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Vous avez la parole...

Mardi 1 avril 2008
A la suite d'un de ses commentaires, j'avais proposé une tribune à ChocoFraise, qui a accepté, voici son histoire.

Je suis une jeune femme de 23 ans. Je vis en région Parisienne et j'ai un secret, lourd à porter, mais j'ai décidé que cela ne me gâcherait plus la vie !


Depuis l'âge de 5 ans environ (je pense même avant, 3 ans selon mes souvenirs) et jusqu'à mes 11 ans, mon père m'a agressée sexuellement, physiquement et moralement. Parfois des attouchements, parfois des pénétrations, parfois des coups. Et des insultes, tout le temps.

Je me suis tue jusqu'à mes 21 ans. Les cauchemards et la dépression se faisaient trop pressants, il fallait que je fasse quelque chose. Alors je l'ai fait, j'ai porté plainte. Aujourd'hui, cet homme a été mis en examen et l'instruction est en cours.

Et moi, j'essaie de vivre tant bien que mal et de me soigner. J'essaie de ne plus avoir honte de moi, et de respecter enfin mon corps et ce que je suis devenue. J'essaie d'accepter que ses gènes fassent partie de moi, que son sang coule dans mes veines, que je porte son nom et que je ne pourrais jamais l'oublier. J'essaie d'accepter d'avoir un père aussi abject et qui m'a fait tant de mal.

J'ai porté plainte le 28 février 2006. Il m'a fallut du temps et beaucoup de courage pour accepter et comprendre que j'avais besoin d'aide, et que la seule façon de m'en sortir était de faire en sorte que mon agresseur soit reconnu coupable.

J'ai passé des années de nuits blanches ou à faire des cauchemards. J'ai passé des journées enfermée chez moi, sans pouvoir rien faire, m'abrutissant devant la TV, dévorant tout ce qui me passait sous la main, fuyant le contact des autres et j'ai perdu un tas de boulots et un tas d'amis à cause de ça.

J'ai lancé des appels au secours indirectement. En mangeant trop, puis en ne mangeant plus, en allant chez le médecin expliquer que quelque chose m'empêchait de dormir (aucun de ceux que j'ai consultés n'ont essayé de comprendre ce qu'il m'arrivait), en portant plainte contre mon père pour violences volontaires (lorsque j'ai expliqué au policier que mon père m'avait frappé car je lui avais reproché de m'avoir violée, il m'a dit qu'il fallait que je revienne en semaine entre 9h et 12h et 14h et 18h pour porter plainte à ce sujet, et qu'en attendant il parlerait d'un "différent" nous opposant mon père et moi et non d'un viol, dans la plainte qu'il était en train de rédiger...). Et j'ai même fait une tentative de suicide totalement foireuse puisque 1: ça n'a pas marché mais le pire c'est que 2 : personne ne s'en est aperçu !!!!!!!

Bref, à force de me faire souffrir et de fuir la vérité, je suis devenue dépressive. J'ai perdu mon travail et mes amis, je ne dormais plus et je me laissais totalement aller.

Alors un jour j'ai décidé d'appeler le 119 (enfance maltraitée) qui est un numéro gratuit même depuis un portable. Et j'ai raconté mon histoire. On m'a écoutée, et on m'a conseillée. Grâce à eux, j'ai pu me renseigner auprès d'un avocat pour connaître mes droits et j'ai pu aller consulter un psychologue gratuitement. Mais surtout, pour la première fois, je me posais en VICTIME d'un acte affreux, et j'étais entendue et comprise !!!!!

Bien sûr, tout ça ne s'est pas fait en un jour. Il m'a fallu des mois de réflexion. Des mois à me demander et à comprendre petit à petit ce que cela m'appporterait. Des mois de recherches, de lectures de témoignages. Et puis j'ai décortiqué peu à peu ma façon de réagir face aux événements de la vie. Je me suis rendue compte que beaucoup de choses étaient liées à ce que j'ai subi dans mon enfance.

Aujourd'hui, l'instruction a pris fin, et mon droit de victime a enfin été reconnu. Enfin à moitié seulement, puisque les faits de viols ont été requalifiés en un délit, jugé au Tribunal Correctionnel et non en Cours d'Assises. Mais il va être jugé !! Et ça, ça n'a pas de prix. Du moment qu'on le met face à sa responsabilité, face à l'horreur des faits qu'il a commis, du moment qu'il se prend cette honte en pleine figure, je serais déjà beaucoup soulagée.

J'ai envie de parler de ce qui m'arrive parce que contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'inceste est beaucoup plus répandu que ce que l'on pense. Mais les victimes n'osent pas en parler. Par honte, par peur que cela se sache, par dépit, par découragement, par peur de détruire sa famille... Bref, il y a beaucoup de raisons qui font que l'on se tait. Mais aucune n'est valable. Rien ni personne ne vaut que l'on s'empêche le bonheur de vivre pleinement sa vie de jeune fille et d'adulte. Et si mon témoignage permet ne serait-ce qu'à une personne de s'en sortir et d'avoir le courage de dénoncer son agresseur, alors j'aurais atteint mon objectif.

Je vous parlerai de la procédure depuis le départ, des obstacles à surmonter mais également des personnes formidable que l'on peut rencontrer au sein de l'appareil judiciare et qui font tout pour nous venir en aide... J'essaierai de parler des conséquences psychologique que cela peut avoir, en prenant mon propre exemple, mais sans tomber dans la plainte et sans m'apitoyer sur mon sort, et en restant la plus objective possible.

Merci à Fantomette de m'accorder de témoigner sur son blog!! :)

Chocofraise


Suite ici :
ChocoFraise #2 La Décision...
Par ChocoFraise
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Jeudi 17 avril 2008
A la suite d'un de ses commentaires, j'avais proposé une tribune à ChocoFraise, qui a accepté.
Début de l'histoire ici : ChocoFraise #1 Présentation.

La décision.
 
Il arrive un moment où on ne se supporte plus. Un moment où on ne supporte plus rien. Le regard que l'on porte sur soi, on a honte, tout le temps, et on ne comprend pas pourquoi. Le regard des autres. Savent-ils? Sentent-ils que j'ai un problème? Aller faire les courses? Trop d'efforts!! Se faire belle? Trop d'efforts!! Téléphoner aux gens que l'on aime? Trop d'efforts!! Aller voir les gens que l'on aime? Encore pire!! Donner des nouvelles? Pour quoi faire? De toute façon, on a plu
s envie de voir personne, on a plus envie de parler avec personne, on a plus envie de s'intéresser aux autres, on se renferme, on ne dort plus, la vie devient lourde... Et un jour, on décide qu'on doit faire quelque chose. Alors on se renseigne comme on peut, et on cherche des solutions.

Dans mon cas, sans travail, sans envie de bouger, sans internet, sans argent, j'ai décidé d'appeler le 119. Parce que le 119, même avec un portable rechargeable par carte qui n'a plus de crédit, ça fonctionne!! Le 119, c'est fait pour les enfants. C'est le numéro de l'enfance maltraitée. On l'appelle si on est un enfant qui en a besoin ou si on est un adulte qui pense qu'un enfant en a besoin. C'est gratuit, anonyme, on peut donner un faux nom et la nuit, ils sont joignables très facilement!! :). Moi je n'étais plus une enfant, pas encore tout à fait adulte, mais je n'avais qu'eux pour m'aider. Ils m'ont donné l'adresse d'un service de victimologie dans un hôpital parisien, et ils m'ont donné le numéro d'une association où on peut joindre des avocats qui nous renseignent gratuitement par téléphone.
 
C'est une avocate qui m'a dit comment porter plainte. Il y a deux façons. On se rend au commissariat le plus proche de chez soi, le jour, pour qu'un officier soit présent, ou on écrit au Procureur de la République du Tribunal de Grande Instance (TGI) près de chez soi. J'ai choisi d'écrire. C'est plus long, mais moins difficile. La plainte ne doit pas faire plus d'une page. Il suffit de se présenter, de donner le nom, l'adresse et l'Etat Civil de la personne contre qui on porte plainte (si on les connait) et de décrire les faits en quelques lignes. En gros, dans mon cas, cela a donné à peu près ceci:
 
« Monsieur le Procureur de la République,
Je m’appelle (…) née le (…), à (…).
Je porte plainte contre mon père M. (…) né le (…), à (…), et résidant (adresse) pour les faits suivants :
De l’âge de 5 ans à l’âge de 11 ans environ, j’ai été victime d’attouchements sexuels ainsi que de viols assez régulièrement. Cela se passait de la façon suivante : (description détaillée des actes).
Je vous remercie de bien vouloir prendre en considération ma plainte concernant les faits évoqués ci-dessus.
Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréer, Monsieur le Procureur de la République, l’expression de ma considération distinguée. »

Puis j’ai posté mon courrier au tarif lettre tout simplement, le 28 février 2006.

