Nantes. Je suis une fois de plus au bureau de la vie scolaire, tentant sûrement de justifier une absence sous un prétexte frauduleux avec un billet signé de ma main ("Je la garde au cas où tu deviens célèbre un jour" m'a lancé un pion se rendant compte que c'était un faux...) et juste devant moi, un type vient lui aussi faire signer une absence. Je regarde par réflexe le nom indiqué sur son carnet. On dirait bien que c'est le fils de l'ex-mari de ma mère, ça... Le soir je rentre, fais part à ma mère de ma surprise et demande confirmation du prénom du fils, c'est bien ça, l'âge correspond, la situation géographique aussi. L'air de rien, je glane quelques détails sur la vie de cette petite famille, ça tombe bien, on a la tante potins de la famille à dîner, elle me raconte leur histoire en long en large et en  travers avec prénoms des enfants, date de mariage,
prénom de la femme, tout ça. Parfait... Je me frotte les mains mentalement...
Le lendemain, je cherche le type, pas facile, je l'ai vu juste quelques secondes mais je le retrouve et me plante devant lui
"Bonjour
-Bonjour
-Tu t'appelles Julien C.
-Euh, on se connaît ?
-Tu es né le 21 janvier 1984, tu as deux soeurs, Agnès et Pauline nées à telle et telle date (oui, j'ai oublié depuis), ton père s'appelle Didier, ta mère s'appelle (j'ai oublié depuis).
-Comment tu sais ça ?
-Tu vis à Vertou à telle adresse, d'ailleurs, quand tu es né, ton père était marié à une autre, Véronique L. qu'il avait épousé le vendredi 13 juillet 1978, dont il s'est déparé début 79 et dont il a divorcé le 6 juin 1984.
-Eh mais t'es qui ?
-Je suis ton père.
-Hein ?
-Je suis Fantomette"
Et je suis partie.
Vous auriez vu sa tête... Même si plus tard j'ai fini par lui dire qui j'étais, comment j'étais au courant de tout ça et comment je l'avais "reconnu".
Je crois qu'il n'avais pas trop le sens de l'humour, il a mal pris ma blague somme toute innocente. Je me demande ce qu'il a raconté chez lui le soir, et comment sa famille a réagi, j'aurais voulu être là pour voir ça.

Par Fantomette - Publié dans : Fantomette a encore frappé
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Mercredi 8 mars 2006 3 08 /03 /2006 06:30
Dans le métro avec une collègue, on discute et je remarque
“P’tain, c’est dégueu, y’a des vieux mollards par terre
-Oh m*** j’ai marché dedans, c’est vraiment des porcs
-Je trouve ça immonde
-Graaaave je déteste cette expression, je pardonne parce que c’est une copine
-De toutes façons, j’aime pas ça, j’aime pas les gens qui crachent, qui taguent au hasard pour faire chier le monde, qui cassent ce qui leur appartient pas, qui laissent pas leur place aux vieilles, qui parlent au téléphone très fort dans le bus ou le métro, qui s’asseyent en écartant les jambes au maximum, qui s’excusent pas quand ils te bousculent je trouve ça trop nul.
-Tu vas loin
-J’aime pas le manque de respect, j’aime pas la connerie gratuite”
Réflexion d’un p’tit con représentant tout ce que j’aime pas “Pfff vieille conne réac’”
Eh ben à vingt ans je suis mal barrée tiens...
Par Fantomette - Publié dans : Fantomette a encore frappé
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Mardi 14 mars 2006 2 14 /03 /2006 09:38

Sans suivre l’actualité de près, je m’intéresse pas mal aux manifestations étudiantes de ces jours-ci. Ca me rappelle pas mal de souvenirs.

Mon année de terminale a été chargée, plus de manifestations que de cours d’ailleurs, j’avoue avoir oublié nos principales revendications mais on y croyait. Avec Collocdinternat, on avait réuni les pions pour savoir exactement de quoi il s’agissait. On voulait être crédibles et ne pas revendiquer dans le vide. Un des pions était le frère d’un ami de ma sœur (tout le monde suit ?) et il était assez mobilisé. On avait commencé à échanger sur le sujet et c’est comme ça que tout a commencé.

Un soir, mon portable sonne à 20h.

