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Au travail...

Vendredi 3 février 2006

Cet après-midi on s'ennuyait un peu à l'accueil.

Moi voguant de blog en blog, surtout chez Ron d'ailleurs, des prestataires qui glandouillent à l'accueil sur le thème de "comment orienter les caméras de façons à éviter les angles morts pour que toute agression puisse être filmée". On parle de ces fichues caméras, ils boivent mon thermos de café planqué dans le placard (grrr, c'est mon café mais face à des personnes en supériorité physique et numérique je m'écrase et propose même du sucre et une touillette).

Au passage, le responsable de la maintenance des lieux me demande si je sais où est le bouton anti-agressions. Parce qu'il y en a un ?

Visage affligé de mon interlocuteur. "Parce que personne ne t'a prévenue ? Et si tu te fais agresser tu fais comment ?" Bah chais pas moi... Je tente de semer l'agresseur dans les dédales de couloirs de l'hôtel de ville au risque de me perdre moi-même et au moment où je me crois sauvée de me retrouver nez à nez avec lui.

Il me montre.

Là, sous le bureau à droite.

Le fameux bouton rouge, comme partout.

Il aurait jamais dû me le montrer...

Vous savez, LE bouton sur lequel il ne faut jamais appuyer, que vous n'aviez jamais vu mais à la seconde où vous le voyez il vous obsède.

Qu'il ne déclenche qu'une petite alarme ou la destruction de l'univers, il vous encombre de son minuscule point rouge.

Le bouton qu'on fixe, qui devient énorme puis immatériel, presque irréel de tant de présence.

Me voyant loucher dessus avec envie, le resposable de la maintenance me propose de faire un test. "Imagine, que je t'agresse, t'appuies dessus" et là, avant même que je n'aie eu le temps de me jeter sur l'objet de ma convoitise, il appuie dessus me laissant toute frustrée. "Là, tu vois, le PC sécurité est en face au CAM, le temps de traverser et il est là. Pourvu qu'il envoie pas les pompiers."

Je regarde l'écran de contrôle de la rue.

Personne n'arrive en courrant pour me sauver de mon agresseur.

Je commence à me demander combien de temps il faut pour se vider de son sang.

Je pense que là c'est bon, j'agonise.

7 minutes, toujours personne.

"T'es sûr qu'il marche le bouton ?"

Bon, là c'est sûr que je suis morte, dépouillée et violée sans que personne ne bouge le petit doigt.

On appelle le PC sécurité. Une espèce de type tout défoncé décroche. Oui, ça clignote, oui ça sonne. Non il bouge pas. Il voit bien sur l'écran de contrôle que tout va bien. Le collègue lui fait un bras d'honneur face caméra. Et raccroche.

Il pourrait au moins appeler "message reçu, je vois à la caméra qu'il n'y a pas de problème, test ok, tout fonctionne correctement, je ne bouge pas".

Il rappelle cinq minutes plus tard, il sait pas comment faire pour que ça arrête de sonner.

On est pas dans la merde si on se fait agresser un jour tiens.

Par Fantomette
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Mercredi 8 février 2006

Mon travail c'est hôtesse d'accueil volante. Quand j'explique aux gens mon boulot, on me répond « ah oui, t'es intérimaire, quoi ». Réponse mécanique en un seul mot que je connais par cœur « nonçafonctionncomdelintérimmèjèunCDIenfaitattenjtexplik » Et me voilà à expliquer. Bon, je la fais rapide. Mon employeur est une société prestataire de service en accueil en entreprise et mon équipe gère un portefeuille d'une trentaine de clients qui externalisent leur accueil (j'adore sortir spontanément cette petite phrase dont je n'aurais pas compris la moitié des mots il n'y a pas si longtemps). Quand un(e) des hôte(sse)s fixe est absent, je les remplace. Donc mon temps de travail hebdomadaire varie de 20 à 55h selon les besoins/congés/maladies. Tous les vendredis ma chef m’appelle pour me donner mon planning de la semaine suivante, planning susceptible de varier en cours de semaine, ça ne m’est arrivé qu’une fois ou deux de n’avoir aucune modification. Parfois en bien « Bonjour, c’est pour vous dire que vendredi vous ne faites plus la journée complète chez X mais juste la pause déjeuner chez Y ». Plus souvent l’inverse.

