A la suite d'un de ses commentaires, j'avais proposé
une tribune à ChocoFraise, qui a accepté.
Début de l'histoire ici : ChocoFraise #1 Présentation.
Suite ici : ChocoFraise #2 La décision.
Suite ici : ChocoFraise #3 Conséquences...
Suite ici : ChocoFraise #4 Ca m'obsède !
Suite ici : ChocoFraise #5 Nouvelle Etape
Suite ici :ChocoFraise #6 LETTRE A MON PERE
Suite ici : ChocoFraise #7 Le 30 janvier 2009 à
14h
L’Inceste n’existe pas dans le code Pénal. Il n’est nommé nulle part en tant que tel.
L’agression sexuelle ou le viol sur un mineur de moins de 15 ans par une personne ayant autorité n’est qu’une circonstance aggravante.
Peut-être certains d’entre vous seront choqués par mes propos, mais un enfant abusé par
un pédophile (donc inconnu) et un enfant abusé par un parent ne subissent pas le même traumatisme. Ce n’est que mon point de vue. Dans les deux cas, les conséquences sont graves. Mais comment
faire confiance de nouveau à sa famille, à ce qui fait le fondement même de notre société lorsque celle-ci ne respecte pas ses devoirs envers ses enfants ? Comment, si l’on ne peut même
pas faire confiance à son propre père, l’image même du protecteur tout puissant, cet enfant pourra-t-il alors un jour faire confiance aux autres, à ces proches, à la vie tout
simplement ?
Nous avons fait un pacte avec la société. Avec l’Etat. Nous lui confions le pouvoir, il a
en charge de nous protéger. En échange, nous nous devons de respecter les règles qui nous sont imposées, et c’est ce qui doit nous permet de vivre en harmonie et en sécurité. En tant qu’enfant,
nos parents nous protègent et sont bienveillants, et en échange, nous leur devons le respect, la confiance et l’obéissance. Au sein de notre famille, rien ne peut nous arriver, comme rien ne
peut nous arriver si l’Etat respecte sont rôle de protection. Bien sûr, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Parfois, il y a un accident, mais nos parents nous consolent et prennent soin
de nous, tout comme l’Etat nous offre la justice et le droit de nous constituer partie civile pour obtenir réparation.
En tant qu’enfant, nous nous construisons. Notre personnalité se développe et notre futur
bien être profond est conditionné par notre enfance et la façon dont nos parents nous protègent. Si tout se passe bien, une fois adulte, nous sommes confiants. Parfois, il peut arriver qu’un
attentat grave arrive dans un pays, comme ça, sans prévenir. Alors en tant que citoyens, on ne comprend pas. On ne comprend pas que notre Etat n’ait pas su prévenir et empêcher ce crime. Des
séquelles graves en découlent chez les personnes victimes. On appelle ça le syndrome de stress post traumatique.
Les victimes d’inceste aussi souffrent de ce syndrome.
L’attentat est un crime, l’inceste n’est même pas nommé dans le code pénal. Pourtant,
l’inceste, quel qu’il soit, qu’il y ait viol ou pas est une atteinte grave à la structure profonde du petit être qui passera sa vie avec ce traumatisme. Ce ne sont pas les gestes en soient qui
sont les plus graves. C’est la personne par laquelle ces gestes sont commis qui atteint le plus l’enfant victime.
Récemment, vous avez pu entendre parler au journal télévisé, à la radio ou lire dans la
presse qu’une étude à été menée sur l’inceste. Un rapport à été remis au gouvernement par un député de l’assemblée nationale. Elle a reçu pas loin de 400 témoignages dont certains faisaient
plus de 10 pages, dont le mien. Etudier la pertinence de l’insertion de l’inceste en tant que crime particulier dans le code pénal, c’est le but de ce rapport. Parallèlement à ce rapport, une
association formidable l’AIVI, fondée par une « survivante » de l’inceste comme on aime à s’appeler, à produit un sondage. C’est la première fois qu’un tel sondage est fait. En voici
les grandes lignes :
Alors que l’ « affaire Fritzl », du nom de cette
femme autrichienne séquestrée durant 24 ans par son père incestueux, a replacé l’inceste sur le devant de la scène médiatique au début de l’année 2008, et presque quatre années après le rapport
Estrosi sur ce sujet, l’AIVI et Ipsos ont souhaité donner la parole aux Français pour connaître leur opinion sur la question de l’inscription de l’inceste dans le droit pénal. En outre, à
l’heure où il n’existe pas de statistiques nationales en matière d’inceste, l’AIVI et Ipsos ont cherché à savoir si les Français avaient déjà été confrontés à cette situation, et de quelle
manière ils y avaient fait face.