En Juin 2006, j’ai reçu une convocation de la Brigade des Mineurs de Paris (BMP), j’ai été reçue par une dame très froide qui m’a interrogée sur les faits et qui a pris ma plainte. Elle m’a informée que le dossier serait transmis à un autre commissariat puisque les faits avaient eu lieu dans un autre département (ah les joies de l’administration française !! Un jour, si cela vous dit, je vous ferais un petit topo rapide sur les juridictions et comment elles fonctionnent. Je m’y connais bien, j’ai une licence de droit et j’ai été assistante juridique!). Elle m’a dit aussi que cela prendrait plusieurs mois, sans compter que les vacances d’été étaient proches. Et bien j’ai été contactée par le lieutenant du commissariat en question deux semaines plus tard seulement!!
Il m’a dit qu’il devrait interroger ma mère ainsi que les personnes à qui j’en avais parlé. Deux de mes ex petits copains… Il y avait aussi deux copines de l’école primaire dont je n’avais plus de nouvelles depuis le collège mais je me souvenais encore de leurs noms, prénoms et dates de naissance (merci à ma mémoire d’éléphant). Je lui ai donné les numéros de téléphone de mes anciens copains, celui de ma mère, et je l’ai appelée dans la foulée pour lui éviter une mauvaise surprise… Ca a été assez difficile, mais je m’en suis tirée par un simple « Maman, j’ai porté plainte contre mon père, la police va te convoquer pour t’interroger ». Et le week-end suivant, je suis allée lui rendre visite, et je lui ai (presque) tout raconté.

Ce que j’ai ressenti à ce moment là est indescriptible. C’est comme si j’avais perdu des centaines de kilos d’un coup! J’avais une impression de légèreté. Mais j’avais aussi très peur. Peur du moment où il allait apprendre la nouvelle, peur de voir sa réaction, et puis je croulais toujours sous les problèmes.
Problèmes psychologiques, douleurs physiques imaginaires, et problèmes matériels. La prochaine fois, avant de continuer de vous raconter mon histoire, je vous parlerai plus en détail de ces fameux problèmes et de tout ce que la douleur psychologique peut engendrer.

Merci à tous, et toujours merci à Fantomette !!

ChocoFraise.


Suite :
ChocoFraise #3 Conséquences
Par ChocoFraise
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Lundi 28 avril 2008

A la suite d'un de ses commentaires, j'avais proposé une tribune à ChocoFraise, qui a accepté.
Début de l'histoire ici : ChocoFraise #1 Présentation.
Suite ici :
ChocoFraise #2 La décision.


Le cerveau humain est vraiment une machine incroyable. Mais compliquée. Et la condition humaine aussi. Je me demande souvent ce qu’aurait été ma vie si je n’avais pas vécu ce traumatisme. Je suis loin d’être parfaite. Mais il y a tout un tas de mes traits de caractères qui me dérangent dans ma vie de tous les jours. J’ai du mal à faire la part des choses. Est-ce que je suis comme ça ? Est-ce que je me vois telle que je ne suis pas ? Beaucoup de mes amis ont une image très positive de moi. Mais quand ils me décrivent, j’ai l’impression qu’il parle d’une autre. D’après eux, je suis très avenante, souriante, forte, loyale, positive, gentille, très drôle, très à l’écoute, de bon conseil, et il parait que j’ai un sacré caractère !! Moi, je me vois effacée, j’ai toujours peur d’être abandonnée, j’ai l’impression d’être nulle et que personne ne m’aime, je ne parle jamais de mes problèmes car je suis sûre que tout le monde s’en fout. Pour moi, mon sacré caractère est plutôt un mauvais caractère. Avec mon copain, je suis souvent méchante et capricieuse. Et je ne supporte pas l’échec. A tel point que je ne fini jamais ce que je commence car il arrive toujours un moment où j’ai tellement peu confiance en moi que je suis sûre que je vais tout faire rater. Alors j’abandonne avant d’essuyer cet échec imaginaire.

Quand j’étais petite, mon père me disait des choses très dures. Il me disait que j’étais grosse et moche, que je finirais ma vie seule et abandonnée de tous, que je ne servais à rien et que personne, pas même ma mère, ne s’intéressait à moi. Il a dit un jour aux garçons de mon quartier qu’ils pouvaient coucher avec moi à condition de mettre une capote !! Dans ma cité, on me traitait de pute et je me suis même vue proposer de l’argent par un camarade de classe alors que j’avais dans les 12 ans. Il m’a dit « Tiens, ton père dis que t’es une pute et que tu couches, alors si je te donne 50 francs, on le fait ? ». Je crois que ce jour là a été le pire de ma vie. La plus grosse honte. Le jour où l’image que j’ai de moi est descendue plus bas que Terre. Ce jour là, je me suis dis que si mon propre père me traitait de cette manière, c’est que cela venait forcément de moi ! Comment une enfant peut-elle comprendre une telle cruauté autrement ? Comment peut-on imaginer que notre père soit si abject sans raison ? C’est inimaginable. Alors on se dit que cela vient forcément de soi.

Le pire, c’est la façon dont les autres le percevaient. Vers l’âge de 16 ans, j’étais chez le coiffeur en bas de chez moi. Mon père passe dans la rue et m’aperçoit à travers la vitrine. Il entre et me parle à propos de je ne sais plus quoi. Lorsqu’il est parti, la coiffeuse m’a dit : «  Votre père à l’air d’un homme formidable. Il vous aime beaucoup cela ce voit. Vous en avez de la chance ! » . Et là, au lieu de me dire qu’elle ne le connaissait pas et donc qu’elle avait tord, je me suis mise à culpabiliser de ne pas l’aimer !

Aujourd’hui, je ne culpabilise plus, mais toute cette histoire m’a vraiment détruite. Je n’ai jamais réussi à garder un travail. Il arrive toujours un moment où la dépression prend le pas. La plupart du temps, j’en retrouve un autre au bout d’un mois, c’est difficile financièrement mais pas insurmontable. Mais la dernière fois, je me suis retrouvée sans le sou car j’ai été sans emploi pendant un an. Une année sans travail et sans indemnités d’aucune sorte car je n’ai même pas eu le courage d’aller faire les démarches nécessaires aux ASSEDIC. Alors vous vous demanderez sûrement comment j’ai vécu ? Déjà, j’ai perdu 10 Kg. Et oui ! Un an à ne manger que des pâtes ou presque, ça aide !! Ensuite, je n’ai plus payé mon loyer. J’ai encore honte en y pensant et d’ailleurs, personne ne l’a jamais su ! Une fois, j’ai failli me faire couper l’EDF. J’ai pris mon courage à deux mains ce jour là et j’ai demandé à un ami les 118 € nécessaires pour payer. Je me suis terrée et je ne sortais plus. Impossible de dire à mes amis que je n’avais plus rien ! Heureusement,  à cette période j’ai  rencontré mon chéri. Il y avait une sorte d’accord tacite entre nous. Il ne posait aucune question, et il me faisait des courses quand il venait dormir chez moi. Et en échange, je faisais en sorte d’aller mieux. Quand il m’a dit qu’il voulait qu’on vive ensemble, j’ai retrouvé un travail en 10 jours !! J’ai aussi trouvé un nouvel appart’ en 1 semaine seulement !! Tout ça m’a montré qu’il avait vraiment confiance en moi et qu’il croyait en moi malgré toutes les difficultés. Ca m’a redonné beaucoup de courage. J’ai vraiment une grande confiance en lui moi aussi. Et parfois, je m’en veux de ne pas être « normale ». J’ai l’impression de ne pas lui apporter tout ce qu’il mérite et quand on en parle, il me dit qu’il a confiance et qu’il sait que je vais aller mieux.

Il parait qu’un des « symptômes » des victimes d’inceste est la prostitution. Et je ne suis pas l’exception qui confirme la règle, car moi aussi, je me suis prostituée. Je n’arrive toujours pas à comprendre ce qui m’est passé par la tête. Un jour, j’étais sur internet et j’ai trouvé le numéro de téléphone d’une messagerie rose. Sans raison apparente, j’ai appelé. Et en discutant avec un homme, il m’a dit qu’il voulait me rencontrer. A ce moment là, j’ai répondu que j’étais d’accord, mais que le temps étant de l’argent, le mien n’était pas gratuit… Voilà comment tout à commencé. Pourtant, j’avais un travail et aucun besoin d’argent !! D’ailleurs, toutes les fois où je l’ai fait, j’ai tout dépensé en invitant mes amis au restaurant. A chaque fois, ça se passait de la même façon. On se retrouvait dans un endroit pour boire un verre, puis j’allais chez eux. On discutait un moment, j’essayais de faire passer le plus de temps possible avant « l’acte ». J’ai tout oublié de ces moments là. Leurs prénoms, les adresses, ce qu’il s’est exactement passé ?? Plus rien. Mon cerveau à tout zapper. Et bizarrement, je ne me suis jamais sentie sale après. Peut-être parce que je me dégoute déjà, alors un peu plus ou un peu moins… Mais je regrette. Je ne comprends pas et je n’accepte pas non plus. L’aurais-je fait si j’avais été normale ?? Cela a-t-il eu un impact sur moi? Je ne sais pas. Le fait est qu’à 1part vous, personne ne sait. C’est la première fois que j’en parle.  Une chose est sûre, c’est que j’ai quand honte de l’avoir fait. 

