Cet après-midi on s'ennuyait un peu à l'accueil.
Moi voguant de blog en blog, surtout chez Ron d'ailleurs, des prestataires qui glandouillent à l'accueil sur le thème de "comment orienter les caméras de façons à éviter les angles morts pour que toute agression puisse être filmée". On parle de ces fichues caméras, ils boivent mon thermos de café planqué dans le placard (grrr, c'est mon café mais face à des personnes en supériorité physique et numérique je m'écrase et propose même du sucre et une touillette).
Au passage, le responsable de la maintenance des lieux me demande si je sais où est le bouton anti-agressions. Parce qu'il y en a un ?
Visage affligé de mon interlocuteur. "Parce que personne ne t'a prévenue ? Et si tu te fais agresser tu fais comment ?" Bah chais pas moi... Je tente de semer l'agresseur dans les dédales de couloirs de l'hôtel de ville au risque de me perdre moi-même et au moment où je me crois sauvée de me retrouver nez à nez avec lui.
Il me montre.
Là, sous le bureau à droite.
Le fameux bouton rouge, comme partout.
Il aurait jamais dû me le montrer...
Vous savez, LE bouton sur lequel il ne faut jamais appuyer, que vous n'aviez jamais vu mais à la seconde où vous le voyez il vous obsède.
Qu'il ne déclenche qu'une petite alarme ou la destruction de l'univers, il vous encombre de son minuscule point rouge.
Le bouton qu'on fixe, qui devient énorme puis immatériel, presque irréel de tant de présence.
Me voyant loucher dessus avec envie, le resposable de la maintenance me propose de faire un test. "Imagine, que je t'agresse, t'appuies dessus" et là, avant même que je n'aie eu le temps de me jeter sur l'objet de ma convoitise, il appuie dessus me laissant toute frustrée. "Là, tu vois, le PC sécurité est en face au CAM, le temps de traverser et il est là. Pourvu qu'il envoie pas les pompiers."
Je regarde l'écran de contrôle de la rue.
Personne n'arrive en courrant pour me sauver de mon agresseur.
Je commence à me demander combien de temps il faut pour se vider de son sang.
Je pense que là c'est bon, j'agonise.
7 minutes, toujours personne.
"T'es sûr qu'il marche le bouton ?"
Bon, là c'est sûr que je suis morte, dépouillée et violée sans que personne ne bouge le petit doigt.
On appelle le PC sécurité. Une espèce de type tout défoncé décroche. Oui, ça clignote, oui ça sonne. Non il bouge pas. Il voit bien sur l'écran de contrôle que tout va bien. Le collègue lui fait un bras d'honneur face caméra. Et raccroche.
Il pourrait au moins appeler "message reçu, je vois à la caméra qu'il n'y a pas de problème, test ok, tout fonctionne correctement, je ne bouge pas".
Il rappelle cinq minutes plus tard, il sait pas comment faire pour que ça arrête de sonner.
On est pas dans la merde si on se fait agresser un jour tiens.
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