Là, vendredi elle m’appelle, comme tous les vendredis et commence « Bon, vous n’allez pas apprécier mais lundi matin vous commencez à 7h30 à l’hôtel de ville d’***. » Une heure de transport de chez moi pour bosser dans cette mairie qui me ressort par les trous de nez encore plus depuis l’affaire des croissants avec le maire qui vous prend pour une sous-merde et qui ne répond jamais au « Bonjour M. le maire ! » (oui, si on dit juste « Bonjour » ou « Bonjour M. », il se vexe « car quand vous dites ça j’ai l’impression que vous ne savez pas qui je suis », le monsieur étant parmi les politiques les plus médiatisés, peu de chance d’ignorer son statut, même dans la Creuse ils savent qui c'est --pardon aux Creusois-- mais je m’égare). Puis d’un coup « Eh mais c’est 8h le début du poste normalement, non ? » Espérant ainsi sauver une demi-heure de mon précieux temps de sommeil du lundi matin, le plus important de la semaine « Oui, mais à 8h vous devez être à votre poste et en l’occurrence il y a une réunion petit-déjeuner donc vous aurez des cafés à préparer et le petit-déjeuner à installer, de plus les viennoiseries seront livrées avant 8h; M… (la fixe absente lundi et donc responsable de mon malheur) vous laissera un mot avec tout d’expliqué, c’est pourquoi il faut que vous y soyez plus tôt » j'argumenterais bien qu' je n'ai pas besoin d'être en face de la cafetière pour que le café coule et que le gardien peut réceptionner des viennoiseries mais j'abandonne et prend note. Du coup ma journée finit à 13h30, je me dis que c’est un mal pour un bien et que se lever à 5h30 un lundi matin, il y a pire. Tenez, c’est l’hiver au Cachemire et au Pakistan après le tremblement de terre, les sans abris sont sous la neige sans eau ni nourriture, ni rien. N’empêche que quand le réveil sonne, les enfants qui meurent de faim et de froid me paraissent vachement lointains tout à coup. Bref, arrivée au taf, cafés, viennoiseries, jus de fruits, le tout installé méthodiquement et symétriquement (deux thermos de café, deux bouteilles de jus de fruit, une bouteille d’eau au milieu, une boite de viennoiseries au milieu aussi, deux ramequins de sucre, deux gobelets avec des touillettes et du lait en poudre (), deux piles de gobelets, deux piles de tasses en plastique et le tas de serviettes en papier divisé en deux parties égales). Tout est prêt, il est 7h40. J’aurais pu arriver plus tard et économiser 20 précieuses minutes de sommeil supplémentaires mais la remarque mesquine d’une employée lève-tard ne me paraissant qu’à moitié recevable, je n’en avertis pas ma chef. Et descends un demi-litre de café. J’en tremble encore. Dix heures, le temps est long, heureusement qu’il y a un accès internet. Le standard sonne, appel extérieur, numéro masqué. Je pourrais répondre en l’appelant par son prénom, à tous les coups c’est ma chef. Gagné. Je me méfie, c’est rarement pour me demander des nouvelles de ma santé, et je suis d’astreinte tous les jours jusqu’à 15h. Elle me demande comment je vais, si le réveil n’a pas été trop difficile, bref, un peu de bla-bla. Mais en fait ce n’est pas ma chef mais son assistante que je trouve plus sympa et que j’aime bien alors je me laisse mener en bateau, même si j’ai envie de lui demander « Alors, quoi de neuf pour cet après-midi ? ». La réponse tombe, pire que le réveil à 5h30. « En fait, on a un petit souci, la fille de l’après-midi est malade, et hum… Euh… Enfin, voilà, j’ai besoin que vous restiez sur site jusqu’à 19h. 

-7h30-19h, belle journée ça ! [Toujours avoir l’air de bonne humeur, souriante, gna gna gna] Et qui vient pour ma pause déjeuner ? A quelle heure ?