« Fantomette, c’est K, j’ai besoin d’un service

-Je t’écoute.

-Il faut que demain pour 10h toi et ton lycée soyez aux portes du mien et on part manifester.

-Il est 20h, j’ai 14h dont la nuit pour organiser ça, sans vouloir être pessimiste, c’est impossible.

-Il le faut parce que voilà ce qu’il se passe *je me souviens plus de la raison mais elle tenait la route*

-Mais comment tu veux que je fasse…

-Je sais pas, faut que ça fasse du bruit, tiens, je te laisse le numéro de mon frère. 06 xx

-Je te tiens au courant… »

Pour une fois je n’étais pas à l’internat ce qui a rendu la chose possible.

La saga des coups de fil.

« Collocdinternat, c’est Fantomette, demain quitte le dortoir tôt, sois vers 7h30 au plus tard à la grille principale en ayant, si tu peux, « emprunté » le mégaphone du proviseur.

-D’accord, tu as besoin que je fasse autre chose ?

-Si tu peux demander à tous les pions mobilisés que tu croiseras au lycée d’appeler tous les pions qu’ils connaissent et que demain ils soient aux grilles à 7h pour empêcher l’accès, j’ai eu K au téléphone, il m’a filé le numéro de son frère, tu sais, E, j’appelle la presse, essaye de motiver tous les dortoirs.

-Ok, à demain »

« Bonjour le 12, pouvez-vous me mettre en relation avec la rédaction de France 3 Ouest / M6 Nantes / Ouest France / Presse Océan ? »

« Oui, salut E, c’est Fantomette, ton frère m’a appelée, pour demain, tu penses pouvoir mobiliser du monde pour être aux grilles du lycée vers 7h ?

-Ca me paraît un peu tôt mais ça devrait être jouable.

-J’ai appelé la presse, Collocdinternat se charge d’emprunter le mégaphone.

-Je ramène des croissants.

-Et moi des thermos de café »

« K, c’est Fantomette, Collocdinternat mobilise les dortoirs et pique le mégaphone, les pions présents au lycée appellent leurs connaissances pour organiser le blocage, ton frère fait la même, la presse est prévenue, on considère que la mission est accomplie ?

-Et il est 22h…

-Je suis une super héroïne

-On se dit à demain vers 10h aux grilles de mon lycée ?

-On y sera, on arrivera à l’heure de la pause qu’on ait un maximum de gens.

-Ok, c’est parti…

-A demain. »

Ca a marché. A 7h,  Colocdinternat, les pions et moi on buvait des cafés en interdisant tout accès aux lycéens, vers 7h45 quand il y avait plein de monde le mégaphone a été subtilisé et on a expliqué aux gens ce qu’on attendait d’eux.

« On va tous au Lycée Jean Perrin, tout le monde connaît, on y sera pour 10h, on a largement le temps d’y aller, ensuite on part manifester, la presse papier est présente là ce matin et les caméras nous retrouvent sur la place du Commerce sur les coups de 11h » et on a remercié le proviseur pour son soutien en lui rendant le mégaphone. Depuis ce jour, nos relations ont été très tendues avec l’autorité suprême.

 

Je me souviens plus du nombre de manifestants de ce jour là mais ça a été une franche réussite. Et une franche rigolade et on a fait pas mal de chose. On a créé un collectif regroupant un ou deux mobilisés excités de pas mal de lycée de la région nantaise, on avait des réunions hebdomadaire dans un troquet de Nantes dont le patron nous réservait un étage rien que pour nous le samedi de 14h à 18h, on a mis des fonds en commun et imprimé un journal qu’on vendait dans les manifs « il coûte le prix que tu veux », on a fait beaucoup de choses. Et régulièrement, on « empruntait » le mégaphone, je montais en haut de l’escalier de secours extérieur et disais où on en était, les prochaines manifs, tout ça. Le proviseur apparaissait furax derrière moi dans les 5 minutes alors il fallait faire vite.

 

J’ai passé plus de temps en manifestations qu’en cours cette année là. L’année de mon bac. Je suis arrivée super relax aux épreuves, il était trop tard pour stresser.

 

Le 4 juillet, je bossais dans un camping à 80km de Nantes, les résultats tombent. Trop loin pour me déplacer, ma maman va voir les résultats à ma place. « Tu l’as et t’as mention, c’est injuste ».

