Bon, j’y suis. Je voulais écrire avant mais je n’ai eu ni le temps ni le courage, le week-end a été long, bizarre et fatigant.
Comme prévu, on a trinqué nos six mois à l’aspirine.
Ce matin, dans une banque privée rue Réaumur (que j’ai eu un mal fou à trouver à cause des indications de Chef
« Rue Réaumur, dans le 9ème
-Rue Réaumur c’est pas dans le 2ème ?
-Non, M° Bourse ou Sentier, dans le 9ème
-Chef, je crois vraiment que c’est dans le 2ème ce coin-là
-… La fiche client indique 9ème arrondissement… »
C’était bien dans le 2ème), j’ai pas Internet mais mon super lecteur mp3 qui me fera office de clé USB le temps de rentrer à la maison. J’ai le temps de me poser et de mettre à plat tout ce qui s’est passé.
Samedi, lever pas trop tard, on rejoint un ami de l’Homme chez lui (dans la caserne de Meaux, il est gendarme) en milieu d’après-midi, on passe la soirée là-bas pour son anniversaire et celui de son ami, ils ont trois jours d’écart, 29 ans tous les deux. La soirée commence sympathiquement, super buffet maison, petits fours, bricoles en tous genres, alcool à foison. Un collègue de l’ami gendarme passe prendre l’apéro. Je vous raconte pas… Le beauf puant par excellence, le militaire de base. Le type mâchoire carrée, super musclé (ça sent l’hormone à plein nez), super bronzé (le orange n’étant pas une couleur naturelle pour la peau humaine je suggère les lampes UV pour obtenir une telle teinte), un t-shirt avec écrit en gros dessus Dolce&Gabana (j’ai toujours eu horreur de l’exhibition des marques) trop petit (le t-shirt) genre « regarde mes pec’s », le type prétentieux comme pas deux, macho pourri, creux au possible, le cliché de la blonde version homme. Monsieur est venu avec Madame, elle aussi cliché de la Blonde mais en rouge-avec-des-mèches-blondes. Avec une crotte poilue, genre cabot minable, comme ces couples « On n’a pas pu avoir d’enfants alors on a pris un chien », ils le considèrent comme leur fils ou presque, lui font des mamours, le prennent sur les genoux, « tu lui as donné assez à manger, je crois qu’il a faim », on a droit au pedigree de la bête, croisé caniche et bichon (Aaaaargh, j’ai jamais pu blairer les bichons, c’est pour ça qu’il m’a été aussi froidement et spontanément antipathique ce cabot), 7 semaines hier. Intervention de la femme d’un ami de l’Homme (on était une dizaine ce soir-là) « J’ai eu un caniche, je l’adorais. Bon, on est d’accord, c’est super moche comme animal mais franchement je l’aimais bien. » Macho le prend limite mal l’allusion à la laideur canine de son fils adoptif et enchaîne « Mais beau ou pas beau, tu l’aimes quand même, tu le trouves toujours le plus beau », c’est bien comme un fils…
Macho est à côté de l’Homme… Et l’Homme a eu une aversion aussi instantanée que moi envers la crotte. Il arrête pas de le virer gentiment du plat du pied nu (pas un coup de latte, vraiment un repoussoir gentil) « pas envie qu’il me bouffe mon pantalon en lin ou qu’il me pisse dessus » (il est déjà à un quart de la bouteille de Four Roses à lui tout seul), Macho et La Blonde affirment qu’il n’en fera rien, l’Homme se méfie.