-Hum… Euh… On n’a personne en fait de formée sur ce site en fait… Et… Comment dire… J’ai bien peur que vous n’ayez pas de pause ce midi. Mais si vous vous faites livrer à déjeuner vous pourrez manger discrètement à l’accueil ! (dernière phrase prononcé à toute vitesse sans respirer)

-Oui bien sûr, moi aussi j’en ai peur, 11h30 sans pause c’est illégal et je veux une pause, je ne reste pas 11h30 sans bouger à manger un casse-dalle en douce sous le comptoir. C’est calme, une fille sans formation ici peut tenir l’accueil une heure, elle vient un quart d’heure avant, entre midi et deux ce sera largement suffisant.

-Ben, aussi c’est que… On n’a personne disponible.

-Pardon ?

-Ecoutez, on s’arrangera, je vous trouve quelqu’un sinon je viens moi-même, d’accord ?

-D’accord, merci, vous me tenez au courant ! [souriante, dynamique, gna gna gna] »

Et merde. Voilà une journée catastrophique comme je les aime pas. Onze heures et demie de présence sur site, peut être une demi-heure ou une heure de moins si elle trouve quelqu’un. Je dis toujours que ça-va-pas-nomého-moi-je-reste-pas-en-poste-douze-heures-comme-ça-et-je-prends-une-pause-que-ça-lui-plaise-ou-non, en fin de compte, je cède, me fais livrer une salade qui a goût de plastique ou un panini mou et la seule pause que je prends sera une clope fumée à toute vibure en trois minutes qui me fera tourner la tête parce que j’ose pas râler. Mais parfois ils exagèrent quand même.

Oui, c’est vrai, j’oublie allègrement que ces trois derniers mois j’ai fait une moyenne horaire hebdomadaire comprise entre 22 et 35 heures (payée 35 même si je n’en fais que 20), que la semaine dernière je me suis dit que j’allait peut-être enfin réussir à atteindre les 35 heures dans la semaine et qu’au dernier moment comme expliqué plus haut une journée de sept heures dans une boîte chiante sans internet où je connais personne à Nanterre, avec les cafés à 45 centimes (c'est pas que ce si soir cher mais vu ma consommation c'est vite un budget à ne pas négliger) dans un coin limite glauque; est devenue un remplacement de pause déjeuner pour une collègue qui (comme moi aujourd’hui) faisait une journée complète dans une boîte super sympa avec un accès internet, dans un quartier sympa de Suresnes en bord de Seine où tout le monde connaît mon prénom, où les cafés sont gratuits et où on peut cloper à l’accueil (loi Evin non respectée, je sais). Encore raté, semaine dernière = 29 heures.

Je me dis que je pourrais changer de boulot, avoir des horaires plus réguliers, un job plus valorisant mais vous en connaissez beaucoup vous des boulots où même si vous ne bossez que 20 heures par semaine on vous paye comme si vous en faisiez 35 ? Bon, le revers de la médaille c’est que même si je fais 42 heures par semaine on me paye comme si j’en faisais 35… Mais c’est rare et il y a une régul sur l’année. Mes heures ne se comptent pas à la semaine ou au mois mais à l’année. Et si j’ai fait trop d’heure, ils me les payent. Si je n’en ai pas fait assez, c’est tout bénef pour moi. Dans moins de deux mois ça fera un an que je bosse chez eux. Trois mois à me faire faire des horaires hallucinants, des 55-60 heures hebdomadaires, des 8h/20h sans pause (le cauchemar de tout volant), des fins de journée l’œil hagard, le corps sans volonté vautré dans le bus puis dans mon lit en en oubliant parfois de manger (c’est dire si c’est fatigant). Et depuis, pas grand-chose en fait. Rarement dépassé les 35 heures depuis juin ou juillet, souvent moins.

J’aime bien me dire que je suis payée des heures que je ne travaille pas et me permettre de râler quand même… Et ce billet en témoigne, j'ai le temps de faire largement autre chose que mon travail.

