Toujours quand il faut pas…
Appel de Chef à 8h51, urgence dans le quartier de la Bourse, la fille qui devait être là à 8h est pas venue et ne donne pas signe de vie, je cours, à peine réveillée, l’Homme avait préparé le café pour 9h je crois, je le lance avec 5 minutes d’avance, je saute sous la douche, le temps de me poser devant mon café, un mail rapide à l’Homme, je m’habille, la trousse à maquillage dans le sac et je file. Ma carte orange n’est pas dans la poche du pantalon que j’avais hier, elle y était en rentrant à la maison, j’en suis sûre. Je retourne les fringues en vrac sur le fauteuil où on pose les vêtements le soir des fois qu’elle aurait glissé de ma poche, rien. Je vide mon sac à main, rien. Un œil aux horaires de bus, ouf, à 9h c’est pas 23/53 comme tout le reste de la journée mais 27/57, 4 minutes de plus pour chercher. Je vérifie dans la salle de bain, le vide poche, la table basse, sous les coussins du canapé, sous le lit, rien. Il est trop tard, j’achèterai un billet, je sors en courrant, et appelle l’Homme
« C’est moi, j’ai eu une urgence, je trouve pas ma carte orange et oh ! Putain, le bus est en avance, merde
-Ca va ?
-Bon, j’ai raté le bus, je retrouve pas ma carte orange, tu sais pas si elle est dans ta voiture ?
-Non, enfin, je l’ai pas vue, je crois pas, t’as vérifié dans ta poche de pantalon d’hier ? Elle y était
-Oui elle y est plus
-Sur le fauteuil ?
-Elle y est pas
-Dans le pli entre le fauteuil et le dossier ?
-Non plus.
-La table basse ?
-Non.
-Le meuble vide-poche dans l’entrée ?
-Non.
-J’irai jeter un œil, je te rappelle avant 11h, tu bosses où là ?
-Vers la Bourse, dans une banque rue Réaumur jusqu’à 12h30 et après je file à Torcy.
-Ah, on aura le temps de se croiser, tu crois ?
-J’ai 45mn de transport de la banque à Torcy et 2h de battement.
-On peut se retrouver à une intersection de RER A ?
-L’Etoile ? Je peux y être vers 12h45-50
-Ok, je te dis si je l’ai, si je l’ai-je te rappelle avant 11h et rendez-vous vers l’heure que tu as dit à l’Etoile, sinon, j’espère que tu la retrouves.
-Ok, à tout à l’heure… »
Une demi-heure avant le prochain bus (je suis furax d’être en retard à cause d’un bus en avance… Joli paradoxe…), j’ai plus qu’à rentrer poursuivre mes investigations. Je recherche partout où j’ai cherché, revide mon sac à main, et la retrouve… Dans les toilettes… Elle est tombée hier soir, puisque je suis pas allée aux toilettes avec mon pantalon ce matin, ça veut dire que l’Homme l’a pas vue à son réveil, moi non plus au mien. J’en pleurerais. Je retourne à l’arrêt de bus avec le fol espoir que le bus suivant ait 15 minutes d’avance et que j’ai le RER d’avant et d’arriver au plus vite. Et envoie un sms à l’Homme
« Ok, elle était ds les toilettes… A du tomber de ma poche… Mais pourquoi ça n’arrive qu’à moi ? C’est presque dommage qu’elle soit pas dans ta voiture, j’aimais bien l’idée du baiser volé entre midi et 2… »
Il me rappelle, me vanne un peu et on convient si on a le temps de boire un café à l’Etoile quand même si ça implique pas de courir.
Le bus est à l’heure, j’ai le RER, Chef appelle à 10h15. Je mens en disant que j’arrive dans 20-25 minutes alors que je sais pertinemment que le RER arrive aux Halles à 10h40. Et que j’ai 20 minutes de marche. Je lui dis que le bus était en retard et que j’ai pris le RER suivant d’où mon léger retard (je lui avais dit à l’origine que j’arrivais vers 10h30. Mais j’ai pas envie de dire que j’a raté le bus, ça fait pas sérieux. Et l’excuse « le bus était en avance », on la connaît, elle me croira pas, je sais que je suis jamais en retard mais bon…
Je cours presque des Halles à la rue Réaumur et selon un plan perfide élaboré par mes soins, mon portable que j’avais éteint en cas d’appel de Chef auquel je n’aurais pas su quoi répondre, je le rallume et lui dis juste que je sors du métro qui est resté bloqué entre deux stations pour cause de coupure de courant, qu’il y avait pas de réseau, que je suis en poste dans moins de deux minutes. Elle me croit, je suis désolée et lui dis bien que je suis plus souvent en avance qu’en retard, mais que quand j’ai une galère, je le fais bien, elle en convient. Comme prendre un bus dans la mauvaise direction, m’en rendre compte au bout de dix minutes dans le fin fond du 77, ne pas en avoir un autre avant une heure… Comme me rendre compte dix minutes plus tard (la faute à un bouquin trop intéressant) que j’ai raté la station, que je peux pas revenir à pied parce que je sais pas où je suis et que je rate le bus dans l’autre sens et que je dois attendre le suivant 30 minutes. Il est 52, 12 minutes pour faire Les Halles à Rue Réaumur, je suis pas peu fière. Essoufflée, les gouttes qui coulent sur la tempe mais en poste, l’honneur est sauf.
[Quelques heures plus tard…]
Ma collègue me relaye avec 5 minutes de retard, alors que je frétille déjà depuis une demi-heure et que j’ai dit à mon Homme que j’étais à l’Etoile à 12h50. Je cours vers le métro, ce coup ci le dieu du transport est avec moi, le métro et moi arrivons en même temps sur le quai. Mais pour le RER j’ai 7 minutes à attendre.
7 minutes.
7 minutes alors que Mr Univers m’attend.
7 minutes alors que je suis stressée comme pour notre premier rendez-vous.
7 minutes alors que je n’en peut plus d’attendre de l’embrasser.
7 minutes alors qu’on n’aura même pas une demi-heure à passer ensemble.
7 minutes alors que si ma collègue avait été à l’heure j’aurais pas attendu le RER et serais arrivée dix minutes plus tôt.
7 minutes alors que je suis déjà en retard.
7 minutes alors que j’ai tellement envie qu’il me prenne dans ses bras.
Une toute petite station de RER infiniment longue (alors qu’elle n’aura duré que deux minutes) et bien évidemment, la sortie ‘Avenue de la Grande Armée’ est à l’autre bout du quai et à la fin d’un dédale de couloirs. Je sors, merde, je suis du mauvais côté de la route, il m’avait dit ‘le premier café à gauche de l’avenue’, je suis à droite, le feu piéton vient de passer au rouge, je suis trop loin du passage piéton, je vais attendre encore des heures. Et en fait il est derrière moi, il me prend dans ses bras.
Enfin…
Un demi avalé, un sandwich, deux ou trois mots, ses yeux, sa bouche et il faut repartir, on s’embrasse devant le café, il redescend vers sa voiture, je remonte vers l’Arc de Triomphe et la station.
Vous dîtes...