Alors comment aurait été ma vie si je n’avais pas vécu tout ça ? Aurais-je atteint tous les buts que je m’étais fixés ? Serais-je parvenue à terminer mes études ? Ferais-je le métier dont j’ai toujours rêvé ? Serais-je tout simplement heureuse ? 

Je ne sais pas. Je n’ai pas les réponses. Personne ne les a ! Mais une chose est sûre, et je crois qu’elle est valable pour tous, peut importe les épreuves que l’on a traversées. C’est idiot, mais je ne l’ai compris qu’il y a très peu de temps ! 

Parfois, on a l’impression que le sort s’acharne sur soi. On ne comprend pas pourquoi, mais il nous arrive toujours quelque chose. Observez autour de vous les gens qui s’en sortent. Comment font-ils ? Ils regardent en avant !! Ils ne ruminent pas sur leurs erreurs passées ou les épreuves qu’ils ont connues. Au contraire, ils s’en servent et ils vont de l’avant. Hier, j’y pensais, et je me suis dis que c’est un peu comme un problème de maths. Au départ, on trouve ça difficile. On réfléchit, on cherche la solution, et on se plante. Après, si on rencontre le même type de problème, même si on s’est trompé  la première fois, une fois qu’on a compris la logique on y arrive et ça parait même facile. Alors on est prêt pour aborder des problèmes plus compliqués, pour avancer et pour faire des progrès. Et plus on avance et on fait de progrès, plus on est motivé !! Bien que la vie soit loin d’être aussi simple que les mathématiques (si si, les maths c’est facile !! ^^), c’est un peu pareil. On avance, on grandit, on fait des erreurs, on traverse des moments difficiles. La différence entre ceux qui s’en sortent et les autres, c’est que les premiers ne regardent pas toujours en arrière. Ils s’en servent pour avancer. Ils s’en souviennent, pour ne plus commettre les mêmes erreurs mais il garde foi en la vie et ils se disent que le meilleur reste à venir. 

Alors voilà. On déprime, on se laisse aller, on accumule les problèmes, on fait des choses qu’on regrette. Si on y repense tout le temps, on ne s’en sort jamais. Si on cherche des solutions pour s’en sortir, on va mieux. Et plus on accompli de choses qui nous rendent fières de nous, plus on a envie d’en accomplir ! C’est un cercle vertueux. Aujourd’hui, je suis loin d’avoir réglé tous mes problèmes. Mais je me soigne, je soigne ma dépression, je me fais reconnaitre en temps que victime, j’en parle et j’avance petit à petit.  

Et mon estime de moi remonte.


Suite : ChocoFraise #4 Ca m'obsède !
Par ChocoFraise
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Jeudi 24 juillet 2008

A la suite d'un de ses commentaires, j'avais proposé une tribune à ChocoFraise, qui a accepté.
Début de l'histoire ici :
ChocoFraise #1 Présentation.
Suite ici :
ChocoFraise #2 La décision.

Suite ici : ChocoFraise #3 Conséquences...

 

En ce moment, je n'ai pas envie d'en parler. Je n'ai pas envie d'y penser. Et pourtant, ça m'obsède ! J'y pense tous les jours au moins une fois. Parfois plus, mais jamais moins :).

Je me demande souvent comment les autres ont fait pour ne plus y penser ? Peut-être qu'on y pense toujours mais qu'un jour ça devient juste moins douloureux. Mais quand ??

Ou alors on se fait juste une raison. Dans le même temps, j'ai de plus en plus honte. Pas de ce qui m'est arrivé, mais de ce que je ressens. Il y a des gens qui vivent des choses bien plus graves, et pourtant, ils font avec ! Alors pourquoi est-ce que je n'arrive pas à faire avec, moi ? Pourquoi est-ce que j'ai toujours cette sensation d'un poids immense qui pèse sur ma vie ? Je ne suis JAMAIS heureuse. Parfois je suis contente, je suis joyeuse, mais j'ai toujours une sorte de voile opaque dans mon esprit et qui atténue toutes ces belles choses de la vie.

La semaine dernière, je suis partie en vacances une semaine. C'est super de partir en vacances !! Et c'est super de POUVOIR partir en vacances ! Et pourtant, j'avais envie de pleurer tout le temps qu'a duré le trajet.

Je ne comprends pas. J'en ai marre de tout, j'en ai marre d'attendre une date de procès (et ça risque pas d'arriver de sitôt, car ce sont les vacances judiciaires!), et plus le temps passe, plus je me dis que tout ça ne sert à rien.

Je ferais mieux de vivre ma vie. Depuis février 2006, jour de ma plainte, j'attends. J'attends, j'attends, j'attends, j'attends, j'attends, j'attends !!!!!!!

Je ferais mieux de laisser tomber tout ça, de laisser la justice faire son travail sans m'en mêler, et je ferais mieux d'accepter ma condition. Je suis une impulsive. J'aime vivre les choses intensément et à fond mais toute cette histoire me pourrit la vie. Je n'ai plus goût à rien, je veux être seule, je veux quitter mon chéri parce que j'ai l'impression d'être plus un poids pour lui qu'autre chose et je veux qu'on me laisse tranquille. Je veux déménager, vivre seule de nouveau et faire mon chemin sans rien attendre de personne et sans rien demander à personne. Je n'ai plus envie de devoir m'expliquer parce que je ne me sens pas très bien aujourd'hui, ni devoir me retenir de me mettre en colère parce que finalement, ce n'est pas contre les gens que je suis en colère mais contre moi-même. Je ne suis pas sûre que ce que je raconte là aura un sens pour vous, mais j'ai une folle envie de solitude.

 

 

 

Suite ici

Par ChocoFraise
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Lundi 3 novembre 2008

A la suite d'un de ses commentaires, j'avais proposé une tribune à ChocoFraise, qui a accepté.
Début de l'histoire ici :
ChocoFraise #1 Présentation.
Suite ici :
ChocoFraise #2 La décision.
Suite ici : ChocoFraise #3 Conséquences...
Suite ici : ChocoFraise #4 Ca m'obsède !

Suite ici : ChocoFraise #5 Nouvelle Etape






J'ai été silencieuse pendant un certain temps... J'ai pris des médicaments, je voulais mourir, je n'arrivais plus à supporter tout ça. J'ai été dans le coma puis on m'a transférée dans un hôpital psychiatrique dans lequel j'ai passé un peu de temps. Je suis sortie il y a 2 semaines.


Le résultat de cette hospitalisation est plutôt positif. Il faut savoir qu'avant ma tentative de suicide, j'ai cherché de l'aide en appelant les numéros types SOS suicide, SOS amitié, SOS dépression, etc. J'ai aussi appelé les pompiers et l'hôpital près de chez moi. Etant en banlieue et les crises survenant en pleine nuit, j'étais dans l'urgence et pourtant à chaque fois on me disait : appelez votre médecin traitant demain pour prendre RDV ou rendez vous en taxi dans tel hôpital dans Paris (euh... en pleine nuit, en pleine crise et sans argent, pas très simple !!!!). Bref, pas génial la prise en charge, à croire qu'il faut passer à l'acte, se retrouver en réanimation pour qu'on s'occupe de nous !

Je disais donc que finalement le bilan est plutôt positif au sujet de mon hospitalisation. Déjà, sur le plan humain, j'ai rencontré des gens formidables qui ont chacun leur histoire et leur pathologie mais pourtant on se comprenait et on se soutenait vraiment dans les moments difficiles. Ensuite, le personnel soignant et la prise en charge étaient vraiment bien. On m'a prise en main, on a pris le temps de m’écouter, de me répondre et je ne me suis jamais sentie autant en sécurité que dans cet établissement (je ne sais pas comment sont les autres hôpitaux mais celui ci est génial) et je sais maintenant qu’en cas de grosse crise suicidaire, je pourrais y aller, même en pleine nuit et que même si on ne m’hospitalise pas, je serais au moins écoutée et je pourrais rentrer chez moi apaisée. C’est une sorte de soupape de sécuritéJ (et c’est à 20 min à pieds !). Enfin, j'ai pu prendre conscience que finalement, "dans mon malheur j'ai de la chance" je mets ça entre guillemet parce qu'évidemment, je suis loin d'être guérie ! Mais maintenant, même si je ne m'imagine pas aller bien un jour, j'ai pourtant pris conscience que ce que j'ai à des chances de guérir avec le temps (même si cela prend 50 ans !), alors que certaines pathologies sont à vie et ça, sans qu'on sache pourquoi. Je crois que ma chance, c'est de pouvoir mettre des mots sur ma souffrance alors que certaines personnes se retrouvent du jour au lendemain avec une maladie sans savoir pourquoi (type schizophrénie par exemple). Mais comme on dit, c'est la vie, il faut savoir accepter les épreuves que l'on traverse et apprendre d'elles.