 

N’est pas super héroïne qui veut…

Par Fantomette - Publié dans : Fantomette a encore frappé
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Mercredi 15 mars 2006 3 15 /03 /2006 09:41

Le truc immonde.

Dégueulasse. 

J’en ai eu la haine et la nausée.

Préambule : J’ai filé mes collants en me changeant au travail, j’ai donc gardé mon pantalon de tailleur hier soir et ai emporté ma jupe « civil » dans un sac en sortant.

Hier je prenais le RER A à Auber pour aller chez l’Homme. En arrivant à l’écran, je vois « train à l’approche », je me suis déjà fait avoir une fois à avoir failli mourir de honte à cause de trop d’empressement. Il est 19h04, le prochain est à 19h12, pour huit minutes, ça me paraît raisonnable d’attendre. Alors je prends mon temps, vais au guichet acheter mon billet (faudra que je pense le mois prochain à m’acheter une carte orange 4 zones, ça me revient cher en RER cette histoire…), vais sur le quai tranquillement. Le RER est encore à quai, un peu blindé. Je retire un écouteur pour vérifier que le buzzer ne retentit pas (vais pas me refaire avoir…) non, je monte et réinstalle Cali à plein volume au fond de mes tympans. Enfin, je pousse encore un peu plus pour me caser dans la foule grouillante et tassée. J’envoie un sms « à dans 33 minutes », range mon portable, renonce à sortir mon bouquin en me disant que ça se détassera à Châtelet, que je devrais pourvoir jouer des coudes et m’asseoir.

Et là se produit le moment redouté de toute la population féminine qui prend le métro. Le vieux pervers dégueulasse qui se frotte contre mes fesses en bandant. Le vieux con immonde. C’est presque un viol, j’en ai la gerbe, je peux pas bouger, le RER est trop plein, j’ose pas bouger de peur que ça l’excite, il se colle à moi et exagère les mouvements des virages. J’en ai envie de pleurer, personne voit rien et ne peut rien voir. Je peux pas protester, je sais ce qui va m’être répondu « Mais ça va pas ? Le RER est blindé, tout le monde est collé à tout le monde, faut arrêter de vous faire des films mademoiselle ». Ca m’est déjà arrivé. Et ce connard se frotte, j’ai même pas de talons aiguille à lui enfoncer dans le pied. En sortant à la station d’après, je sens sa main qui essaie de me toucher les fesses, je lui enfonce le plus fort que je peux mes ongles sur le dessus de la main, il sursaute et moi je suis dégoûtée d’avoir touché ce con. Et je lui envoie un coup de pied derrière le genoux quand il sort histoire de le déséquilibrer, il manque de tomber et se ridiculise. J’ai honte, ça m’énerve, j’ai envie de lui couper la queue tout simplement, je peux pas comprendre que des frustrés et pervers viennent passer leurs fantasmes sur des victimes non consentantes, ça messieurs, c’est puni par la loi. Alors j’ai pris chez l’Homme une pique à bigorneaux. Longue et très pointue, le prochain ça pique là où ça tripote. C’est une main je lui enfonce entre les phalanges. C’est la bite, je lui enfonce dedans pareil sans aucun scrupule, ça lui passera l’envie de recommencer et y’a de fortes chances qu’il débande tout net.

J’en ai encore envie de cogner, j’ai eu le temps de voir sa gueule à ce pervers, je le recroise c’est mon poing dans la gueule. Sans explications et sans autre forme de procès. Je veux bien ne pas être violente mais y’a des limites.

Et heureusement que j'étais pas en jupe, j'ai jamais autant béni le fait d'avoir filé une paire de collants.

Par Fantomette - Publié dans : Fantomette a encore frappé
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Vendredi 17 mars 2006 5 17 /03 /2006 12:22

J’ai reçu un appel hier qui m’a fait marrer.

Un ex qui revenait à la charge.

Mais gentiment, discrètement :

« Sinon, je suis à Paris la semaine prochaine, je peux dormir chez toi ? Toujours célibataire depuis la dernière fois ?

-Non, en fait, je suis avec l’Homme.

-Ah… Et c’est quoi son prénom ?

-Pourquoi ?

