Bon, faut bien avouer qu’au bureau, mes tâches sont limitées, l’essentiel de mon boulot étant de gérer le standard, le courrier au départ et à l’arrivée.
Mais quand je m’ennuie, je trouve des bricoles à faire. Comme l’autre jour par exemple, dans le courrier je trouve un chèque revenu impayé. Je savais
que la journée serait calme, d’habitude on me demandait d’appeler la banque pour savoir si on pouvait le représenter.
Vous vous en doutez, les banques m’envoient sur les roses, refusant de communiquer des infos sur l’état bancaire de leur client. Donc on râle un peu… Et on classe le chèque dans le dossier
« chèques impayés » en attendant le suivant.
J’ai suggéré à la compta d’envoyer un recommandé au débiteur histoire de lui filer un coup de pétoche et qu’il paie.
Grand bien m’en a pris, je suis devenue officiellement oiseau de mauvais augure.
J’envoie les courriers pleins de menaces doucereusement proférées par ma plume assassine (à prononcer en sifflant bien les ‘s’) du type « faute de régularisation sous huit jours nous nous
verrons contraints de réclamer un certificat de non-paiement à votre banque afin d’engager les poursuites judiciaires qui s’imposent pour recouvrer cette créance », je vous raconte pas
comment je prends mon pied à écrire des choses comme ça, surtout quand le comptable vient me voir en me disant « tu lui as envoyé quoi à *****, tu sais, le chèque impayé de ***€, elle a
rappelé paniquée en nous suppliant de représenter le chèque le 1er septembre, tu peux m’envoyer une copie de ton courrier ? » Hé hé hé, la SuperHéroïne cachait honteusement
une forte dominance sadique...
Comme pour les bagnoles, j’en ai 6 qui partent à la fourrière, là.
Peut-être est-ce pour venger ma propre bagnole qui a fini en fourrière au début du mois (il m’a fallu 8 jours pour consoler la Fantomobile, elle était traumatisée et en pleurait son liquide de
refroidissement la chérie) parce qu’un jour de marché j’étais garée le long du boulevard parce qu’il y avait plus de place dans l’impasse où je travaille, à cause de toutes les épaves qui
l’encombrent, et vu le côté discret de la ruelle, ce sont sûrement des voitures volées.
Toujours est-il que j’ai appelé le commissariat de l’arrondissement et j’ai demandé de ma voix la plus douce au planton « Est-ce bien à vous que je dois faire une demande d’enlèvement de
véhicule ? » Il m’a expliqué la procédure, j’ai relevé la marque et la plaque des voitures incriminées (soit 6 au total dont 5 sur le parking privé de l’entreprise), j’ai torché un
courrier à en faire pleurer un huissier avec tous les numéros de plaques, j’ai (avec son accord) mis le nom du patron à la fin de la lettre et ai signé moi-même comme une grande en m’appliquant
avec la langue qui sort avec le petit « p/o » devant because c’est pas le patron qui a signé, « à l’attention du Commissaire Central, M. *** » avec un sublime « Je vous
remercie, M. *** de prendre les dispositions qui s’imposent et de faire procéder à l’enlèvement des véhicules incriminés ».
Et hup, encore un courrier d’oiseau de mauvais augure. Si c’est des voitures volées, les propriétaires seront contents (ou pas) de les retrouver, si c’en est pas, z’avaient qu’à pas rester garés
pendant des mois sans bouger (d’après un vieux du quartier, +1an pour certaines) sur le parking privé de ma boîte.
Allez, hop hop hop, je suis chaude, là, qui c’est qu’à un compte à régler avec quelqu’un au sujet de ce que vous voulez ? Je vous fais ça avec des vrais morceaux de sadisme dedans… Bon, je
vous laisse, je vais aller manger de la viande crue, c’est l’heure de déjeuner.
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