Ce qui est amusant dans ce boulot, c’est de parler pour ne rien dire avec le personnel interne. Les considérations météorologiques (oui oui, le soleil fait une petite apparition, c’est bien agréable ---> Mais si je pouvais ne pas avoir le reflet dans les yeux ça m’arrangerait), la santé (avec tous ces virus qui traînent ces jours-ci, je comprends que vous ayez été malade ---> ça va, c’est bon, petite nature, ça se soigne au paracétamol où ça s’opère), les actualités (C’est vrai que cette grippe aviaire est préoccupante. ---> Mais écoute les infos bordel, cuisson à 70°C = plus de virus, c’est pas un peu fini la psychose ? Pis les volailles en liberté à Paris...), la politique parfois, sujet épineux s’il en est surtout que mes opinions ne sont pas celles de cette mairie (ah non, je n’ai pas vraiment d’opinion à ce sujet, vous savez, moi la politique ça me dépasse un peu ---> surtout celle de cet empaffé). Les histoires des uns et des autres (mme machin est enceinte, m. truc a perdu son frère ---> bon, là j’avoue que j’écoute). Les lieux communs, quoi.

Comment ça je râle tout le temps… D’un autre côté ça me fait passer le temps...

Par Fantomette
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Lundi 13 février 2006

Pourtant vous le saviez que vous n'auriez pas dû boire autant mais vous ne vous êtes pas retenue. Et ce matin vous en payez les (lourdes) conséquences. Vous frissonnez, vous vous sentez incapable de manger autre chose que du coca, une migraine lancinante vous vrille les tempes. Et vous devez aller travailler. La seule sonnerie de votre réveil vous horrifie mais vous savez que vous avez du pain sur la planche pour redonner à votre visage un semblant de forme humaine, et malgré votre irrésistible envie de rester paresser au lit et d'appeler votre chef sous un prétexte frauduleux pour ruminer votre gueule de bois toute la journée sous votre couette, vous vous levez, douloureusement, lentement, et vous traînez sous une douche chaude pour désengourdir vos muscles surtout en évitant votre reflet dans le miroir. Vous ne vous êtes même pas démaquillée hier, le résultat ne doit pas être beau à voir. Effectivement, un miroir traître surgit sur votre passage et vous renvoie votre déchéance en plein visage. La douche a l'effet escompté, en en sortant vous allez non pas bien mais mieux. C'est un début. Puis, le plus gros: votre visage. Ce n'est pas un travail de maquilleuse mais bien d'artiste-peintre, une demi-heure plus tard, on jurerait que vous avez dormi une dizaine d'heure, excepté votre regard de chien battu à cause de la douleur que vous cause la lumière. Vous enfilez vos lunettes noires, titubez jusqu'à l'arrêt de bus et attendez. Le bus arrive, vos pose devant la porte de votre boite. Vous tentez de négocier le port des lunettes de soleil à l'accueil, le non est catégorique. Et votre chef vous regarde de travers. Chaque sonnerie du téléphone est atroce, chaque mot prononcé ou entendu vous donne envie de mourir.

Vous jurez que vous ne boirez plus jamais la moindre goutte d’alcool.

 

 

 

Et remettez bien évidemment ça ce week-end…

 

 

 

Par Fantomette
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Mardi 21 février 2006

 

Test d'un annuaire de blog...

http://www.boosterblog.com
Par Fantomette
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Lundi 27 février 2006

P'tain j'ai la rigolomanie moi aujourd'hui, c'est catastrophique je passe mon temps à me fendre la gueule ce qui peut être vexant pour certaines personnes.

En premier lieu, ma collègue, qui me dit "B*** de m***, z'ont pas débarrassé le café ces c***, qui c'est qui va se taper le ménage ? Là elle sort du placard un vapo d'un produit bleu et trifouille dans le tiroir pour trouver un ersatz de chiffon qui se réduira en fait à du PQ. C'est bobonne ! Ah ben merci, hein, on n'est pas aidées, pis je suis pas payée pour ça, nomého, p'tain ils font chier"

J'ai voulu dire un truc du genre "Ouais t'as raison, on va envoyer un mail à toutes les secrétaires de département pour que les gros cadres bedonnants qui se croient tout permis viennent se bouger le Q pour nettoyer eux-mêmes leur gouttes de café, faut pas déconner".

 

Ben j'ai pas réussi, je lui ai éclaté de rire au nez parce que j'ai imaginé ma collègue qui est toute jolie, toute pure avec une tête de petite fille (on a envie de lui manger les joues, c'est incroyable)  brailler sur un des responsables d'agence.