-Non, comme ça, juste pour savoir…

-C’est l’Homme

-Non mais sérieusement ?

-C’est l’Homme, sérieusement.

-Löme ? Il est pas français ?

-Non, l’Homme, comme l’Homme.

-Ah, tu veux pas me dire…

-Non.

-Je suis jaloux quand même.

-C’est toi qui m’as quitté fallait y penser avant. Et si mes souvenirs sont bons, ça fait des années qu’on est plus ensemble, non ?

-Oui, mais moi j’aimais bien nos petites « retrouvailles » comme ça de temps en temps.

-Oui bah vu le fiasco de la dernière… Mais bon, trouve toi une amante à moins de 400 bornes, c’est plus facile.

-C’est vache. Mais bon, t’as raison, c’était pas terrible.

-Faut avouer.

-Et c’est sérieux avec ton lascar ?

-C’est pas un lascar, oui c’est sérieux.

-Ah, mais tu veux dire sérieux-sérieux ou juste on-va-pas-voir-ailleurs-pendant-qu’on-est-ensemble ?

-Nan, sérieux-sérieux pis je t’ai déjà dit de laisser tomber, j’ai plus envie de notre relation merdique à la petite semaine (piqué dans « Affaire de famille »…).

-Mais c’est vraiment sérieux ? Y’a même pas une petite place pour moi ?

-Oui, si tu insistes je vais te dire. Les présentations aux familles ont été faites, il m’a demandé en mariage, on prévoit de s’installer tous les deux au plus vite, on se marie cet été. Et on espère que je sois enceinte avant la fin de l’année.

-Putain tu fais pas les choses à moitié, toi, tu me charries ?

-Non mais là c’est comme une évidence, on voulait que tout aille vite et voilà, tout ira vite. C’est fort, c’est évident.

-Et qu’est-ce qu’il a de plus que moi ?

-Tout, pis tu me lourdes, j’ai pas envie de te parler de tout ça, tu sais le principal pour te couper l’envie de revenir à la charge. Mais si ça te dit on t’invitera au mariage, on pensait réserver un château dans les Yvelines.

-Putain, je comprends pas, Fantomette, t’as 20 ans, tu te bousilles ta jeunesse, profite de la vie et pourquoi tu veux te marier d’abord ?

- Pourquoi pas, ça peut être sympa de se marier, je sais pas, avoir une chouette robe, voir tutta la famiglia,  faire la fête, pis ça lui fait plaisir et moi ça m’amuse, je trouve ça drôle de me marier, de me fiancer, d’être « Madame », voilà, j’aime bien cette idée. Et ma jeunesse, entre en profiter dans tes bras ou la bousiller dans les siens, le choix est fait. Et vaut mieux se marier maintenant tant qu’on est bien ensemble que plus tard quand on en aura marre.

-Mais arrête, on se marie pas pour s’amuser !!!

-Et pourquoi pas ? Allez, joyeuse vie à toi »

*clic raccrochage*

Et j’ai reçu un mail de sa part. Ca a marché comme sur des roulettes, il y croit dur comme fer et n’a pas cru une seule seconde que c’était des conneries. Moi, Fantomette l’immariable, la maman improbable, l’amoureuse de son petit appart-à-elle-rien-qu’à-elle-avec-son-chat. J’ai eu droit au laïus comme quoi j’allais le regretter, que j’étais inconsciente, que tout ça était trop prématuré, que comment moi issus d’une famille sur-recomposée je pouvais faire ça, bref, sa-vou-reux…

J’ai adoré…

Par Fantomette - Publié dans : Fantomette a encore frappé
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Vendredi 24 mars 2006 5 24 /03 /2006 00:05

Fantomette doute.

Fantomette re-doute.

Le masque en berne, les idées en pagaille. Sourcils froncés gratouillant machinalement Divine qui profite de l’opportunité pour se rouler sous mes mains et offrir toutes les parties de son corps aux ongles polis et vernis de sa charmante maîtresse. N’écoutant David Pujadas plus que d’une oreille et d’aucun yeux, les deux étant en contemplation sur le rouge du canapé. La cigarette qui se consume dans le cendrier (T’as pas honte Fantomette de gaspiller du bon cancer ?). Pour finir par parler à mon chat comme dans tous ces moments-là.

« Et toi, Divine, t’en penses quoi ?