C’est pourquoi Ipsos a interrogé les 16 et 17
janvier par téléphone 931 personnes, constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
Un Français sur quatre connaît au moins une
personne victime d’inceste dans son entourage. La présente étude permet de dresser un premier constat édifiant : 26% des Français déclarent connaître au moins une personne victime d’inceste
dans leur entourage. En effet, lorsqu’on leur demande si elles connaissent une ou plusieurs personnes ayant été confrontées à une liste de situations relevant de l’inceste, 26% des personnes
interrogées répondent au moins une fois par l’affirmative.
Ainsi, 19% des Français déclarent connaître une
(12%) voire plusieurs personnes (7%) ayant subi des agressions sexuelles comme des attouchements ou des caresses, et 13% connaissent une (8%) ou plusieurs personnes (5%) ayant été victimes de
viols. De même, respectivement 11% et 9% affirment qu’un ou plusieurs membres de leur entourage ont subi des actes d’exhibitionnisme ou fait l’objet de confidences répétées à caractère sexuel.
Seules 3% des personnes interrogées connaissent une ou plusieurs personnes ayant été obligées de poser pour des photographies érotiques ou pornographiques durant leur enfance ou leur
adolescence.
L’examen détaillé des réponses révèle que les
femmes sont plus nombreuses que les hommes à déclarer connaître au moins une personne victime d’inceste (32%, contre 20% des hommes). Peut-être les femmes sont-elles plus souvent choisies comme
confidentes lorsque survient une telle situation ?
3% des Français déclarent avoir été victimes
d’inceste. Lorsqu’on leur demande quel est leur lien avec les victimes d’inceste qu’ils déclarent connaître, les Français répondent majoritairement qu’il s’agit d’un ami ou d’une connaissance
(61%), tandis que pour plus d’une personne sur quatre (27%), cette victime est une personne de leur famille (frère, soeur, cousin). Plus rarement, cette personne est un parent (père, mère,
oncle ou tante -5%), ou un conjoint (2%).
Ainsi, pour 90% des personnes connaissant au
moins une victime d’inceste, la victime est un proche, et même un membre de la famille pour 34% d’entre elles.
Par ailleurs, 11% des personnes déclarant
connaître une victime d’inceste indiquent qu’elles sont elles-mêmes cette victime (un chiffre qui atteint 16% parmi les femmes).
Lorsque l’on ramène ce chiffre à l’échelle de
l’ensemble de l’échantillon – et non plus aux seules personnes déclarant connaître une victime d’inceste - il apparaît que 3% des Français (et même 5% des femmes) déclarent avoir été victimes
d’inceste.
Rappelons ici qu’il s’agit de données purement
déclaratives, et que ces chiffres sont parconséquent probablement plus élevés dans les faits.
L’inceste, une situation face à laquelle les
Français croient, à tort, savoir
comment réagir. Trois Français sur quatre (76%)
affirment qu’ils sauraient comment réagir si un mineur leur annonçait qu’il est victime d’inceste, 21% jugeant au contraire qu’ils ne sauraient pas quoi faire. Sans doute plus sensibilisés à
cette question, les parents sont plus nombreux que les personnes sans enfants à déclarer savoir comment réagir face à une telle situation (83%, contre 72% des sans enfants). Logiquement, les
personnes déclarant connaître au moins une victime d’inceste, et ayant donc déjà été confrontées à ce problème, se montrent particulièrement sûres de ne pas être désemparées : 84% affirment
ainsi qu’elles sauraient comment réagir, contre 73% des personnes ne connaissant aucune victime d’inceste.
