Y’a des fois y’a des trucs qui me rendent un peu triste.
Voyez, moi je travaille dans une cité.
Y’a bien que les moins de 8 ans et de plus de 30 qui sont pas des cons dans c’te putain de cité.
Les moins de 8 ans, j’en avais déjà parlé ici : c’est les kirikous, les mômes dont je suis devenue la héroïne sur un malentendu, un jour y’a un collègue qui a réparé le vélo d’une gamine, et
le téléphone arabe a fait son œuvre, j’ai appris récemment que c’était moi qui avais réparé ce vélo, et du coup les petits m’adorent, me tiennent la main quand je vais à la Poste jusqu’à l’entrée
de la cité (je leur ai interdit de m’accompagner plus loin, je suis pas sûre que leurs parents seraient ravis de voir leurs lardons se barrer je-ne-sais-où avec une inconnue, et soyons franc, que
ferais-je d’un kirikou à la Poste ?), me demandent où j’étais quand ils n’ont pas vu ma voiture de la journée (venue en RER ou garée sur le boulevard, mais ça les intrigue) et me rappellent
vertement à l’ordre quand je ne réponds pas à leurs coucou parce que je ne les ai pas vus me faire un petit signe de la fenêtre de chez eux l’autre jour où je partais à La Poste mais qu’ils ont
pas eu le temps de sortir me dire bonjour, oui messieurs-dames, je suis priée de scruter les fenêtres que m’ont indiquées les kirikous quand je pars à La Poste et qu’aucun n’est sur mon chemin,
des fois que l’un d’entre eux voudrait me faire coucou.
La tranche d’âge au dessus, les 8-12 ans, c’est pas leur faute, mais le processus de destruction de la cité a déjà commencé son œuvre, ils voient les grands faire des conneries et veulent les
imiter, alors ils balancent des pierres, des bouteilles en verres qui explosent dans l’entrée de garage de ma boîte, ils s’emmerdent, mais quand on les choppe ça redevient rien que des gamins
perdus qui savent pas pourquoi ils ont fait ça, alors on est salauds, on les refile aux caïds (les grands frères qui font le guet en permanence à l’entrée de la cité) en leur disant que la
prochaine fois c’est flics + plainte, tenez vos marmots, merde, les gamins prennent une branlée parce que les flics dans la cité, ils aiment pas les voir. Moi, si, beaucoup.
Et au-delà, c’est les moins chiants pour nous, parce qu’ils savent qu’on bosse là, qu’on est pas là pour les emmerder, qu’on répare les vélos des p’tits et qu’on garde la place du papi à la Fiat
vieille comme Hérode qui vient toquer au carreau de mon accueil pour que je vienne bouger la mienne de Fiat vieille comme Hérode pour qu’il puisse caser la sienne derrière la mienne. Quand je
suis arrivée ils ont essayé de me draguer, pis ils ont bien vu que d’une c’était mort, et que de deux, je serais là tous les jours et que valait mieux qu’on devienne invisible aux yeux les uns
des autres. Ce qui fut fait. Jamais un mot, jamais un regard, juste de l’indifférence, ils s’écartent un peu quand je traverse la troupe pour aller à la Poste (je m’attendais plusieurs fois à une
remarque graveleuse ou de drague ou que sais-je en passant au milieu d’une douzaine de jeunes mâles, mais rien, jamais un mot, c’est pas plus mal remarquez, mais j’arrive pas à être zen, je
redoute toujours la connerie, la vanne qui tourne mal, je n’ai pas confiance en eux).
Pis y’a des soirs tu rentres de la poste et tu vois un de ces jeunes cons qui te tient en
joue, avec une arme en plastique si ça se trouve. Pis peut-être pas.
Pis y’a des soirs tu vois un mec qui prend des photos d’une maison en chantier dans la cité et une douzaine de ces connards qui commencent à le menacer, à l’insulter, à lui dire d’arrêter de
photographier (il ne photographiait personne, juste un bâtiment), à le traiter de fils de pute et autres délicatesses. Pis tu entends l’un dire à un de ses copains « Vas-y, vas lui expliquer
que c’est pas lui qui fait la loi ici ».
Alors j’ai fait demi-tour et je lui ai dit qu’il y avait eu un fait divers où un mec s’est
fait tabasser à mort parce qu’il a pris des photos d’un lampadaire dans une cité du 93, que c’est pareil ici que c’est pas
parce que t’es dans Paris qu’ils sont moins cons et que ça vaut pas le coup, il y a des flics qui passent régulièrement, les flics de proximité qui font des tours, revenez quand ils passeront,
ils disent rien quand il y a les flics. Prenez pas le risque, ils sont nombreux, ils sont cons.
Pis le mec qui était énervé de pas pouvoir prendre des photos a laissé tomber « Ouais… Ils nous font chier ces petits cons… » Pis il est parti.
Pis moi je suis repartie vers le bureau, ce coup ci quand je suis passée au milieu du groupe c’était pas de l’indifférence mais du silence un peu troublant, ils m’ont rien dit, comme d’hab je
suis passée sans baisser les yeux ni regarder personne.
Je suis dégoûtée par ce genre de comportement.
C’est vraiment des emmerdeurs, je trouve ça nul, mais nul, mais nul… Je suis triste pour ce mec qui voulait prendre trois photos d’un mur, pour ces blaireaux qui sous prétexte qu’ils ont une
douzaine se croient les maitres du monde.
Pis j'ai eu la trouille de ce qu'étaient capables de faire 15 blaireaux excités.
Brassens avait raison, à plus de deux on est une bande de cons.
Vous dîtes...