Quand elle sera grande, Fantomette sera prof. Comme Papachéri. Comme Mèrepoule. Comme Frérotte.
Enfin, Papachéri est prof d’électronique, Mèrepoule Instit’ et Frérotte sera aussi Instit’ (pardon, on dit « professeur des écoles » maintenant).
Si tout marche bien, je serai donc prof de français. J’ai toujours aimé les mots, les phrases, les jeux de mots, les « Dieu voulut que ses coups frappassent les amants par Satan liés » (Légende de la Nonne, Brassens mais je crois que les paroles sont d’Hugo)
J’adore la beauté des mots contrastant avec la dureté du sens comme dans Remord Posthume de Baudelaire
Lorsque tu dormiras ma belle ténébreuse
Au fond d’un monument construit en marbre noir
Et lorsque tu n’auras pour alcôve et manoir
Qu’un caveau pluvieux et une fosse creuse
Quand la pierre opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu’assouplit un charmant nonchaloir
Empêchera ton cœur de battre et de vouloir
Et tes pieds de courir leur course aventureuse.
Le tombeau confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poëte)
Durant ces longues nuits d’où le somme est banni
Te dira « Que vous sert, courtisane imparfaite
De n’avoir pas connu ce que pleurent les morts ? »
Et le ver rongera ta peau comme un remords
De mémoire, je me souviens pas de la ponctuation… Quand on lit ça à voix haute avec les alexandrins, les rimes, les rythmes, je trouve ça comme des vagues, ça roule, ça emporte, ça transporte. Comme la chanson Le Tourbillon de la Vie de Jeanne Moreau ou Boomerang de Gainsbourg. Juste la beauté du verbe, l’élégance dans la parole. Pas uniquement la beauté du mot, aussi la force du sens. Trouver le bon mot, exactement pour le bon sens. Comme Pierre Perret :
« Mélangez-vous, mélangez-vous,
Quand tout's les peaux finiront
Par se ressembler,
Mélangez-vous, mélangez-vous
Un jour les homm's sauront
Même plus sur qui taper... »
C’est merveilleux, non ? Je m’emballe parfois sur les mots mais j’adore.
Comme ça quand je serai grande je serai confrontée à un tas de p’tits cons qui comprendront rien à ce que je veux leur transmettre, qui liront Baudelaire en se trompant dans les syllables et en voyant pas qu’au quatrième vers de la première strophe il faut dire « un caveau plu-vi-eux » en trois syllabes et pas en deux sinon ça colle pas et ça fait que 11 pieds. Qui comprendront pas qu’on peut voyager en lisant l’Invitation au Voyage
« Mon enfant, ma sœur
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble
Aimer à loisir
Aimer à mourir
Au pays qui te ressemble
… »
Mais bon, fonctionnaire comme toute la famille, j’ai pas envie de passer ma vie dans le privé, c’est trop la jungle, mon taf actuel m’a appris que je serai dans le public. Comme pour l’école, pareil, que du public. Je veux pas être fonctionnaire pour glander ou pour les congés. Mais pour pas me faire encu.er par mon employeur, me faire refuser et imposer mes congés une fois sur deux, me faire licencier économiquement ou parce que ma tronche revient pas à mon chef, pas me taper les heures les pires sous prétexte que je suis pas mariée et que j’ai pas d’enfants. Ah oui, je serai payée moins. Mais j’aurai pas des horaires normaux et mes mômes auront pas une mère absente, je pourrai les coucher le soir et pas les laisser à une nounou pendant leurs vacances. Plus tard, quand je serai caution pour leur appart, les proprios seront content de voir « fonctionnaire » sur la fiche de paye. Mes parents ont bossé et bossent vachement dans leur boulot et aiment ce qu’ils font. Bon, ok, maman elle est juste maman maintenant. Papa il est toujours prof. Et c’est pas un glandeur. Je veux être fonctionnaire pour pas me retrouver au chômage avec des mômes, pour la sécurité de l’emploi. Parce qu’à part écrire, je vois pas ce que je peux faire de ma passion pour les mots à part prof de français. Et écrivain c’est trop casse-gueule comme métier, et pis moi j’ai juste piqué Fantomette à d’autres, j’ai pas inventé Harry Potter.
Et les esprits chagrins qui feront remarquer que on a plein de congés payés, qu’on bosse 25-30h par semaine (+ 10-15 à la maison pour préparer tout ça), qu’en plus y’en a qui se payent des voyages au frais de la princesse en accompagnant des classes (depuis quand les voyages d’affaire sont des vacances ?), eh ben qu’ils arrêtent de gueuler… Une licence et deux ans d’IUFM, tout le monde peut le faire. Alors tristes sires, vos gueules.
Et après tout, fonctionnaire c’est une vocation comme un autre………
Vous dîtes...