Une personne arrive, a rendez-vous avec une interne. Je l’appelle mais juste quand elle décroche, une envie d’éternuer me prend et je lui balance mon sonore « Watchaaa !!! oui moi j’éternue pas en faisant ‘atchoum’» dans le creux du tympan avant même d’avoir eu le temps de lui dire bonjour et j’ai pas pu prononcer un mot tellement je rigolais de ma connerie. Elle a pris ça pour une blague de mauvais goût.

 

 

 

 

Problème dans les réservations des salles, ma collègue m’explique. « En fait, M. A aurait dû être dans la 006V mais il a confondu et est allé dans la 002V qui était réservée pour M. B. Du coup, quand M. B est arrivé, il a été sympa et est allé dans la 400J mais elle était réservée à Mme C qui a fini par occuper la 300J, mais Mme D qui avait vu que la salle était vide est entrée sans réservation avec une cliente et elles ont été jetées dans la 2ème D, elles voulaient la 3ème D mais elle était occupée ».

 

A la limite de la migraine « Euh, mais euh… Ben je m’en fiche, quoi… »

 

« Oui mais du coup, moi je sais plus qui a oublié de nettoyer les cafés, fait chier… »

 

Pffrrrrr toute rouge en essayant de me contenir  HA HA HA HA

 

 

 

 

Un client qui rentre. Une blague, le fils d’un sketch de Coluche et d’un de Roland Devos, l’homme de la situation quand on veut faire passer un hoquet, le voisin qu’on a peur de croiser dans l’ascenseur, le rescapé du meurtrier au hachoir à viande, l’homme à qui sa femme (?) met un masque de Tintin quand elle lui fait l’amour, celui qui fait plus peur qu’un jeune en capuche l’air louche à Trappes de nuit entre des voitures enflammées.

 

J’ai été prise d’un fou rire, c’est extrêmement gênant.

 

 

 

 

Et enfin, je suis allée , ce qui m'a définitivement achevée.

La vache, j'ai mal aux joues...

Par Fantomette
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Lundi 6 mars 2006
Fantomette ne se sent pas assidue ces derniers jours.
Pis faut dire aussi que depuis quelques jours je travaille dans une boîte chiante comme la pluie, sans accès internet. Tout ce que j’ai à faire c’est écrire. Et encore, j’ai failli être bloquée là-bas parce que le client n’aimait pas que j’écrive. Oui, bloquée, comme sur msn. Le client appelle Chef, lui dit qu’il veut plus voir Fantomette et hop ! Bloquée, plus accès à cette boîte. Manque de chance, il s’est rétracté. Mais je continue d’écrire.
Ce matin, j’étais motivée. 4h30 à écrire avec un oeil qui se ballade un peu partout, vérifier qu’Atroceclient n’est pas dans les parages, l’autre sur l’écran pour corriger les fautes de frappe. Motivée comme tout, en arial taille 7 histoire que si il passe il ne puisse pas lire au premier coup d’oeil ce qui est écrit. Les doigts qui volent sur le clavier, les phrases qui se bousculent dans ma tête et n’arrivent pas à sortir assez vite au bout de mes doigts. Les lettres qui arrivent par volées, les fautes que je corrigerai plus tard pour ne pas oublier ce que je voulais dire. Trois pages en police 7, je me disais que voilà du boulot bien avancé, j’en ai pour la semaine le temps de réagrandir tout ça. et de publier au fur et à mesure. Presque essoufflée, je sélectionne tout, copie et réduis Word. Appelle le gardien qui me remplace, prends une pause café-clope bien méritée. En plus le gardien adore quand je prends des pauses, il se caille les miches alors que moi j’ai un chouette radiateur sous le bureau qui maintient mon petit coin à une température de 21-22°C dans cette immense salle de facile huit mètres sous plafond entièrement en pierre. Un appel à mon papa délaissé hier soir pour confirmer que je déjeune avec lui et sa fiancée, un sms à l’Homme. Je reviens à mon poste, le gardien ne veut pas partir. Il reste debout collé au radiateur, je me rassieds et colle mon texte dans un nouveau message que je m’envoie à mon adresse email. Cet après-midi je travaille pas, je mettrai ça en ligne. J’efface vite le mail des “courriers envoyés” et des “courriers supprimés” de la boîte pro et attaque mon relevé d’heures qui me vaudra une chouette bataille contre Excel pendant un bon quart d’heure, une remise en page complète, un moment de désespoir, 43h30 de planifiées cette semaine.
J’arrive chez moi.
Pas de nouveau message de “Accueil Paris”.
Le mail n’a pas marché.
J’ai perdu tous mes textes.
Alors aujourd’hui vous n’aurez que du rien.
Suis vexée.
Par Fantomette
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Vendredi 10 mars 2006

Encore un grand moment intellectuel.