Finalement, aujourd'hui j'arrive à me dire que toute cette souffrance ne sera pas vaine. Je veux la transformer en quelque chose de positif. Je ne sais pas encore comment, mais je suis certaine que c'est la seule façon pour moi d'accepter toute cette souffrance sans me dire que c'est une réelle injustice. Si, au final, cette partie de ma vie me sert à réaliser quelque chose de bien, à aider d’autres personnes, alors je serais heureuse ! J’ai toujours eu une grande tendance à aller vers les autres, à vouloir les aider, mais je n’y suis jamais vraiment parvenue à cause de mon état. Forcément, quand on déprime sévèrement, il est très difficile de se mettre au service des autres, même si on est plein de bonne volonté ! Maintenant, je sais comment me réaliser :

   1. M’occuper de moi, et ce tant qu’il le faudra et même si parfois j’ai envie de baisser les bras.
   2. M’ouvrir aux autres et accepter de profiter des bons moments, notamment ceux passés avec mes amis, mon chéri et ma famille, sans penser à mes problèmes, et accepter d’aller mal parfois.
   3. Trouver une activité caritative qui me fera plaisir, donner de mon temps et aider les autres, mais seulement quand j’irai mieux (ce sera soit de l’aide aux enfants ou aux victimes d’inceste… Et oui ! certains sujets me touchent plus que d’autres ! J)
   4. APPRENDRE LA PATIENCE et accepter que tout n’aille pas mieux du jour au lendemain !

Je crois que j’ai passé une étape dans mon processus de guérison. Je commence à comprendre et accepter le fait que ce qui s’est passé n’a pas de raison, que je n’ai rien fait de mal. Ça c’est passé, c’est tout, c’est comme ça, et je ferais tout pour que ce qui m’est arrivé se transforme en acte positif. Le jour où j’y arriverais, je pourrais enfin me dire que si, finalement, il y avait une raison et une bonne !!!!

Avant, je ne croyais en rien : ni en Dieu, ni en la vie. Maintenant, je ne crois toujours pas en Dieu, mais en revanche, je crois que ce qui se passe dans notre vie nous aide à nous rendre plus fort et qu’on peut transformer la pire épreuve en acte positif.

PS : A peine sortie de l’hôpital, j’ai eu des nouvelles de mon avocate. Ca bouge enfin ! La date de procès devrait être fixée d’ici deux ou trois mois. La mauvaise nouvelle c’est que je dois lui avoir payé 3600€ avant l’audience, ce sont ses honoraires pour cette 2ème partie de l’affaire (Si je compte en mois de salaire, ça fait… un trimestre et quelques !). Avant, je me serais effondrée, mais aujourd’hui, je sais que je me débrouillerais et que je les trouverais ! Je ferais tout ce qu’il faut. En sachant que je lui ai déjà versé 2400€, cette histoire m’aura couté 6000 euros (sans compter les psys, les traitements,…). C’est cher, mais en tant que victime vous savez quoi ? On a le choix entre payer et avoir un super avocat, ou être défendue très mal, mais gratuitement…


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Par ChocoFraise
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Lundi 8 décembre 2008

A la suite d'un de ses commentaires, j'avais proposé une tribune à ChocoFraise, qui a accepté.
Début de l'histoire ici :
ChocoFraise #1 Présentation.
Suite ici :
ChocoFraise #2 La décision.
Suite ici : ChocoFraise #3 Conséquences...
Suite ici : ChocoFraise #4 Ca m'obsède !

Suite ici : ChocoFraise #5 Nouvelle Etape




Un père nous protège. Mon père ne m’a jamais protégée. A ses côtés et du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours eu peur et je me suis toujours sentie menacée. Par qui ? Par lui.


J’avais peur qu’il s’énerve, qu’il ne me frappe sans raison. J’avais peur qu’il m’insulte, qu’il me dévalorise et me montre encore à quel point je n’étais qu’une moins que rien. J’avais peur qu’il ne se donne en spectacle. Qu’il se batte ou qu’il se mette à vomir en plein milieu de la rue parce qu’il avait trop bu. J’avais peur qu’il m’humilie en public en allant raconter à mes camarades du collège et je cite « ma fille, vous pouvez la baiser, mais il faut mettre un préservatif ! ».

A chaque moment de ma vie et du plus loin que je m’en souvienne, j’ai vécu dans la peur. Plus tard, à partir de l’âge de 18 ans, j’avais peur de le croiser dans la rue, en bas de chez moi, à mon travail. J’avais peur que ma meilleure amie ne m’appelle encore une fois en me disant « ton père est encore venu chez nous, il nous a insulté, on ne sait pas pourquoi. ». J’avais peur de lui répondre au téléphone et d’écouter ses messages sur mon répondeur. Ses messages dans lesquels il me menaçait de mort et me disait de faire attention aux ruelles sombres le soir quand je rentrerais chez moi.

Un père nous aide à grandir et crois en nous. Mon père n’a jamais cru en moi. Il me dévalorisait sans cesse. Il me disait que j’étais grosse, moche, il m’insultait et me traitait de salope et de trainée avant même que je n’ai l’âge de comprendre ces mots. Il m’a dit un jour que je finirais ma vie SDF et atteinte du SIDA. Il me disait que ma mère n’en avait rien à faire de moi et qu’elle ne m’aimait pas. Il me faisait du mal et je le croyais. A l’âge où on croit encore au Père-Noël, comment une enfant peut elle concevoir que la méchanceté est gratuite et qu’elle n’y est pour rien ? Alors malgré moi, j’ai grandi en me sentant exclue et en pensant que je ne vaux strictement rien.

Un père nous apprend à respecter les règles. Je dois dire que de ce côté-là, mon père à bien mal rempli son rôle ! Etant donné que je vivais chez ma mère qui m’a quand même inculqué un certain nombre de principes, je me rendais bien compte que ça n’était pas normal lorsqu’il me demandait de faire des bras d’honneur aux policiers que nous croisions dans la rue, où lorsqu’il m’emmenait en courses et me demandait de mettre des choses dans mes poches. Il s’est fait prendre un jour. Dans ma poche, j’avais un tube de colle en forme d’ourson que je voulais qu’il m’achète. Lui, il avait du gruyère coincé dans la ceinture de son pantalon et des piles dans ses poches. Il s’en est sorti en payant ce qu’il avait essayé de voler. Il me disait que l’école ne sert à rien et que je ne devais pas écouter la maitresse. Il me racontait comment lui, il faisait semblant de tomber par terre pour regarder sous les jupes de sa maitresse ou comment, plus tard, il avait braqué le gérant d’une supérette grâce à la complicité d’une caissière, au moment où il allait déposer sa recette à la banque. Comment il avait partagé cet argent avec ses complices et sa fierté de ne s’être jamais fait prendre. Je me souviens aussi que ma mère m’a emmené une fois lui rendre visite en prison. Heureusement pour moi, maman m’a donné de l’éducation, m’a appris le respect des règles et des autres. Heureusement pour moi, je te déteste tellement depuis si longtemps que j’ai toujours mis un point d’honneur à tout faire pour ne pas te ressembler.

Un père, ce n’est pas un mari. La loi et la morale interdisent à un père de se conduire autrement qu’en père  envers son enfant. La loi et la morale interdisent à quiconque de porter atteinte à une personne. La loi et la morale interdisent à un adulte d’agresser sexuellement une autre personne. Et c’est d’autant plus grave si la victime est un enfant. C’est d’autant plus grave si l’agresseur est le père de cet enfant.

 

Toi, tu n’as pas de morale. Et tu as encore moins de respect pour la loi. Quant à moi, tu ne me respecte pas non plus et tu ne l’as jamais fait. Tu n’as pas respecté ma place d’enfant. Je n’étais pas une femme, tu n’avais pas le droit d’avoir des rapports de ce type avec moi. Tu n’as pas respecté ma place d’être humain. Je n’étais pas d’accord, tu n’avais pas le droit de me faire peur et de me forcer à me laisser faire. Tu n’as pas respecté ton rôle de père. Tu devais me protéger, prendre soin de moi et tout faire pour me rendre heureuse. Les parents font tous des erreurs. Personne n’a le manuel du parent idéal et chacun fait comme il peut. Mais les parents n’abusent pas de leur enfant, les parents ne maltraite pas leur enfant, les parents ne détruisent pas la vie de leur enfant.

Tu as essayé de me détruire et au lieu de ça, c’est ta vie que tu as fichue en l’air. Tu étais adulte. Tu as fait tes choix. C’est toi seul qui t’es conduit ici aujourd’hui.

Maintenant que je suis adulte à mon tour, que je suis en âge de faire mes propres choix et de mener ma vie comme je l’entends, je décide que tu n’auras plus d’emprise sur moi. Je décide d’aller de l’avant et de tout faire pour aller mieux, avoir une vie heureuse.