Il m’énerve ce type, vraiment, sa seule existence m’insupporte surtout qu’il s’en prend à l’Homme en vannant son pantalon en lin qui est super beau, je lui fais juste remarquer que l’étiquette Decathlon de son t-shirt Dolce&Gabana dépasse dans le cou. La guerre est déclarée. L’Homme passe son temps à esquiver la bête et je le préviens, il a retiré ses belles tongs en cuir « Fais gaffe, la bête rôde autour de tes tongs des fois qu’il lèverait la patte dessus », Macho ré-affirme « Mais non, il est gentil ». On est déjà un quart de bouteille plus loin (toujours à lui tout seul), « Ouais, ben va être gentil ailleurs » en le repoussant gentiment. Moi je me fends la gueule, Macho enchaîne sur l’air de « T’aimes rien, t’aimes pas les animaux » Ah… Fallait pas… La réponse se fait pas attendre « Si mais bien cuites et avec du sel », moi aussi je suis un peu attaquée après quelques bières, vodkas et verres de vin blanc, on part à rigoler d’un gros rire bien gras de gens bourrés, limite fiers l’un de l’autre dans notre conviction commune que l’Animal en question est un nuisible de l’ordre des cafards. La Blonde va coucher la bête de peur que dans un élan de faim l’Homme la dépèce pour s’en faire un barbecue, peu après Macho évoque la fatigue et un lever à 6h30 pour rejoindre son fiston. Enfin tranquilles, on s’est débarrassés des trois nuisibles.
Et un quart de bouteille de plus (je veux bien qu’il ait une bonne tenue à l’alcool mais là, il a enquillé les trois quarts d’une bouteille de whisky à lui tout seul quand même, je me demande si il va pas tomber dans le bosquet sans prévenir, pour passer la nuit dans les branches aussi à l’aise que dans un lit), à 22h30 on finit par réintégrer l’intérieur, on est quand même dans une caserne, les gens travaillent à toutes les heures du jour ou de la nuit ici.
A l’intérieur, on se fait un karaoké, l’Homme et moi interprétons magnifiquement faux Manhattan Kaboul, il achève la bouteille de Four Roses, moi j’en bois une de Mouton-Cadet (un péché mignon), on danse de façon ridicule au milieu du salon de préférence pas en rythme en chantant faux à tue-tête les paroles et en meublant avec du chewing-gum quand on sait pas les paroles (enfin, surtout l’Homme qui chante) jusqu’à cette brillante idée lancée par je ne sais plus qui « On va en boîte ? ». C’est là que tout a dégénéré. Déjà, il n’y a que la femme du gendarme assez à jeun pour nous conduire, je préviens que pour moi c’est niet parce que les finances sont complètement à sec, l’Homme me dit de pas me préoccuper de ça, ok, on y va. Dans une boîte minable de Meaux, on prend une bouteille de Champagne (90€, je trouve ça beaucoup trop cher mais bon… Pas moi qui paye et j’adore le Champagne), on danse, on boit, on danse, on boit, on danse… On discute, j’adore que l’ami de l’Homme me raconte que depuis qu’il (l’Homme) me connaît il a explosé d’un coup, qu’il s’est lâché, qu’il est devenu lui-même, qu’il sait qu’il est super amoureux, que depuis 20 ans qu’il le connaît il l’a déjà vu qu’une fois amoureux comme ça « Mordu, mais mordu je veux dire. Bon, c’était une conne mais ça fait longtemps que je le connais, je l’ai jamais vu comme ça », je ronronne « Pourtant quand il m’a dit que t’avais 20 ans, je l’ai super mal senti, je me suis dit que c’était mauvais pour lui de s’amouracher d’une gamine pis bon, finalement, hein, il a fait le bon choix, c’est pas un mec qui déconne, je te jure, il est sérieux, à mon époque queutard, je comprenais pas qu’avec ma tête et la sienne, c’est vrai, je veux dire, il a une gueule d’ange, quand on allait en boîte je rentrais toujours avec une nana et lui seul, il est super sérieux. », je double-ronronne. Pendant ce temps, mon Homme et sa Femme dansent sur la piste. Ils reviennent, on siffle la bouteille. Une deuxième arrive (mentalement je calcule qu’on en est qu’ils en sont à 180€, je trouve que c’est beaucoup d’argent). Une rose rouge apparaît