Avec les collègues dans un standard fermé donc clope, cafés, cocas light, papotages et langue de vipère à volonté. Avec un œil sur l’écran de contrôle, il paraît que Chef est en vadrouille hors du bureau, ce serait ballot qu’elle nous gaule clope au bec pieds sur le bureau à raconter la dernière de unetelle ou unetelle.

Il y a trois lieux pour nous, le standard fermé du rez-de chaussée, l’accueil du quatrième étage, et l’accueil du huitième étage.

Au standard, on est trois. Collèguerigolotte, Chefhôtesse et moi. Mais là, j’arrive et Collèguerevêche est au standard

« Ah, t’es au standard aujourd’hui ?

-Ton pincé Oui, parce que leurs gamineries genre « j’ai 18 ans » au quatrième, non merci, pas pour moi. 

-Ok, j’ai du mal comprendre. » *P’tain, pas cette reloue tout l’après-midi, je vais me pendre*

Je vais voir une autre hôtesse qui bosse au rez-de-chaussée mais qui est pas de ma boîte

« T’as vu Collèguerevêche ? Qu’est-ce qui lui arrive ?

-Je sais pas mais elle crise depuis ce matin, elle a traité les filles de grosses connes parce qu’elles fument au standard et il paraît qu’elle avait arrêté de fumer et qu’à cause de vous elle a repris.

-Pardon ? Mais je l’ai jamais vue autrement qu’une clope au bec celle-là, pis c’est quand même pas dur de dire que ça la dérange qu’on fume, si ça dérange quelqu’un on fume pas ou on va dehors, point.

-Oui, c’est ce qu’ont dit les autres mais je sais pas ce qui lui prend.

-Frustration aiguë, qu’elle tire un coup, ça lui fera du bien.

-Oui mais t’as vu sa gueule ? Je veux bien que la bite n’ait pas d’œil mais y’a des limites.

-Euh… pas faux…

-C’est ce que lui a dit l’informaticien, ils se sont pris la tête, il a conclu d’un « de toute façon t’es moche »…

-Oh putain, ça a du lui faire tout drôle !

-Oui et en plus il paraît que… Ragots impubliables »

La mort dans l’âme je retourne à mon poste, appel salvateur, Collèguerevêche est envoyée au huitième étage. Collèguerigolotte et Chefhôtesse arrivent au standard, je leur raconte les dernières nouvelles, nous sommes des gamines et des connes immatures. Soit.

Après avoir taillé un costar à Chefdelautreéquipe « Avec un peu de chance elle va accoucher d’un gremlins, si vraiment elle a pas de bol il se pourrait même que son môme lui ressemble », à Collèguerevêche « Chefdelaccueil de l’autre boîte a pété un plomb, elle veut plus la voir, Elle est conne mais si au moins elle était compétente on pourrait en tirer quelque chose, mais là, malheureusement… »

Et forcément, ça dégénère.

Chefhôtesse –Je crois que la fille du rez-de-chaussée est en cloque, deux semaines qu’elle a des nausées

Collèguerigolotte –Ciel, hors mariage, quelle impure !

Fantomette –Eh ben j’ai pas fini les 8h-20h moi…

Chefhôtesse –Attends, elle m’a dit que si sa mère et sa belle-mère…

Collèguerigolotte –Future belle-mère, elle se marie quand déjà ?

Chefhôtesse –On s’en fout mais elle m’a dit que si elles apprenaient elles allaient la tuer

Fantomette –Tu me rappelles quel âge elle a déjà ?