S’ils pensent savoir comment réagir face à
l’inceste, les Français, dans les faits, se trompent. Tout en croyant bien faire, une large majorité d’entre eux n’aurait pas la réaction appropriée face à ce genre de
situation.
En effet, lorsqu’on leur demande quelle serait
leur réaction si le mineur qui leur disait être victime d’un inceste exigeait de leur part un secret absolu sur cette révélation, 60% affirment qu’ils attendraient d’avoir la preuve de ce que
dit le mineur avant de le révéler aux autorités. Moins d’un sur trois (31%) révèlerait immédiatement cette information aux autorités, même sans preuve, tandis que 6% ne diraient rien afin de ne
pas trahir la confiance de la victime.
Or toute personne ayant connaissance d’un cas
d’inceste sur un enfant mineur devrait révéler cette information immédiatement aux autorités, même sans preuve. Par conséquent, deux Français sur trois ne réagiraient pas à bon escient face à
l’inceste.
Au total, les personnes affirmant qu’elles
sauraient comment réagir face à l’inceste ne feraient pas mieux que le reste de l’échantillon, puisque seules 32% d’entre elles iraient immédiatement porter les faits à la connaissance des
autorités.
Logiquement enfin, les parents seraient
légèrement plus nombreux que les personnes sans enfants à avoir la bonne réaction (35% iraient immédiatement informer les autorités, contre 29% des personnes sans
enfants).
Les Français sont massivement favorables à
l’inscription de l’inceste dans le droit pénal. Dans leur très grande majorité, les Français sont insuffisamment informés de la manière dont l’inceste est actuellement réprimé dans le droit
pénal.
En effet, alors que le droit actuel ne reconnaît
pas l’inceste comme une infraction pénale incriminée en tant que telle, mais seulement comme une circonstance aggravante de crimes ou délits sexuels contre un mineur, près de sept Français sur
dix (69%) pensent pourtant que l’inceste est réprimé en tant que tel dans le droit pénal. A l’inverse, 31%
des personnes interrogées pensent, à juste
titre, que ce n’est actuellement pas le cas.
Notons que le fait de compter une victime
d’inceste parmi son entourage n’induit pas une meilleure connaissance de la législation en la matière, puisque seules 29% des personnes connaissant une victime d’inceste pensent que cet acte
n’est pas réprimé en tant que tel dans le droit pénal.
Lorsqu’on leur apprend que l’inceste n’est
actuellement pas réprimé en tant que tel dans le droit pénal, et qu’ils aient déjà été confrontés ou non à cette situation, les Français se prononcent massivement en faveur de l’inscription de
l’inceste dans le code pénal : 91% y sont favorables, dont 59% très favorables.
Au-delà de l’aspect juridique, l’inceste soulève
un autre problème majeur : près de la moitié des victimes ne sont pas crues par leur famille. Parmi les personnes connaissant au moins une victime d’inceste, près de la moitié (42%) déclarent
que cette victime n’a été ni crue, ni aidée par sa famille. Il s’agit là d’un problème d’autant plus préoccupant que lorsque la victime d’un inceste n’est pas crue, il y a très peu de chances
que des sanctions soient prises contre son auteur.
Globalement, en effet, seules 40% des personnes
comptant au moins une victime d’inceste au sein de leur entourage nous apprennent que des mesures ont été prises par la famille pour que l’agresseur ne puisse plus approcher la victime.
L’agresseur n’a été poursuivi par la justice que dans un tiers des cas (33%), et n’a reconnu les faits que dans 31% des cas, selon les personnes qui connaissent une victime parmi leurs
proches.
Or, si l’on examine dans le détail la suite qui
a été apportée aux faits selon que l’enfant a été cru ou non par sa famille, il apparaît que le fait que l’enfant ait été cru s’avère logiquement déterminant pour la mise en oeuvre de
sanctions.
Ainsi, la famille a pris des mesures pour que
l’agresseur ne puisse plus approcher de la victime dans 63% des cas lorsque l’enfant a été cru, contre seulement 12% dans le cas contraire.