Il faut que tu prennes conscience de tes actes et que tu prennes tes responsabilités au moins une fois dans ta vie.

Si tu veux te conduire en père, alors fais-le aujourd’hui. Rends moi ce que tu m’as volé. Assume tes actes et tes décisions d’adulte, assume ton rôle de père, assume, pour une fois, de ne pas être le centre de la douleur que tu m’as infligé et tiens ta parole d’homme et de père.

Tu m’as dit un jour que si je décidais de porter plainte, tu avouerais tout. Alors avoue que tu m’as agressé sexuellement, avoue que tu as détruit mon enfance et avoue que cela ne s’est pas produit qu’une seule fois.

Accepte de le faire pour moi, pour que je puisse enfin aller mieux, pour que je puisse me reconstruire.

Permets-moi d’avoir une vie normale. Permets-moi d’accepter et de comprendre mon passé, permets-moi d’avoir le courage de me faire soigner, de ne plus être dépressive, de ne plus faire de cauchemars et permets-moi d’espérer qu’un jour je serais heureuse de vivre.

Il y a encore des tas de choses qui vont m’arriver tout au long de ma vie, des choses sur lesquelles maman et toi n’auront pas de prise. Les parents nous arment pour que nous puissions les affronter du mieux possible. Alors donne-moi la chance de repartir du bon pied.

Si tu penses avoir ne serait-ce qu’une seule fois fait preuve de respect envers moi, si tu pense avoir tenu ton rôle de père, alors saches que tu te trompes.

Mais si tu veux réparer ça et si tu veux que je puisse savoir que j’ai eu un père qui n’était pas si mauvais que cela, tu sais ce qu’il te reste à faire.

Prends tes responsabilités et conduis-toi en vrai papa, tout simplement. Si tu ne le fais pas, je n’en souffrirais pas plus qu’en ce moment. Demande-toi juste comment tu feras pour te regarder dans ton miroir chaque matin de ta triste vie…


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Par ChocoFraise
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Mardi 20 janvier 2009

A la suite d'un de ses commentaires, j'avais proposé une tribune à ChocoFraise, qui a accepté.
Début de l'histoire ici :
ChocoFraise #1 Présentation.
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ChocoFraise #2 La décision.
Suite ici : ChocoFraise #3 Conséquences...
Suite ici : ChocoFraise #4 Ca m'obsède !

Suite ici : ChocoFraise #5 Nouvelle Etape

Suite ici :ChocoFraise #6 LETTRE A MON PERE





Le 30 janvier 2009 à 14h, commence ma nouvelle vie…


Plus que 17 jours avant le procès... Et je suis dans un état impossible ! Et puis j'ai peur qu'il ne vienne pas au procès !
Je fais des cauchemars plus vrais que nature, je ne mange pas, je ne dors pas beaucoup, je n'arrive pas à me lever, je pleure, je suis triste, je tremble, j'ai envie de mourir... Mais je suis si pressée !!!!
Et le pire de tout, c'est que je ressens cette peur au fond de moi. La même que celle que je ressentais quand il me faisait des misères... La même que je ressentais quand arrivait le vendredi soir et que je savais que je devais aller passer le week-end avec lui...
Je ne sais pas quoi dire le jour du procès pour être entendue. Dire ma souffrance ? Mais les juges ne sont pas là pour condamner mon père au vu de ma souffrance. Ils sont là pour le punir de ne pas avoir respecté la loi et donc d'avoir causé du tort à la société. Alors dire qu'à cause de ça je suis en dépression et que j'ai du mal à garder un travail ? Que je coûte de l'argent à la sécu et à l'état? Mais alors ils penseront que je m'en fiche, non ? Je ne sais pas du tout ce que je vais bien pouvoir dire. En fait, j'ai l'impression que j'aurais le souffle coupé et que je serais terrorisée et que pas un son ne sortira de ma bouche...
Je suis une vraie boule de nerfs. Tout m’agace, tout m’énerve, j’ai envie de me terrer au fond d’un trou et de n’en sortir que le 31 au matin et de voir ce qui ce sera passé…
Je serais comment le 31 ? Changée ? Pas changée ? Est-ce que j’aurais l’impression d’avoir passé une étape dans ma vie ? Est-ce que ce sera un nouveau départ ? Ou bien est-ce que je serais heureuse ? En colère ? Triste ? Indifférente ? Est-ce que je vais réaliser ce qui arrive ? Est-ce que je vais réussir enfin à dormir sans problème ? Est-ce que je serais soulagée ? Est-ce que je me sentirais pousser des ailes ? Est-ce que je me sentirais pleine de force et de courage ? Ou bien serais-je vidée ? Aigrie ?
Si je suis heureuse, j’irais faire les soldes. J’irais chez le coiffeur aussi !! Eh oui, nous les filles on ne se refait pas ! Si je suis triste, je m’enfermerais chez moi et je pleurerais tout le week-end. Je serais odieuse avec tout le monde et envers moi-même.
Est-ce que je serais désespérée ? Ou au contraire pleine d’espoir ?
Y a des jours comme ça ou je rêverais d’être Mme Soleil !!!
Je vais essayer de garder l’espoir et la foi en notre justice. Et de toute façon, quoiqu’il advienne, le 30 janvier 2009 à 14h, ma nouvelle vie commence…


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Par ChocoFraise
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Dimanche 8 février 2009

A la suite d'un de ses commentaires, j'avais proposé une tribune à ChocoFraise, qui a accepté.
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Suite ici :ChocoFraise #6 LETTRE A MON PERE

Suite ici : ChocoFraise #7 Le 30 janvier 2009 à 14h


L’Inceste n’existe pas dans le code Pénal. Il n’est nommé nulle part en tant que tel. L’agression sexuelle ou le viol sur un mineur de moins de 15 ans par une personne ayant autorité n’est qu’une circonstance aggravante.

Peut-être certains d’entre vous seront choqués par mes propos, mais un enfant abusé par un pédophile (donc inconnu) et un enfant abusé par un parent ne subissent pas le même traumatisme. Ce n’est que mon point de vue. Dans les deux cas, les conséquences sont graves. Mais comment faire confiance de nouveau à sa famille, à ce qui fait le fondement même de notre société lorsque celle-ci ne respecte pas ses devoirs envers ses enfants ? Comment, si l’on ne peut même pas faire confiance à son propre père, l’image même du protecteur tout puissant, cet enfant pourra-t-il alors un jour faire confiance aux autres, à ces proches, à la vie tout simplement ?

Nous avons fait un pacte avec la société. Avec l’Etat. Nous lui confions le pouvoir, il a en charge de nous protéger. En échange, nous nous devons de respecter les règles qui nous sont imposées, et c’est ce qui doit nous permet de vivre en harmonie et en sécurité. En tant qu’enfant, nos parents nous protègent et sont bienveillants, et en échange, nous leur devons le respect, la confiance et l’obéissance. Au sein de notre famille, rien ne peut nous arriver, comme rien ne peut nous arriver si l’Etat respecte sont rôle de protection. Bien sûr, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Parfois, il y a un accident, mais nos parents nous consolent et prennent soin de nous, tout comme l’Etat nous offre la justice et le droit de nous constituer partie civile pour obtenir réparation.

En tant qu’enfant, nous nous construisons. Notre personnalité se développe et notre futur bien être profond est conditionné par notre enfance et la façon dont nos parents nous protègent. Si tout se passe bien, une fois adulte, nous sommes confiants. Parfois, il peut arriver qu’un attentat grave arrive dans un pays, comme ça, sans prévenir. Alors en tant que citoyens, on ne comprend pas. On ne comprend pas que notre Etat n’ait pas su prévenir et empêcher ce crime. Des séquelles graves en découlent chez les personnes victimes. On appelle ça le syndrome de stress post traumatique.

Les victimes d’inceste aussi souffrent de ce syndrome.

L’attentat est un crime, l’inceste n’est même pas nommé dans le code pénal. Pourtant, l’inceste, quel qu’il soit, qu’il y ait viol ou pas est une atteinte grave à la structure profonde du petit être qui passera sa vie avec ce traumatisme. Ce ne sont pas les gestes en soient qui sont les plus graves. C’est la personne par laquelle ces gestes sont commis qui atteint le plus l’enfant victime.

Récemment, vous avez pu entendre parler au journal télévisé, à la radio ou lire dans la presse qu’une étude à été menée sur l’inceste. Un rapport à été remis au gouvernement par un député de l’assemblée nationale. Elle a reçu pas loin de 400 témoignages dont certains faisaient plus de 10 pages, dont le mien. Etudier la pertinence de l’insertion de l’inceste en tant que crime particulier dans le code pénal, c’est le but de ce rapport. Parallèlement à ce rapport, une association formidable l’AIVI, fondée par une « survivante » de l’inceste comme on aime à s’appeler, à produit un sondage. C’est la première fois qu’un tel sondage est fait. En voici les grandes lignes :


Alors que l’ « affaire Fritzl », du nom de cette femme autrichienne séquestrée durant 24 ans par son père incestueux, a replacé l’inceste sur le devant de la scène médiatique au début de l’année 2008, et presque quatre années après le rapport Estrosi sur ce sujet, l’AIVI et Ipsos ont souhaité donner la parole aux Français pour connaître leur opinion sur la question de l’inscription de l’inceste dans le droit pénal. En outre, à l’heure où il n’existe pas de statistiques nationales en matière d’inceste, l’AIVI et Ipsos ont cherché à savoir si les Français avaient déjà été confrontés à cette situation, et de quelle manière ils y avaient fait face.