-Rrrrrr meeeeeeow

-Oui enfin, je sais que tu penses pas mais moi je sais pas quoi penser, ça me travaille ces conneries, d’un côté j’ai envie de tous les buter un par un, ces cons-là comprennent que la violence et se calment que si ils trouvent plus fort en face. D’un autre, c’est pas normal d’en être rendu à ce point-là de haine.

-*frott frott* rrrrrrrr

-En fait, tu vois, je sais pas si je les méprise ou si je les plains.

-*ron-ron digne d’un tracteur*

-D’un autre côté, je suis qui pour les plaindre ? Pis je crois que même si je suis pas violente j’ai envie de les pendre haut et court et de les exposer place de la Nation. Je déconne, Divine, hein ?

-(s’en fout)

-J’ai presque honte, mais là de voir les CRS leur balancer un bon coup de matraque (« interpellés sans ménagement voire de façon quelque peu musclée » m’a dit David Pujadas), limite ça me démange les mains de leur coller moi-même et de les finir à coup de latte.

-rrrrrrrrrrrrr

-Mais je suis pas violente, tu le sais, toi, hein ? »

Mais ces blaireaux quand même, qu’ils se prennent des coups dans la gueule, ça leur fera du bien. Non, faux, ça ME fera du bien. Ces petits cons brûleurs de voiture qui flinguent des vitrines piquent des portables et discréditent le mouvement des manifestants, qui viennent là pour faire chier le monde. Oui, je suis une vieille conne réac et je t’emmerde (à l’attention du petit merdeux qui m’en avait insulté dans le métro l’autre jour). Mais je supporte pas ça, la méchanceté et la violence gratuite, ça me rend dingue, qu’ils balancent des pavés sur les CRS en gueulant « sous les pavés, la plage », oui j’aime bien, la violence pacifiste, quoi. Le but est pas de blesser un flic mais juste le symbole de balancer une pierre sur le symbole de la loi, et donc du gouvernement puisque les manifs visent de plus en plus à faire sauter Villepin sous prétexte du CPE/CNE (même si évidemment il faut continuer à se battre pour le retrait de cette loi stupide –dit-elle en tailleur devant son écran assise sur son fauteuil en cuir (vérification faite, en skaï)). Mais tout casser, je suis contre, et le type qui a pas de thune qui prend pas l’assurance tous risques pour sa voiture parce qu’il a pas les moyens, voiture brûlée par des connards irresponsables, et ben désolé mon gars, on te rembourse pas, démerde-toi et achète une carte orange. Ok, quand on les voit casser à Bastille, on se dit que c’est pas spécialement un quartier populaire.

Ces petits cons, je serai CRS avec une paire de couilles, 20cm et 25kg de muscles en plus, je me ferais plaisir tiens. Mais certaines convictions m’empêchent de devenir CRS ou couillue, du coup devant le JT de 20h, le soir, je caresse mon chat en encourageant les matraques qui cognent dans le tas de cons, comme un supporter de foot qui verrait son équipe prête à marquer un but s’énerve et gueule « Vas-y, marque, maaaaaaaaaaaarque !!! ».

Non, je suis pas fière de moi. J’arrive pas à m’en empêcher, à penser autrement mais face à des cons je deviens encore plus conne qu’eux, c’est physique.

Par Fantomette - Publié dans : Fantomette a encore frappé
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Vendredi 31 mars 2006 5 31 /03 /2006 14:06

Mon portable vient de sonner deux fois à un quart d’heure d’espace.

Me suis encore craquée.

Un copain qui m’a envoyé un mail il y a quinze jours de ça à peu près, il a un atelier de sérigraphie vers Belleville et organise une soirée slam/sérigraphie à l’atelier ce soir, chaque fois il prévoit la veille et j’ai déjà un truc de prévu. Là je lui ai répondu, me suis engagée à être là. Un an et demi que je connais ce type, on s’est vus trois fois, on s’est ratés dix mille fois.