De même, seules 16% des personnes connaissant
une victime qui n’a pas été crue affirment que l’auteur des faits a été poursuivi en justice, un chiffre qui atteint 46% lorsque l’on a cru la victime. Près de la moitié des personnes
connaissant une victime qui a été crue (45%) déclarent également que l’agresseur a reconnu les faits, contre seulement 15% lorsque la famille n’a pas cru la victime.
Par conséquent, au-delà du seul aspect
juridique, l’inceste soulève avec acuité la question du crédit accordé à la parole de la victime, préalable souvent indispensable à toute sanction de l’acte.
Moi je ne retiens qu’un fait. 3% des
français disent avoir subit l’inceste, soit près de 2 millions de personnes. Il y a en France presque autant de victimes d’inceste que de chômeurs. Potentiellement, sur les 150 visiteurs
journaliers du blog de Fantomette, il se peut que vous soyez près de 5 personnes à avoir subi l’inceste. Et près de 40 à connaître une personne comme moi.
Saviez-vous que l’AIVI a fait changer à loi en 2005 et que sans cette action, je n’aurais
aucune chance que le « crime » de mon père soit jugé aujourd’hui ? Avant, on avait 3 ans après la majorité pour porté plainte pour un délit (donc agression ou atteinte sexuelle)
et 10 ans pour un crime (soit un viol). J’ai porté plainte à l’âge de 21 ans révolus, donc dans les temps pour la loi de 2005. Seulement, le Procureur de la République à déqualifier le chef
d’accusation. Mon père n’est plus accusé de crime mais d’un simple délit. Sans cette loi qui a fait passer les délais de 3 à 10 ans pour un délit et de 10 à 20 ans pour un crime, mon affaire
aurait été classée sans suite.
Mon avis est que toute atteinte, agression, viol faite sur un enfant par un adulte ayant
autorité soit TOUS les adultes car pour un enfant TOUS les adultes représentent une autorité, devrait être un crime.
Personnellement, je suis chanceuse. Mon agresseur a partiellement avoué, ma famille me
croit, et mon procès va avoir bientôt lieu (Il est décalé au 3 avril prochain !!).
Et je vous promets une chose. Un jour, vous entendrez parler de moi (bientôt
peut-êtreJ). Parce que je n’ai plus honte, parce que je n’ai rien fait, parce que ce n’est
pas de ma faute si mon père est un détraqué et parce qu’il est inadmissible qu’on laisse un enfant dans la détresse. Il nous faut des moyens d’agir, et grâce à l’AIVI et à notre action, nous
les aurons !!!
Je vous embrasse tous et vous remercie beaucoup de tout votre
soutien.
PS : Attention à ne pas se méprendre, je ne dis pas que dès qu’un enfant dis
quelque chose il faut le croire sur parole, je dis simplement que les lois sont mal faites, les enquêtes parfois bâclées et les délais de prescription sont trop court parce que parfois, les
gens n’osent parler qu’après 40 ans !
PS2 pour Armand le sage ^^ : Quels sont les délais pour ce genre d’affaires en
Belgique ? Et l’inceste est-il dans votre code pénal ?
NB de Fantomette : Ca a sûrement échappé à la majorité d'entre
vous, mais le procès initialement prévu le 30 janvier n'a pas eu lieu, je vous fais un copié-collé d'un commentaire de ChocoFraise sous son dernier article :
"Mon avocate a eu un grave accident en septembre dernier, fractures multiples aux
jambes notamment, elle a repris le travail depuis le 7 mais va devoir encore se faire arreter car elle a des douleurs, du mal a respirer et encore beaucoup de mal à marcher... N'étant pas
totalement remise, elle ne veut pas plaider car "je ne suis qu'au quart de mes capacités en ce moment" m'a-t-elle dit et elle ne veut pas qu'un confrère plaide à sa place, à une semaine de
l'audience, elle connait le dossier sur le bout des doigts, me connait aussi très bien, donc....
DEMANDE DE RENVOI !!! Et voilà, j'ai plus de date :( :( :( "
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