Je sais je suis un peu aux abonnés absents ces derniers jours, j'ai la tête pleine et pense plus à ma petite vie de A******* hôtesse d'accueil qu'à celle de Fantomette, SuperHéroïne...
On parle souvent de trucs et d’autres, de trucs que mine de rien ça fait du bien d’en parler (cherchez pas, grammaticalement c’est nul).
Ciel, aurais-je besoin de retourner chez la psy ???
J’y ai passé 8 ans quand même. De 10 à 18 ans.
10 ans, presque 11, printemps 1996, c’est quand on (papa, maman, frérotte, frelot et moi) a décidé d’arrêter une semaine chez papa, une semaine chez maman, moitié des vacances, juillet-papa et août-maman, on-s’arrangera-pour-la-fête-des-pères-et-des-mères qui était en vigueur depuis 1991.
De nouveaux éléments rentraient en ligne de compte, papa s’était maqué avec Atrocedragon qui avait débarqué dans notre petite maison qui devait pas beaucoup dépasser les 100m² avec ses trois mômes. On y avait vécu comme des princes à 4, fallait la partager à 8. Pis ses mômes à l’autres… Excusez-moi, hein, je leur en veux pas mais faut s’habituer à trois nouveaux enfants de nos âges qui se mettent brutalement à partager notre quotidien.
Passage chez le juge, donc, et le juge… Non mais le juge… Mais QUEL CON !
Nous trois on avait une demande principale, une seule. Quelle que soit la décision rendue, on ne sépare pas la fratrie. Nous trois on reste ensemble comme les cinq mousquetaires quoi qu’il se passe. Entretien individuels avec le juge, on demande que « même si on n’est pas d’accord entre nous, vous nous séparez pas, hein ? » Pis on savait pas trop, Frelot et bibi on avait demandé une garde alternée en long terme (6/8 semaines), Frérotte une garde chez maman avec un-mercredi-sur-deux-et-un-week-end-sur-deux chez papa. C’est le bordel de se séparer après des mômes.
Le juge, donc, rend une ordonnance stipulant que pendant que Frelot et moi serions en garde alternée, Frérotte vivrait @mummy’s home.
Cet espèce d’imbécile avait tout simplement fait en sorte que nous ne vivions plus ensemble. Hauts cris dans le bureau, noméçavapalatête, tout ça. On se retrouve dans une situation un peu bâtarde avec une décision de justice qui convient à personne et qu’on ne respectera pas. Tout commence à dégénérer.
Atrocedragon pousse des hauts cris, Papachéri est un bon père, il doit avoir notre garde, Mèrepoule n’est qu’une conasse, tout ça, Beaupère menace Papachéri d’un poing dans la gueule, les crises entre les parents qui vivent sur la même place de village commencent, les coups bas, les fuites en larmes vers l’un ou l’autre des parents en cas de crise et nous trois qui tant bien que mal faisons (ou essayons de faire) bloc, on ne nous séparera pas.
Ce fut un aller simple chez Mme… Mince, je me souviens plus… Si, ça me revient, son nom est phonétiquement très proche de Fétide, à un son près. Mme Fétide, donc, pédopsychiatre.
En 4 ans, rien. Je lui mens, elle me fait peur, je lui dis rien qui me paraisse important à dire, je veux pas lui parler, j’ai la trouille, j’oublie pas mal de rendez-vous « Tu sais, ça veut dire quelque chose, ça que tu oublies tes rendez-vous » dixit Maman (rhaaa les mères qui ont fait psycho !!!) Ben oui, je veux pas la voir. Mais elle sait pas me répondre sur pourquoi j'oublie mes rendez-vous.
A 14 ans, en larmes, en pleine crise familiale, j’ai un peu tout cassé à la maison, tout cassé je m’entends, au sens figuré, je suis invivable, insolente, méchante, menteuse, voleuse, hurleuse, je craque et ne vais plus chez Mme Fétide. Je veux plus, je refuse, elle me fait peur, je veux un psy, un vrai, un qui me parle, pas un avec des yeux froids, pas un qui fait peur, un qui a des mouchoirs à me tendre si je pleure, un qui me dit ce qu’il m’arrive.
Et là, Mme Okay (presque pareil son nom, j’vous jure !) apparaît.
En quatre ans, elle me remonte de la pente sur laquelle je suis en train de me casser la gueule, elle me remet les idées en place, m’aide à tout vider en vrac, à tout remettre dans l’ordre et à tout re-ranger (comme on rangerait sa chambre ou son sac à main) et à balancer ce qui mérite pas d’être re-rangé. Je largue mes casseroles les unes après les autres, arrête de mentir, de voler, de foutre la merde chez mes parents, quitte tranquillement avec son aide l’adolescence, sans trop que je m’en rende compte elle espace les rendez-vous jusqu’à ce qu’elle me dise que ce pourquoi j’étais venue la voir était réglé.