dans mon cou, ces roses vendues par des vendeurs ambulants qui font le tour des lieux festifs (comment un vendeur ambulant a pu atterrir dans cette boîte paumée ?). J’ai toujours affirmé que je supportais pas ces roses, c’est comme la Saint-Valentin, finalement je me rends compte que j’adore. On boit et je commence à être un peu naze, il doit être sur les coups de 4h30, je suis d’avis de finir la bouteille et de rentrer. Les autres sont d’accord et là, le drame. J’ai le hoquet, je demande un verre d’eau au bar, ils me disent qu’ils n’ont pas d’eau potable au bar. Comment ça ? Et le piston du milieu, là, je parie mon string que c’est de l’eau potable qui en sort, il veut pas fléchir, je lui rappelle qu’on a pris deux bouteille de Champagne, que ça semblerait normal qu’il me donne mon verre d’eau, il me soutient qu’il n’y en a pas au bar, que j’ai qu’à aller aux chiottes, que l’eau est considérée comme un soft à 5€ les 25cl. Pardon ??? L’Homme s’en mêle, lui explique que c’est pas possible qu’à un bar il n’y ait pas d’eau potable, qu’il va les payer les 5€ mais qu’il ne remettra plus jamais les pieds ici, que c’est des cons. Le barman offre la bouteille d’eau. L’ami de l’Homme, qui connaît le patron (ça aide les relations dans la gendarmerie) le réclame après qu’on lui a expliqué la situation, et on attend. Il nous dit qu’on va avoir une bouteille de Champagne gratuite, que ce serait super si on attendait encore un peu, que c’est hyper important pour lui les relations dans son boulot, dommage que la soirée amicale et festive dégénère en soirée relations professionnelles. Bref, on poireaute, on commence à se faire chier, le patron tarde. Puis arrive, l’Homme discute avec lui, la troisième bouteille de Champagne arrive mais franchement, je suis naze, j’en ai marre, je veux rentrer, je suis largement assez bourrée comme ça, j’ai plus envie de boire. L’ami nous supplie de rester « c’est super important pour moi ces relations » Ok, ok mais là ça devient long. L’Homme leur demande les clés de la voiture qu’on aille s’y poser pour dormir, ils ont pas confiance et ont peur qu’on parte avec, trouvent qu’on a trop bu pour conduire. On est d’accord alors au moins les clés de l’appartement, on rentre à pieds et on se couche en les attendant, l’ami veut qu’on reste tous ensemble, c’est mieux pour le côté relationnel, on tient, je veux plus boire alors je renverse discrètement mes coupes par terre. Et vient le moment où on craque, ça fait plus d’une heure qu’on attend, il discute avec le patron qui pourrait l’aider à coincer une bande de dealers ou voleurs de voiture je sais plus, nous c’est pas nos oignons, on en a ras-le-bol mais vraiment, l’Homme qui avait momentanément disparu revient, me tend la main, le temps d’attraper ma rose et on sort. Il est furieux, on commence à marcher le long de la nationale pour rentrer. On marche pas droit, on est bourrés, l’Homme m’explique que si ils sont pas rentrés, il leur pète une vitre pour récupérer nos affaires. Je refuse tout net et il me faudra un bon quart d’heure entrecoupé de crises de nerfs/larmes pour qu’il cède « Ok, mais dis-toi que c’est pas pour lui mais pour toi que je le ferai pas », m’en fous pourquoi je veux pas qu’il le fasse, on pète pas un carreau pour entrer chez les gens, à la rigueur chez soi mais pas chez les autres, encore moins quand l’autre en question est gendarme et vit dans une caserne entouré de gendarmes. Quelques fois il recommence à me dire qu’il va le péter ce carreau, chaque fois je craque, chaque fois il finit par me promettre qu’il le fera pas. On cherche un hôtel sur la route, je lui dis que c’est pas la peine de mettre 50€ de plus dans une chambre d’hôtel et qu’en trouver une à 5h30 ça va pas être facile, il s’en fout, je laisse courir, il est furieux, plus je tenterai de le calmer plus il va s’énerver. Alors on continue bras dessus, bras dessous en zigzag à tenter de rejoindre la caserne.