Chefhôtesse –Sais pas, vers les 27-28 par là

Fantomette –C’est moyen d’être arriéré à ce point

Collèguerigolotte –Attends, l’autre jour elle m’a dit affolée « Oh non, j’ai oublié d’aller voir le curé ! »

Plein de rires en choeur

Fantomette –Elle connaît pas les capotes ?

Collèguerigolotte –Remarque, moi j’en utilise jamais

Fantomette –Mais ça va pas ?

Collèguerigolotte –Sérieux, je déteste, c’est anti-sexe à mort

Fantomette –C’est vrai que le Sida et un môme à 22 ans c’est hyper glamour

Chefhôtesse –Non, c’est pas ça mais c’est vrai que c’est galère

Fantomette –Tu prêches à une convaincue chérie mais faut avouer qu’on a qu’à moitié le choix !

Collèguerigolotte –Et en plus, si tu les as pas à portée de main, c’est lourd, enfin, je veux dire, ça coupe, tu refroidis quoi…

Fantomette –D’où l’intérêt de l’appart’ minuscule, tu tends le bras et hop ! Pas le temps de refroidir !

Chefhôtesse –En fait, je crois que je suis allergique.

Collèguerigolotte –Oui, moi aussi, ça me fait des réactions.

Fantomette –Mais ça existe les capotes sans latex !

Collèguerigolotte –Oui mais c’est hyper cher !

Fantomette –Entre ça et le sida… Je crois que je préfère me prévoir un chouette budget capotes…

Collèguerigolotte –J’en ai jamais utilisé avec mon mec.

Fantomette –Ton CQB ? Mais vous avez fait un test ?

Collèguerigolotte –Bah oui, on est pas non plus cons !

Fantomette –Tu m’as collé une frayeur, là. Mais c’est pas vraiment ton mec, t’es sûr qu’il couche pas avec d’autres, on sait jamais ?

Chefhôtesse –Attends, moi je l’ai vu, il couche pas avec d’autres.

Fantomette –Moi mon mec si c’est qu’un CQB, c’est capotes obligatoires, la confiance c’est le pire dans ces cas-là sauf quand t’en en couple sérieux.

Chefhôtesse –Mais c’est quoi un CQB ?

Fantomette –Un Copain Qui Baise, un pote mais en plus t’as des galipettes en prime, quoi.

Chefhôtesse –Et t’en as d’autres ?

Fantomette –Oui, y’a le PC, le Plan Couette quand c’est un oneshot où à l’occasion, le PCR, le Plan Couette Récurrent quand c’est juste un amant mais régulier et le CQB quand c’est un ami.

Collèguerigolotte –Oui mais pour moi ça va changer, il part faire les pompiers, il sera à Paris que le week-end, on se verra moins

Fantomette – En bien ça fera un CQBUP, un Copain Qui Baise Un Peu

Collèguerigolotte –Ou un CQBWE, un Copain Qui Baise Le Week-End

Fantomette –Alors ça fait un CQBLWE

Rires

Et ça a continué comme ça pendant deux heures…

Y’a des jours où le travail est moins dur que d’autres…

[Message à caractère informatif... Déconnez pas les filles (ça marche aussi pour les hommes), sortez couvertes...]

Par Fantomette
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Vendredi 17 mars 2006

En ce moment, mes heures c’est n’importe quoi. Mais vraiment. Du 8h/20h, du pas de pause, de journées complètes, du sommeil en retard, du stress, du manque de temps, du ras-le bol, des envies de pleurer quand j’apprends que mon après-midi libre va être comblée par un 14h-20h et du mal à être aimable avec Chef ou les clients, j’en peux plus. Je veux des vacances, du temps libre. Je veux pouvoir prévoir des trucs qui tombent pas systématiquement à l’eau. Je veux pouvoir dormir portable éteint. Vraiment, ça me pèse. Physiquement, moralement, nerveusement, c’est épuisant.