C’est pourquoi Ipsos a interrogé les 16 et 17 janvier par téléphone 931 personnes, constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Un Français sur quatre connaît au moins une personne victime d’inceste dans son entourage. La présente étude permet de dresser un premier constat édifiant : 26% des Français déclarent connaître au moins une personne victime d’inceste dans leur entourage. En effet, lorsqu’on leur demande si elles connaissent une ou plusieurs personnes ayant été confrontées à une liste de situations relevant de l’inceste, 26% des personnes interrogées répondent au moins une fois par l’affirmative.

Ainsi, 19% des Français déclarent connaître une (12%) voire plusieurs personnes (7%) ayant subi des agressions sexuelles comme des attouchements ou des caresses, et 13% connaissent une (8%) ou plusieurs personnes (5%) ayant été victimes de viols. De même, respectivement 11% et 9% affirment qu’un ou plusieurs membres de leur entourage ont subi des actes d’exhibitionnisme ou fait l’objet de confidences répétées à caractère sexuel. Seules 3% des personnes interrogées connaissent une ou plusieurs personnes ayant été obligées de poser pour des photographies érotiques ou pornographiques durant leur enfance ou leur adolescence.

L’examen détaillé des réponses révèle que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à déclarer connaître au moins une personne victime d’inceste (32%, contre 20% des hommes). Peut-être les femmes sont-elles plus souvent choisies comme confidentes lorsque survient une telle situation ?

3% des Français déclarent avoir été victimes d’inceste. Lorsqu’on leur demande quel est leur lien avec les victimes d’inceste qu’ils déclarent connaître, les Français répondent majoritairement qu’il s’agit d’un ami ou d’une connaissance (61%), tandis que pour plus d’une personne sur quatre (27%), cette victime est une personne de leur famille (frère, soeur, cousin). Plus rarement, cette personne est un parent (père, mère, oncle ou tante -5%), ou un conjoint (2%).

Ainsi, pour 90% des personnes connaissant au moins une victime d’inceste, la victime est un proche, et même un membre de la famille pour 34% d’entre elles.

Par ailleurs, 11% des personnes déclarant connaître une victime d’inceste indiquent qu’elles sont elles-mêmes cette victime (un chiffre qui atteint 16% parmi les femmes).

Lorsque l’on ramène ce chiffre à l’échelle de l’ensemble de l’échantillon – et non plus aux seules personnes déclarant connaître une victime d’inceste - il apparaît que 3% des Français (et même 5% des femmes) déclarent avoir été victimes d’inceste.

Rappelons ici qu’il s’agit de données purement déclaratives, et que ces chiffres sont parconséquent probablement plus élevés dans les faits.

L’inceste, une situation face à laquelle les Français croient, à tort, savoir

comment réagir. Trois Français sur quatre (76%) affirment qu’ils sauraient comment réagir si un mineur leur annonçait qu’il est victime d’inceste, 21% jugeant au contraire qu’ils ne sauraient pas quoi faire. Sans doute plus sensibilisés à cette question, les parents sont plus nombreux que les personnes sans enfants à déclarer savoir comment réagir face à une telle situation (83%, contre 72% des sans enfants). Logiquement, les personnes déclarant connaître au moins une victime d’inceste, et ayant donc déjà été confrontées à ce problème, se montrent particulièrement sûres de ne pas être désemparées : 84% affirment ainsi qu’elles sauraient comment réagir, contre 73% des personnes ne connaissant aucune victime d’inceste.

S’ils pensent savoir comment réagir face à l’inceste, les Français, dans les faits, se trompent. Tout en croyant bien faire, une large majorité d’entre eux n’aurait pas la réaction appropriée face à ce genre de situation.

En effet, lorsqu’on leur demande quelle serait leur réaction si le mineur qui leur disait être victime d’un inceste exigeait de leur part un secret absolu sur cette révélation, 60% affirment qu’ils attendraient d’avoir la preuve de ce que dit le mineur avant de le révéler aux autorités. Moins d’un sur trois (31%) révèlerait immédiatement cette information aux autorités, même sans preuve, tandis que 6% ne diraient rien afin de ne pas trahir la confiance de la victime.

Or toute personne ayant connaissance d’un cas d’inceste sur un enfant mineur devrait révéler cette information immédiatement aux autorités, même sans preuve. Par conséquent, deux Français sur trois ne réagiraient pas à bon escient face à l’inceste.

Au total, les personnes affirmant qu’elles sauraient comment réagir face à l’inceste ne feraient pas mieux que le reste de l’échantillon, puisque seules 32% d’entre elles iraient immédiatement porter les faits à la connaissance des autorités.

Logiquement enfin, les parents seraient légèrement plus nombreux que les personnes sans enfants à avoir la bonne réaction (35% iraient immédiatement informer les autorités, contre 29% des personnes sans enfants).

Les Français sont massivement favorables à l’inscription de l’inceste dans le droit pénal. Dans leur très grande majorité, les Français sont insuffisamment informés de la manière dont l’inceste est actuellement réprimé dans le droit pénal.

En effet, alors que le droit actuel ne reconnaît pas l’inceste comme une infraction pénale incriminée en tant que telle, mais seulement comme une circonstance aggravante de crimes ou délits sexuels contre un mineur, près de sept Français sur dix (69%) pensent pourtant que l’inceste est réprimé en tant que tel dans le droit pénal. A l’inverse, 31%

des personnes interrogées pensent, à juste titre, que ce n’est actuellement pas le cas.

Notons que le fait de compter une victime d’inceste parmi son entourage n’induit pas une meilleure connaissance de la législation en la matière, puisque seules 29% des personnes connaissant une victime d’inceste pensent que cet acte n’est pas réprimé en tant que tel dans le droit pénal.

Lorsqu’on leur apprend que l’inceste n’est actuellement pas réprimé en tant que tel dans le droit pénal, et qu’ils aient déjà été confrontés ou non à cette situation, les Français se prononcent massivement en faveur de l’inscription de l’inceste dans le code pénal : 91% y sont favorables, dont 59% très favorables.

Au-delà de l’aspect juridique, l’inceste soulève un autre problème majeur : près de la moitié des victimes ne sont pas crues par leur famille. Parmi les personnes connaissant au moins une victime d’inceste, près de la moitié (42%) déclarent que cette victime n’a été ni crue, ni aidée par sa famille. Il s’agit là d’un problème d’autant plus préoccupant que lorsque la victime d’un inceste n’est pas crue, il y a très peu de chances que des sanctions soient prises contre son auteur.

Globalement, en effet, seules 40% des personnes comptant au moins une victime d’inceste au sein de leur entourage nous apprennent que des mesures ont été prises par la famille pour que l’agresseur ne puisse plus approcher la victime. L’agresseur n’a été poursuivi par la justice que dans un tiers des cas (33%), et n’a reconnu les faits que dans 31% des cas, selon les personnes qui connaissent une victime parmi leurs proches.

Or, si l’on examine dans le détail la suite qui a été apportée aux faits selon que l’enfant a été cru ou non par sa famille, il apparaît que le fait que l’enfant ait été cru s’avère logiquement déterminant pour la mise en oeuvre de sanctions.

Ainsi, la famille a pris des mesures pour que l’agresseur ne puisse plus approcher de la victime dans 63% des cas lorsque l’enfant a été cru, contre seulement 12% dans le cas contraire.

De même, seules 16% des personnes connaissant une victime qui n’a pas été crue affirment que l’auteur des faits a été poursuivi en justice, un chiffre qui atteint 46% lorsque l’on a cru la victime. Près de la moitié des personnes connaissant une victime qui a été crue (45%) déclarent également que l’agresseur a reconnu les faits, contre seulement 15% lorsque la famille n’a pas cru la victime.

Par conséquent, au-delà du seul aspect juridique, l’inceste soulève avec acuité la question du crédit accordé à la parole de la victime, préalable souvent indispensable à toute sanction de l’acte.


Moi je ne retiens qu’un fait. 3% des français disent avoir subit l’inceste, soit près de 2 millions de personnes. Il y a en France presque autant de victimes d’inceste que de chômeurs. Potentiellement, sur les 150 visiteurs journaliers du blog de Fantomette, il se peut que vous soyez près de 5 personnes à avoir subi l’inceste. Et près de 40 à connaître une personne comme moi.