Et on s’est rencontrés de façon marrante. Je vivais à Clamart, un dimanche matin après un samedi des plus douloureux j’étais au Franprix-du-coin-de-la-rue-au-pied-de-l’immeuble à acheter plein de coca pour aider la gueule de bois et des ravitaillements divers z’et variés. Dans un état lamentable. Un pantalon de quand j’étais grosse avec pour ceinture un lien d’une jupe bleu ciel (sur un fut’ noir, je vous laisse imaginer), un vieux gilet bleu clair et bleu foncé, du noir à z’yeux jusqu’aux joues, des lunettes noires genre j’me-la-pète-et-je-joue-les-Paris-Hilton et un vieux sac à dos de quand j’étais une ado ingrate avec écrit dessus « Vivre chaque seconde comme si c’était la dernière » au blanco.

Y’a un type bizarre, habillé avec autant de goût que moi, des cheveux rouquins longs qui dit « Vivre chaque seconde comme si c’était la dernière ». Marrant ça me dit quelque chose ça. Mais pourquoi je connais cette phrase, moi ? Puis l’illumination :

« Eh mais tu lis mon sac !?

-Bah oui, elle est marrante ta phrase

-Oui, ma prof de philo en terminale qui a dit ça, elle était un peu givrée mais avait deux-trois accès de lucidité parfois

-Je vois

-Mais t’as pas l’air trop vieux, toi, y’a des jeunes à Clamart ? Ca existe ?

-Oui, c’est rare mais y’en a

-Ah oui, j’avais croisé que des vieux et des familles pour le moment je savais pas qu’il y avait un âge intermédiaire entre 15 et 35 ans ici à part moi et mon coloc.

-Mais si tu veux, y’a des soirées sympas organisées, je peux te filer l’adresse email d’un pote, un conseiller municipal rouge qu’est marrant et qui fait des trucs chouettes.

-Oui, pourquoi pas mais là je dois prendre du coca je crois que je vais mourir sinon »

Il réapparaît deux minutes plus tard avec à la main une feuille arrachée d’un bloc qui était en vente avec deux adresses mail, la sienne et celle de son pote « rouge ». En me disant de pas hésiter à donner des nouvelles. Sympa le type, je trouve. Bref, je plie le papelard en huit, le glisse dans une poche secrète et rentre en traînant mes huit tonnes de bouffe et liquides. Cinq étages sans ascenseur. Après des cafés, des clopes et du coca, je dis à mon coloc ce qui s’est passé, on en déconne. Je sors le papier, le pose dieu seul sait où et oublie instantanément où je l’ai mis.

Le papier disparaît, j’engueule un peu mon coloc qui a fait le ménage. Je me prends en pleine tronche « T’avais qu’à faire le ménage toi-même » et « T’avais qu’à le poser dans ta chambre et y faire gaffe ». Il a raison, je m’écrase.

Fait chier mais bon…

Pis six mois plus tard je retrouve le papier… J’envoie un mail, il se rappelle de moi, on se fait un cinoche. Quelques mails, on se file des rencards, on a toujours un problème lui ou moi et on se voit pas. Pas loin d’un an après ce cinoche, on se recroise à l’inauguration de son atelier de sérigraphie, et ce soir donc je suis invitée à la soirée.

Mais le second appel du jour c’est CousinChéri qui me rappelle que comme convenu il y a une semaine, on se voit ce soir avec CousineQuébecquoise, ça fait plus d’un an que j’ai pas vu CousineQuébecquoise et plusieurs mois pour CousinChéri (j’étais encore avec ExImpuissant à l’époque –oui, c’est un con et je lui en veut–).

Putain, j’ai encore réussi à prévoir deux trucs en même temps le même soir alors que je prévoir jamais rien plus de deux heures à l’avance, ça m’évite d’oublier comme ça. Systématiquement quand je prévois à l'avance je superpose les rendez-vous.

Sais pas comment je vais m’en sortir. Après l’appel du sérigraphe, j’ai appelé l’Homme pour lui parler de la soirée, il est partant, mais juste après CousinChéri a appelé et je sais vraiment pas comment faire…Bon, je finis à 20h, j’ai le temps d’y penser.

D’un autre côté, aujourd’hui un désagrément féminin me plie en deux et je suis pas sûre d’avoie envie d’autre chose qu’une bouillotte chaude sur le ventre et un bon bain chaud ce soir… Je crois que je vais planter les deux, pas de jaloux et aller me faire chouchouter dans les bras de l’Homme.

Par Fantomette - Publié dans : Fantomette a encore frappé
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