Ce matin, je me réveille pour une fois avant le réveil malgré un couchage tard et pas mal de rhum avalé la veille. Je jette un œil sur le réveil pour voir si j’ai le temps de me rendormir ou si je… « PUTAIN, L’HOMME, IL EST 8 HEURES !!!!!!!!!!!!! REVEILLE-TOI JE SUIS A LA BOURRE » Je devais être levée à 6h et prendre le RER à 7h11 pour arriver à 8h30 dans la banlieue opposée après 33 minutes de RER, la correspondance, 23 minutes de métro, 10-15 minutes de marche. Pas entendu le réveil. L’homme c’est pas surprenant, c’est une masse, quand il dort faudrait une bombe dans le creux de l’oreille (ou d’autres choses dont moi seule ai le secret mais là n’est pas le sujet).

J’appelle Chefhôtesse

« Je suis désolée, ça m’est jamais arrivé, je te jure, j’ai jamais été absente ou en retard mais là je viens de me réveiller, désolée, désolée…

-Pas grave mais préviens Chef de suite !

-Oui, je l’appelle, encore désolée Chefhôtesse.

-J’ai été volante, je sais ce que c’est, t’inquiète »

J’appelle Chef

« Je suis désolée, ça m’est jamais arrivé, je vous promets, j’ai jamais été absente ou en retard mais là je viens de me réveiller, désolée, désolée, Chefhôtesse est prévenue, je saute dans une douche et un jean, j’arrive, j’aurai une bonne heure de retard, je…

-Calmez-vous Fantomette, Chefhôtesse va prendre le poste en attendant, ça arrive, c’est pas grave.

-Je fais au plus vite, je suis désolée »

Pris le RER à 8h41

Je commençais à 8h30.

Prise de poste à 9h53 Collèguedurezdechaussée « Chefhôtesse demande que tu prennes le courrier »

Le temps de mettre l’uniforme, je suis en poste à 10h du courrier plein les bras et des « désolée » plein la bouche.

Ca leur apprendra à me faire bosser entre 50 et 55h par semaine… Mais ça m’était JAMAIS arrivé de pas entendre un réveil, c’est dire si je suis naze...

Par Fantomette
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Mardi 4 avril 2006

Réflexion d’un des directeurs ce matin:

« Bonjour Fantomette, oh, vous, vous avez fait la fête hier, hein ? » Sourire complice, me laisse pas le temps de répondre et disparaît dans l’ascenseur.

Non. Hier soir je me suis couchée hyper tôt.

J’ai bossé de 8h à 20h sur le même siège avec une demi-heure pour courir acheter un casse-dale.

J’ai fumé trois clopes dans la journée et ai passé la journée frustrée nicotinement parlant.

J’ai cru buter ma chef quand elle a ajouté 6h à mes horaires.

J’ai dit à l’Homme que je rentrais chez moi le soir pour me coucher avec les poules.

A 22h30 je dormais profondément.

Mardi matin, j’ai une gueule de déterrée.

Deux mois à plus de cinquante heures par semaine. Même pas le temps de dépenser mes heures sup’.

Par Fantomette
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Mercredi 5 avril 2006

Et aujourd'hui ça va pas.

J'en peux plus je suis à bout physiquement, nerveusement.

J'ai craqué hier. Me suis engueulée avec Chef en lui faisant remarquer qu'on était pas du bétail, j'ai frôlé la crise de nerfs. Elle a rajouté 5h sur mon planning d'aujourd'hui. Je retravaille de 8h à 20h. Hier quand l'Homme est arrivé j'ai gardé la face mais au moment d'éteindre la lumière, de se coucher je me suis mise à pleurer. D'impuissance, de ras-le-bol, de fatigue.

Cette nuit, je suis tellement épuisée et tellement stressée que j'avais peur de pas entendre le réveil. Je me suis réveillée en sursaut trois à quatre fois par heure pour regarder l'heure. Je me suis réveillée plus fatiguée que je m'étais couchée.

Quand le réveil a sonné je me suis remise à pleurer. Parce que je me suis rendue compte à quel point j'étais naze, à quel point je n'avais pas envie de me lever, à quel point j'en avais marre. J'ai les nerfs qui lâchent. L'Homme passe son temps à me demander si ça va aller. Est-ce que j'ai le choix...

Là ça va, pas envie de pleurer, j'ai pas encore la fatigue nerveuse d'une fin de journée. Ou la dure réalité d'un réveil. Mais le sourire est resté au vestiaire.

C'est pas normal que ma santé passe en second plan.

Par Fantomette
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