Saviez-vous que l’AIVI a fait changer à loi en 2005 et que sans cette action, je n’aurais aucune chance que le « crime » de mon père soit jugé aujourd’hui ? Avant, on avait 3 ans après la majorité pour porté plainte pour un délit (donc agression ou atteinte sexuelle) et 10 ans pour un crime (soit un viol). J’ai porté plainte à l’âge de 21 ans révolus, donc dans les temps pour la loi de 2005. Seulement, le Procureur de la République à déqualifier le chef d’accusation. Mon père n’est plus accusé de crime mais d’un simple délit. Sans cette loi qui a fait passer les délais de 3 à 10 ans pour un délit et de 10 à 20 ans pour un crime, mon affaire aurait été classée sans suite.

Mon avis est que toute atteinte, agression, viol faite sur un enfant par un adulte ayant autorité soit TOUS les adultes car pour un enfant TOUS les adultes représentent une autorité, devrait être un crime.

Personnellement, je suis chanceuse. Mon agresseur a partiellement avoué, ma famille me croit, et mon procès va avoir bientôt lieu (Il est décalé au 3 avril prochain !!).

Et je vous promets une chose. Un jour, vous entendrez parler de moi (bientôt peut-êtreJ). Parce que je n’ai plus honte, parce que je n’ai rien fait, parce que ce n’est pas de ma faute si mon père est un détraqué et parce qu’il est inadmissible qu’on laisse un enfant dans la détresse. Il nous faut des moyens d’agir, et grâce à l’AIVI et à notre action, nous les aurons !!!

Je vous embrasse tous et vous remercie beaucoup de tout votre soutien.


PS : Attention à ne pas se méprendre, je ne dis pas que dès qu’un enfant dis quelque chose il faut le croire sur parole, je dis simplement que les lois sont mal faites, les enquêtes parfois bâclées et les délais de prescription sont trop court parce que parfois, les gens n’osent parler qu’après 40 ans !

PS2 pour Armand le sage ^^ : Quels sont les délais pour ce genre d’affaires en Belgique ? Et l’inceste est-il dans votre code pénal ?

 

 

 

 

 

 

NB de Fantomette : Ca a sûrement échappé à la majorité d'entre vous, mais le procès initialement prévu le 30 janvier n'a pas eu lieu, je vous fais un copié-collé d'un commentaire de ChocoFraise sous son dernier article :


"Mon avocate a eu un grave accident en septembre dernier, fractures multiples aux jambes notamment, elle a repris le travail depuis le 7 mais va devoir encore se faire arreter car elle a des douleurs, du mal a respirer et encore beaucoup de mal à marcher... N'étant pas totalement remise, elle ne veut pas plaider car "je ne suis qu'au quart de mes capacités en ce moment" m'a-t-elle dit et elle ne veut pas qu'un confrère plaide à sa place, à une semaine de l'audience, elle connait le dossier sur le bout des doigts, me connait aussi très bien, donc....

DEMANDE DE RENVOI !!! Et voilà, j'ai plus de date :( :( :( "

Suite ici

Par ChocoFraise
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Lundi 23 février 2009

A la suite d'un de ses commentaires, j'avais proposé une tribune à ChocoFraise, qui a accepté.
Début de l'histoire ici :
ChocoFraise #1 Présentation.
Suite ici :
ChocoFraise #2 La décision.
Suite ici : ChocoFraise #3 Conséquences...
Suite ici : ChocoFraise #4 Ca m'obsède !

Suite ici : ChocoFraise #5 Nouvelle Etape

Suite ici :ChocoFraise #6 LETTRE A MON PERE

Suite ici : ChocoFraise #7 Le 30 janvier 2009 à 14h

Suite ici : ChocoFraise #8 L’inceste, ce tabou et l’AIVI, ma bouée de sauvetage…

 






Mon combat à commencé il y a trois ans quand j’ai porté plainte et c’est aujourd’hui qu’il se manifeste concrètement. Cet après midi, j’ai mon premier RDV avec une journaliste d’un magazine pour ado, elle va recueillir mon témoignage pour un dossier sur l’inceste. Je vous en reparlerai en temps et en heure, quand le dossier paraitra.


A partir de demain après midi, donc le samedi 21 février exactement, je suis officiellement bénévole stagiaire au sein de l’association internationale des victimes de l’inceste (A.I.V.I www.aivi.org), et je commence déjà à travailler sur un grand projet d’information et de récolte de dons pour le printemps 2010. Le concept, organiser une grande soirée sur Paris au cours de laquelle il y aura des concerts, un DJ, une expo d’information, un stand spécial de récolte de dons (avec reçu fiscal pour les impôts ^^) et la signature d’une pétition pour l’insertion de l’inceste dans le code Pénal. Au programme donc, musique, boisson, amusement garanti, mais le tout dans une démarche citoyenne. Tout l’argent récolté ce jour là, sera pour l’A.I.V.I.

J’espère bien vous y voir tous !

Voilà les nouvelles sont bonnes, je me force à rester dans une phase positive, même si je suis toujours sous traitement, je commence à voir que tout ça prend tournure et j’ai enfin trouvé un sens à ma vie grâce à l’A.I.V.I. Je sais maintenant que je suis capable de m’investir à fond dans quelque chose et que je ne suis finalement peut-être pas si nulle que ça !

Peut-être que dans 2 jours je serais une loque en train de se dire qu’elle ne vaut rien, mais à force, j’ai l’habitude, ça passera et je continuerai à me battre coûte que coûte.

Je vous conseille de lire le livre d’Isabelle Aubry, La première fois, J’avais 6 ans… chez Oh éditions. C’est la fondatrice de l’A.I.V.I., elle est formidable.

Il ne me reste plus qu’à passer l’épreuve du 3 avril et de l’appel si interjection il y a, mais après ça, je sens que j’aurais toute la vie devant moi pour me construire et faire de belles choses.

Fantomette, tu es une fille fabuleuse, je te l’ai déjà dit, mais maintenant, tout le monde le sait !!

Je vous l’avais dit, qu’on entendrait parler de moi, et vous saurez très bientôt qui se cache derrière ChocoFraise…
PS : Je ne crois pas que je réécrirai avant le 3 avril prochain, date de mon procès. Mais promis, je vous raconterai TOUT. Si des victimes lisent mes post, qu’elles soient rassurées. C’est très dur mais pas plus que ce qu’on a subi et tout devient plus facile après, je vous le promets !


Suite ici




Merci ChocoFraise ;-) !
Par ChocoFraise
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Lundi 27 avril 2009
A la suite d'un de ses commentaires, j'avais proposé une tribune à ChocoFraise, qui a accepté.

Début de l'histoire ici : ChocoFraise #1 Présentation.
Suite ici : ChocoFraise #2 La décision.
Suite ici : ChocoFraise #3 Conséquences...
Suite ici : ChocoFraise #4 Ca m'obsède !

Suite ici : ChocoFraise #5 Nouvelle Etape

Suite ici :ChocoFraise #6 LETTRE A MON PERE

Suite ici : ChocoFraise #7 Le 30 janvier 2009 à 14h

Suite ici : ChocoFraise #8 L’inceste, ce tabou et l’AIVI, ma bouée de sauvetage…
Suite ici : Chocofraise #9 Je vous l'avais dit !

 