Et elle m'a répondu à pourquoi j'oublie mes rendez-vous. « C’est contradictoire mais c’est parce que c’est important pour vous ».
Des problèmes d’adolescence, d’adolescente, « Tu sais, je me permets de te tutoyer maintenant, tu n’es plus une adolescente, je crois, la plupart de tes conflits avec toi-même tu les as réglés, il te reste les problèmes d’adultes à affronter, ceux pour lesquels je ne peux rien. » c’était un CMSA, Centre Médico-Social pour Adolescents.
Bon.
Dans la quinzaine, la décision de partir vivre à Paris est prise. Je ne suis plus en conflit avec ma famille, la vie est redevenue belle. Donc je pars. Maintenant je peux partir sans que ce soit une fuite, maintenant je peux partir comme on part tous un jour de chez nos parents.
J’en parle à Mme Okay, je lui dis que je pars l’été prochain, que je voudrais poursuivre les séances jusqu’à mon départ. Elle m’encourage à partir, m’assure que c’est bon pour moi, que si là-bas je doute je lui envoie mon adresse, elle me trouve un de ses collègues sur place qui pourra me recevoir, tout ça.
Les ailes qui me poussent dans le dos depuis toute petite vont enfin se déployer (désolée pour l’image minable digne de Barbara Cartland). Dernière consultation, je sors, elle a lâché la corde, j’ai l’impression que je peux m’envoler maintenant, j’ai jamais respiré aussi profondément qu’en sortant de son bureau du boulevard Victor Hugo ce jour là.
Je suis bien, je suis légère, la vie est belle.
Mais il me reste pas mal de points à éclaircir deux ans plus tard.
Pourquoi est-ce que j’étouffe dans ma famille ? Je les aime, j’ai besoin de les voir, mais au-delà de trois jours avec eux j’ai une envie folle de rentrer à Paris, j’arrive pas. Je les aime mais au compte goutte, je les ai au téléphone deux fois par mois un mail de temps en temps et un week-end par ci par là. Plus je peux pas. J’étouffe à leur contact.
Pourquoi ai-je autant de mal à entrer en contact et à le rester avec les gens, j’aime pas parler dans la rue j’aime pas qu’on me parle, j’aime pas que la femme de ménage ou le gardien ou un interne vienne discuter à l’accueil, je réponds pas aux mails qu’on m’envoie et rappelle pas les copains, je suis complètement misanthrope et les personnes avec qui j’entretiens une relation amicale (ou amoureuse MGD) c’est à leur initiative. Je préfère passer ma soirée devant la télé qu’appeler des gens pour sortir, mais si on m’invite je viens. En fait je ne fais aucun effort dans mes relations avec les autres (sauf pour toi MGD quoiqu’au début j’ai fait aucun effort), j’ai l’impression que je vais toujours les déranger.
J’ai l’impression de tout faire pour être transparente alors que je n’ai qu’une envie : qu’on ne voie que moi (comme hier avec ma robe rouge vif, mes escarpins rouge vif et les lèvres assorties), qu’on me trouve belle et qu’on m’aime mais dans le doute de pas réussir je préfère être anonyme que prendre le risque qu’on m’aime pas ou qu’on ne me trouve pas belle, et je crois toujours que la façade de gentillesse agréable des gens envers moi cache en fait leur aversion polie pour moi.
Je suis toujours présumée coupable, dés qu'il y a un problème j'ai l'impression que c'est de ma faute (je suis sincèrement désolée pour la guerre en Irak), je crois que je fais tout mal et quand j'arrive au taf l'après-midi, j'ai l'impression que ma collègue du matin va m'engueuler parce que j'ai mal géré la veille et qu'elle a eu plein de merdes pendant la matinée à cause de mes erreurs de la veille alors que dans le fond je sais que je bosse bien. C'est pareil pour tout.
Je manque tellement de confiance en moi, je vous raconte pas comme l’Homme a ramé pour me dépouiller de mon armure morceau par morceau et même si pas mal de peurs se sont envolées à son sujet (peur qu’il ne soit pas sérieux, peur de me faire avoir, peur que passée l’euphorie des débuts je ne lui plaise plus, peur qu’il me trouve trop jeune mais tout simplement peur qu’il me voie comme moi je me vois en fait), j’ai peur qu’il ne me trouve pas à la hauteur, au quotidien, au lit, dans la gestion de la vie réelle (ah, merde, j’ai oublié les impôts), etc.
Une sorte de paranoïa névrotique (psychologie de comptoir)
Peut-être que je vais re-signer pour quatre ans. Peut-être pas, j’ai peur de pas intéresser le psy…
Vous dîtes...