« Et si ils sont pas là on fait quoi ?
-On attend.
-Et si on doit attendre une heure ?
-Eh ben on attendra.
-Ecoute je m’en charge, si il y a personne, tu vas au bout de la rue, comme ça t’as rien à voir, je casse une vitre, je récupère nos affaires et mes clés et on y va, ok ?
-Je t’ai dit que non, on les attends, quand ils arrivent, on prend nos affaires et nos clés, et là on se barre, on squatte un parking dormir un peu et cuver et on rentre après, si ils nous voient raide crevés partir de chez eux au lieu de rester dormir comme prévu, là ça va être dur à avaler pour eux, bien plus qu’un carreau cassé, et te mets pas en illégalité, tu sais pas où ça peut mener, je te laisse pas faire, je te jure, je serais hyper déçue.
-Ok… »
Plusieurs fois le ton monte, je craque, je suis naze et j’en ai marre, je me mets à pleurer en râlant, il me prend dans ses bras au milieu du trottoir de la nationale « Non, je te promets je le ferai pas arrête de pleurer où je pleure aussi », on est pathétiques. Et on repart en zigzagant, ma rose dans les cheveux. Lui se détend pas, moi je me calme, la situation est plutôt cocasse, nous à rentrer rejoindre un appartement dont on n’a pas les clés dans le jour qui se lève, à avoir du mal à marcher droit, le petit jour sent bon, il fait frais, c’est agréable, mes chaussures me font mal mais je m’en fous, j’ai à portée de main mon Inséparable qui me fait craquer même furax en râlant « En ben qu’il aille se faire enculer », j’ai hâte de me retrouver dans un lit dans ses bras et cette seule pensée me rend super heureuse comme si ça faisait des semaines que je dormais seule sur de la terre battue. J’ai le cœur léger.
Après trois ou quatre bons kilomètres, arrivés face à la caserne, on attend, on fait le tour de la grille, je veux pas qu’il escalade, y’a des pics au dessus, et je me rappelle que la grille de sortie des voitures est cassée, qu’il suffit de la tirer pour l’ouvrir, je lui dis, j’ai peur qu’il ne flingue une fenêtre si près du but si il y a personne (on espère juste qu’il y en ait une de restée ouverte), cinq minutes plus tard, sa voiture apparaît, il me dit que la fenêtre de la chambre était restée ouverte, il me dit qu’on rentre à la maison. Je m’inquiète un peu de savoir si il va passer les éthylotests, « Non, si on se fait contrôler je passe pas ». Et une fois assise sur le siège, j’ai même pas la force de protester, je m’endors pour me faire réveiller dans le parking de l’immeuble, on se couche enfin à 7h30. Réveil douloureux à 15h, petit déj, sieste de 16h à 18h. La migraine se calme, je fais réchauffer au micro-ondes la quiche de sa mère (ce délice hors du commun), je lâche l’assiette qui tombe du mauvais côté et se casse, il reste une part pour deux… Et on passe le reste de la soirée devant France 5, lui vautré sur le canapé, moi le visage dans son ventre, à 22h30 on dort… La dernière douche remonte à samedi matin, ce matin j’ai rarement ressenti autant de plaisir à me laver (je conseille Le Petit Marseillais ‘Feuille de fraisier’), à me shampouiner (les indétrônables Fructis qui sentent si bon), à m’hydrater (le lait à la pêche de chez Yves Rocher… Du pur plaisir) à me parfumer (du parfum pour enfants à la pomme, Pomme d’Api de Yves Rocher), sans compter les vêtements et mes surdoses d’adoucissant aux parfums fruités, les yeux fermés quand on s’approche de moi on jurerait être près d’une salade de fruits. Dommage que je ne connaisse pas de dentifrice aux parfums plus originaux que menthe et dérivés, tiens (et pas le banane ou fraise des enfants qui a goût de vomi).
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