Ce vendredi 3 avril 2009 à 14h, avait lieu le procès de mon père. J’ai porté plainte pour viol entre l’âge de 5 et 10 ans (en vrai je devais plutôt avoir 3 ou 4 ans, mais il parait qu’on ne peut pas se souvenir avant 5 ans… enfin bref !).
Ma plainte n’a pas été classée sans suite, et l’instruction à durée 18 mois. Entre le moment de ma plainte et le procès, il s’est écoulé 3 ans. Pendant ces 3 ans, il s’est passé beaucoup de choses. Mon père à nié le viol mais il a avoué une agression sexuelle. Une seule. Il a été expertisé par un psychiatre, moi aussi et beaucoup de gens ont été auditionnés comme son ex femme, ma mère, deux de mes amies de l’école primaire à qui j’avais parlé dont une qui a aussi été sa victime, etc. Mon père et moi avons été confrontés à 2 reprises au commissariat de police et chez la juge d’instruction. Il a été placé sous contrôle judiciaire, ce qui veut dire qu’il devait « pointer » au commissariat et il avait interdiction de s’approcher de moi ou d’entrer en contact avec moi par quelque moyen que ce soit. Il n’a pas respecté cette interdiction et s’est servi du suicide de ma grande sœur handicapée, pour se faire plaindre et passer au travers de la détention provisoire, alors que quelques semaines plus tôt, elle se plaignant à notre grand frère que notre père profitait d’elle et qu’il lui faisait subir des attouchements…
Un non lieu partiel à été prononcé et ma plainte pour viol (un crime), s’est transformé en une plainte pour agression sexuelle (un délit) sur mineure de 15 ans par un ascendant (ce qui constitue 2 circonstances aggravantes). On appelle cela la déqualification, c’est une coutume en France vieille de plus de 100 ans et cette pratique est totalement illégale. Pour autant, elle est systématiquement imposée aux victimes dont les pénétrations n’étaient pas faite par le sexe (ce qui est mon cas), alors que le code pénal précise bien qu’un viol est une pénétration, peut importe l’endroit de celle-ci et le moyen utilisé. Et puis dites-moi ce que représentent les doigts d’un homme pour une petite fille de 5 ans. Ont-ils l’air frêle, petits comme une brindille, ou au contraire donnent-ils l’impression d’être énormes ? Désolée pour ces précisions un peu cash, mais on a besoin parfois de se représenter les choses pour bien les comprendre… Je précise pour les non juristes que la coutume en France ne fait pas partie des sources du droit et que cela ne vaut donc rien normalement pour la justice. Les sources du droit sont les lois, les règlements, les décrets, les arrêtés et la jurisprudence (j’en oublie peut-être et je ne les donne pas dans l’ordre de priorités, désolée ^^).
La peine maximale encourue par mon père est donc passé de 20 ans à 10 ans de prison.
Venons-en au jour J maintenant.
J’étais convoquée à 14h, et ne m’étant endormie que vers 4h, je n’ai pas entendu sonner mon réveil. Il faut dire je dors 2h par nuit depuis des semaines, je suis donc physiquement et moralement épuisée. Heureusement, j’avais prévu 3-4 heures pour me préparer et me détendre avant de partir. Mais cela a eu une grande incidence sur mon moral. A peine levée, j’ai crié sur mon copain, j’ai pleuré et je lui ai dit que je ne l’autorisais plus à m’accompagner au procès. Je courais comme une folle dans tous les sens, je ne savais plus ce que je devais faire, ce que je devais emporter, etc. Heureusement que la veille j’avais fait ma séance d’habillage (pendant 2h) pour me trouver une tenue dans laquelle je me sentirais à l’aise, ni trop mal habillée ni trop habillée (en gros, j’ai éliminé d’office le jeans/baskets, le tailleur et la tenue trop fashion ^^). Je suis restée fermée et en colère 2 bonnes heures et je n’ai rien pu avaler à part un café. A midi, j’ai rejoins des amies, mon frère et mon cousin dans une pizzeria près du tribunal. Nous avons déjeuné, enfin plus eux que moi parce que je n’avais pas très faim. L’ambiance était bonne, on a pas parlé du procès, on a rigolé, le serveur était sympa, j’y retournerais. Plus le temps passait et plus le stress montait. Je suis partie avant mes amis et je suis arrivée au tribunal stressée. J’ai recommencé à m’agiter dans tous les sens, à ne pas savoir quoi faire en attendant l’audience, avec mon avocate j’essayais de me maîtriser en lui donnant certains papiers dont elle avait besoin mais je les mélangeais tous, je n’arrivais à rien. Heureusement qu'elle était là pour faire le tri et pour me rassurer !
Et je l’ai vu. Assis sur le banc en face de moi. Nos regard se sont croisés et mon cœur s’est arrêter de battre un instant. Il m’a glacé le sang. Je me suis retournée pour qu’il ne me regarde pas et je l’ai laissé entrer le 1er pour choisir ou je m’assiérais dans la salle d’audience. Ca ressemble un peu à une église. Des bancs à gauche et à droite et une allée centrale qui mène à la barre et aux juges.
Il s’était assis vers le fond, je me suis mise tout devant. Il a alors changé de place et s’est assis sur la même rangée que moi ! Je me suis levée et je suis allée m’asseoir au fond. Il a sorti un mouchoir et à commencé à sécher des larmes de crocodile (vous savez, celles que font les enfants quand ils cherchent à ce qu’on s’apitoie sur leur sort, ou qu’on leur accorde une chose qu’on a refusée un instant plus tôt ^^).
Puis on nous appelé. J’étais à gauche et lui à droite, mon avocate debout derrière moi et le Procureur de la république de mon côté. Face à nous, il y avait une barre devant l’énorme bureau où siégeaient les juges. Il a été appelé à la barre et la présidente du tribunal (une des 3 juges) à commencé par rappeler notre état civil puis par faire une synthèse des faits. Elle a ensuite interrogé mon père. Je ne me souviens pas précisément des questions, mais je me souviens que mon père n’a cessé de dire qu’il avait mauvaise conscience. Il avait une lettre aussi pour moi, il a demandé à la juge de ma la donner, ce à quoi elle à répondu qu’elle n’était pas un bureau de poste (j’ai bien aimé la petite vanne !). Il a quand même essayé 3 fois de me la donner, sans succès, puisqu’il n’était pas là pour qu’on discute, mais pour répondre de ses actes devant la justice.
De temps en temps, on me demandait mon avis et si j’avais quelque chose à rajouter sur ce que je venais d’entendre. Alors j’ai tout lâché. La souffrance, le mal-être, la peur continuelle, le handicap social auquel m’ont condamnés ses actes jusqu’à présent. J’ai expliqué mon point de vue et qu’à mes yeux, rien ne pouvais justifier son attitude envers moi, pas même une vie ou une enfance malheureuse. Et j’ai dit que chacun est responsable et doit assumer ses actes, faire avec sa conscience. J’ai poursuivi en ajoutant que malgré tout, jamais il ne me viendrait à l’esprit de m’en prendre à un enfant du fait de ma propre histoire.
J’ai dit aussi ce que j’avais publié ici dans la « lettre à mon père ». Que mon père n’avais jamais tenu son rôle, ne m’avait jamais protégée, jamais respectée, mais au contraire toujours salie, humilié et menacée. Je crois que ces mots l’ont touché parce que j’ai dit aussi que pour m’avoir fait une chose pareille il ne m’avait jamais aimé, et à ce moment là il a sursauté et s’est un peu tourné vers moi.
J’ai parlé avec mes tripes, j’ai pleuré, je me suis révoltée comme j’ai pu, mais j’ai été sincère comme jamais je ne l’ai été dans ma vie je crois. Et derrière moi, sans que je ne m’en rende compte, la salle était en pleure.
La Présidente a demandé au Procureur, mon avocate et l’avocat de mon père s’ils avaient des questions, mais ils n’en avaient pas, apparemment, j’avais tout dit. Ensuite, mon avocate à plaidé. En tant que partie civile, elle n’a pas plaidé sur la peine de prison mais sur le préjudice que j’ai subi.
Le Procureur de la République aussi à plaidé et il a demandé 5 ans de prison dont trois avec sursis avec obligation de soins pour mon père et inscription au fichier national des délinquants sexuels.
Dans l’ensemble, je pense que les juges ont bien compris ce que je ressentais, ils ont bien cerné le problème de l’inceste et ils ont parlé du fait que ce « crime » est particulièrement horrible car l’agresseur est une personne en qui l’enfant donne tous pouvoirs. Ce qui est totalement juste.
L’audience s’est terminée par la plaidoirie de mon avocate puis du sien, qui a été particulièrement « gentil » puisqu’il a lui-même précisé que mon père méritait une condamnation et moi, une réparation…
Moi, j’étais en sanglots, je suis sortie de là avec la sensation d’être enfin délivrée d’un poids, mais aussi avec un profond sentiment d’injustice : 5 ans, dont 3 avec sursis. S’il se conduit bien, il fera 18 mois… Mais les juges peuvent lui donner plus, je garde quand même un petit espoir car finalement, je pensais que je m’en fichais de la peine, que je voulais juste qu’il soit reconnu coupable, mais c’est faux.
Toutefois, un demi-miracle a eu lieu.
Déjà, il est venu. Mais surtout, il a reconnu que je ne mentais pas et que TOUT ce que j’avais dit est vrai !! Il a tout avoué !! Et sans que personne ne fasse pression sur lui par quelque moyen que ce soit. Il l’a fait de manière plutôt spontané. En fait, la juge lui a fait remarquer des incohérences dans ses propos, et je crois qu’il n’avait plus le choix que d’avouer pour espérer un peu de clémence de la part du tribunal. Dans tout les cas, il ne l’aura pas fait pour moi mais bel et bien pour lui.
Et il ne m’a pas demandé pardon, pardon que je ne lui aurais pas accordé. Il ne s’est pas excusé et n’a pas daigné prendre en considération ma souffrance à moi. Il n’a parlé que de SES regrets qui lui donnent mauvaise conscience. Avoir mauvaise conscience et regretter, ce n’est pas demander pardon, c’est se dire que finalement, on a mal d’avoir agi d’une certaine façon et qu’on aimerait ne pas l’avoir fait pour soi, pour ne plus avoir mal. Demander pardon c’est montrer qu’au-delà de sa propre personne, on souhaite atténuer la souffrance de l’autre.
Mais il n’a pas demandé pardon.

J'ai quand même été très énervée par les juges qui passaient leur temps à dire que la loi avait bien évoluée au sujet de l'inceste, et bla bla bla, j'ai quand même été déqualifiée, merci bien !!

Je reviendrais bientôt pour vous parler du verdict et de l'énorme sentiment d'injustice que je ressens depuis ce jour là...

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Par ChocoFraise
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