Fantomette est une héroïne idéaliste (un peu trop), amoureuse (jamais trop) qui veut croire que
non, le monde n’est pas si méchant, si on sait le regarder avec des yeux d’enfants et ne jamais vivre dedans mais tout près, juste un peu en parallèle, juste à côté.
A la suite d'un de ses commentaires, j'avais proposé une tribune à ChocoFraise, qui a accepté. Début de l'histoire ici :ChocoFraise #1
Présentation.
La décision.
Il arrive un moment où on ne se supporte plus. Un moment où on ne supporte plus rien. Le regard que l'on porte sur soi, on a honte, tout le temps, et on ne comprend pas pourquoi. Le regard des
autres. Savent-ils? Sentent-ils que j'ai un problème? Aller faire les courses? Trop d'efforts!! Se faire belle? Trop d'efforts!! Téléphoner aux gens que l'on aime? Trop d'efforts!! Aller voir les
gens que l'on aime? Encore pire!! Donner des nouvelles? Pour quoi faire? De toute façon, on a plus envie de voir
personne, on a plus envie de parler avec personne, on a plus envie de s'intéresser aux autres, on se renferme, on ne dort plus, la vie devient lourde... Et un jour, on décide qu'on doit faire
quelque chose. Alors on se renseigne comme on peut, et on cherche des solutions.
Dans mon cas, sans travail, sans envie de bouger, sans internet, sans argent, j'ai décidé d'appeler le 119. Parce que le 119, même avec un portable rechargeable par carte qui n'a plus de crédit,
ça fonctionne!! Le 119, c'est fait pour les enfants. C'est le numéro de l'enfance maltraitée. On l'appelle si on est un enfant qui en a besoin ou si on est un adulte qui pense qu'un enfant en a
besoin. C'est gratuit, anonyme, on peut donner un faux nom et la nuit, ils sont joignables très facilement!! :). Moi je n'étais plus une enfant, pas encore tout à fait adulte, mais je n'avais
qu'eux pour m'aider. Ils m'ont donné l'adresse d'un service de victimologie dans un hôpital parisien, et ils m'ont donné le numéro d'une association où on peut joindre des avocats qui nous
renseignent gratuitement par téléphone.
C'est une avocate qui m'a dit comment porter plainte. Il y a deux façons. On se rend au commissariat le plus proche de chez soi, le jour, pour qu'un officier soit présent, ou on écrit au
Procureur de la République du Tribunal de Grande Instance (TGI) près de chez soi. J'ai choisi d'écrire. C'est plus long, mais moins difficile. La plainte ne doit pas faire plus d'une page. Il
suffit de se présenter, de donner le nom, l'adresse et l'Etat Civil de la personne contre qui on porte plainte (si on les connait) et de décrire les faits en quelques lignes. En gros, dans mon
cas, cela a donné à peu près ceci:
« Monsieur le Procureur de la République,
Je m’appelle (…) née le (…), à (…).
Je porte plainte contre mon père M. (…) né le (…), à (…), et résidant (adresse) pour les faits suivants :
De l’âge de 5 ans à l’âge de 11 ans environ, j’ai été victime d’attouchements sexuels ainsi que de viols assez régulièrement. Cela se passait de la façon suivante : (description détaillée des
actes).
Je vous remercie de bien vouloir prendre en considération ma plainte concernant les faits évoqués ci-dessus.
Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréer, Monsieur le Procureur de la République, l’expression de ma considération distinguée. »
Puis j’ai posté mon courrier au tarif lettre tout simplement, le 28 février 2006.
En Juin 2006, j’ai reçu une convocation de la Brigade des Mineurs de Paris (BMP), j’ai été reçue par une dame très froide qui m’a interrogée sur les faits et qui a pris ma plainte. Elle m’a
informée que le dossier serait transmis à un autre commissariat puisque les faits avaient eu lieu dans un autre département (ah les joies de l’administration française !! Un jour, si cela vous
dit, je vous ferais un petit topo rapide sur les juridictions et comment elles fonctionnent. Je m’y connais bien, j’ai une licence de droit et j’ai été assistante juridique!). Elle m’a dit aussi
que cela prendrait plusieurs mois, sans compter que les vacances d’été étaient proches. Et bien j’ai été contactée par le lieutenant du commissariat en question deux semaines plus tard
seulement!!
Il m’a dit qu’il devrait interroger ma mère ainsi que les personnes à qui j’en avais parlé. Deux de mes ex petits copains… Il y avait aussi deux copines de l’école primaire dont je n’avais plus
de nouvelles depuis le collège mais je me souvenais encore de leurs noms, prénoms et dates de naissance (merci à ma mémoire d’éléphant). Je lui ai donné les numéros de téléphone de mes anciens
copains, celui de ma mère, et je l’ai appelée dans la foulée pour lui éviter une mauvaise surprise… Ca a été assez difficile, mais je m’en suis tirée par un simple « Maman, j’ai porté plainte
contre mon père, la police va te convoquer pour t’interroger ». Et le week-end suivant, je suis allée lui rendre visite, et je lui ai (presque) tout raconté.
Ce que j’ai ressenti à ce moment là est indescriptible. C’est comme si j’avais perdu des centaines de kilos d’un coup! J’avais une impression de légèreté. Mais j’avais aussi très peur. Peur du
moment où il allait apprendre la nouvelle, peur de voir sa réaction, et puis je croulais toujours sous les problèmes.
Problèmes psychologiques, douleurs physiques imaginaires, et problèmes matériels. La prochaine fois, avant de continuer de vous raconter mon histoire, je vous parlerai plus en détail de ces
fameux problèmes et de tout ce que la douleur psychologique peut engendrer.
Vous dîtes...