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Mardi 28 février 2006

Y’a des week-ends comme ça.

A peine fini, un contrat tacite nous pousse à ne jamais plus en parler…

Tout a commencé vendredi soir.

Je devais manger chez mes ex-collocs avec l’Homme, jusque là, rien de très palpitant. On a mis plus d’une heure pour relier mon dixième arrondissement à Clamart. Périph bouché de chez bouché. Mais bon, ça pourrait paraître insignifiant sans le long week-end qui a suivi.

Samedi matin, alors que je savourais délicieusement cette grasse matinée après une semaine levée à 6h, un faux mouvement (je ne comprends toujours pas ce qui a pu se passer), et mon dos se bloque. En bas du dos, dans le creux des reins, à droite de la colonne vertébrale. Une douleur aiguë qui m’envoie des décharges de douleur qui iront même jusqu’à m’arracher une ou deux larmes. Je suis pas bien. L’Homme sait pas trop quoi faire, il est pas médecin, moi non plus. Après quelques tentatives pour échapper à cette atroce torture, je cède à l’idée de la poche de glaçons. Il fait chaud sous une couette. J’en ai mal tellement c’est froid, ça me brûle. On enveloppe (enfin, « on »…  « il ») le tout dans une serviette, c’est moins douloureux mais c’est froid. Je crois qu’on appelle ça le comique de situation. Un samedi matin, moi gémissante de douleur allongée comme une flaque sur le ventre à respirer lentement et profondément pour me concentrer sur autre chose que la douleur, lui baillant tout ce qu’il peut de son sommeil à rattraper, me tenant ma poche de glaçons sur le bas du dos, menaçant de s’endormir à tout instant. Ca nous fait finalement rire. Enfin, moi ça m’arrache juste un rictus.

Mais ça passe pas. Je me lève, pliée en deux, la main appuyée sur le point douloureux et me traîne jusqu’à mon sac pour tenter une surdose d’antalgiques. On essaye des exercices d’assouplissement pour chauffer le muscle.

« Assieds-toi, reste bien droite et penche toi vers moi en restant droite.

-Comment tu veux que je me penche vers toi si je dois rester droite ?

-Non mais je veux dire tu gardes ton dos droit et tes épaules perpendiculaires à ta colonne mais tu te penches sur le côté vers moi.

-Je vois pas

-Assieds-toi, je te tiens les épaules, là, et tu fais comme si tu voulais poser ta tête sur moi mais sans tourner, juste en te penchant sur le côté

-Ah ok »

Je tombe, incapable de contracter mon muscle et m’écroule sur l’Homme.

Puis tente le tout pour le tout, les exercices de respiration et de massage par l’intérieur, je préfère qu’on ne touche pas à mon dos, si on n’est pas pro c’est un coup à vraiment finir bloquée pour de bon. Allongée sur le dos, les genoux sur la poitrine dans les bras à respirer très profondément. L’air qui entre et sort des poumons « masse » de l’intérieur.

Re-comique de situation, moi hyper-concentrée sur mes exercices, dans une position ridicule souffrant le martyre (j’exagère peut-être un tout petit peu), l’Homme soucieux se demandant un peu si je vais agoniser longtemps, si il va devoir jouer le chauffeur jusqu’aux urgences ou si c’est rien et que ça va passer. On se retrouve à rire. Enfin, la douleur passe. Surdose médicamenteuse ? Effet du massage ? Je m’endors comme une masse, épuisée d'avoir lutté (sans déc', ça fatigue d'avoir mal).


Suite et fin demain
par Fantomette publié dans : Morceaux de la vie de tous les jours
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Lundi 27 février 2006

P'tain j'ai la rigolomanie moi aujourd'hui, c'est catastrophique je passe mon temps à me fendre la gueule ce qui peut être vexant pour certaines personnes.

En premier lieu, ma collègue, qui me dit "B*** de m***, z'ont pas débarrassé le café ces c***, qui c'est qui va se taper le ménage ? Là elle sort du placard un vapo d'un produit bleu et trifouille dans le tiroir pour trouver un ersatz de chiffon qui se réduira en fait à du PQ. C'est bobonne ! Ah ben merci, hein, on n'est pas aidées, pis je suis pas payée pour ça, nomého, p'tain ils font chier"

J'ai voulu dire un truc du genre "Ouais t'as raison, on va envoyer un mail à toutes les secrétaires de département pour que les gros cadres bedonnants qui se croient tout permis viennent se bouger le Q pour nettoyer eux-mêmes leur gouttes de café, faut pas déconner".

 

Ben j'ai pas réussi, je lui ai éclaté de rire au nez parce que j'ai imaginé ma collègue qui est toute jolie, toute pure avec une tête de petite fille (on a envie de lui manger les joues, c'est incroyable)  brailler sur un des responsables d'agence.

Une personne arrive, a rendez-vous avec une interne. Je l’appelle mais juste quand elle décroche, une envie d’éternuer me prend et je lui balance mon sonore « Watchaaa !!! oui moi j’éternue pas en faisant ‘atchoum’» dans le creux du tympan avant même d’avoir eu le temps de lui dire bonjour et j’ai pas pu prononcer un mot tellement je rigolais de ma connerie. Elle a pris ça pour une blague de mauvais goût.

 

 

 

 

Problème dans les réservations des salles, ma collègue m’explique. « En fait, M. A aurait dû être dans la 006V mais il a confondu et est allé dans la 002V qui était réservée pour M. B. Du coup, quand M. B est arrivé, il a été sympa et est allé dans la 400J mais elle était réservée à Mme C qui a fini par occuper la 300J, mais Mme D qui avait vu que la salle était vide est entrée sans réservation avec une cliente et elles ont été jetées dans la 2ème D, elles voulaient la 3ème D mais elle était occupée ».

 

A la limite de la migraine « Euh, mais euh… Ben je m’en fiche, quoi… »

 

« Oui mais du coup, moi je sais plus qui a oublié de nettoyer les cafés, fait chier… »

 

Pffrrrrr toute rouge en essayant de me contenir  HA HA HA HA

 

 

 

 

Un client qui rentre. Une blague, le fils d’un sketch de Coluche et d’un de Roland Devos, l’homme de la situation quand on veut faire passer un hoquet, le voisin qu’on a peur de croiser dans l’ascenseur, le rescapé du meurtrier au hachoir à viande, l’homme à qui sa femme (?) met un masque de Tintin quand elle lui fait l’amour, celui qui fait plus peur qu’un jeune en capuche l’air louche à Trappes de nuit entre des voitures enflammées.

 

J’ai été prise d’un fou rire, c’est extrêmement gênant.

 

 

 

 

Et enfin, je suis allée , ce qui m'a définitivement achevée.

La vache, j'ai mal aux joues...

par Fantomette publié dans : Au travail...
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Dimanche 26 février 2006

AU TRAVAIL

Y’a une boîte où j’aime bien aller bosser.

J’aime bien les fixes et elles m’aiment bien.

Alors la chef hôtesse appelle Chef. « Bonjour Chef, on a eu pas mal de déménagements ces derniers jours, il y a eu des changements de consignes importants….. Oui, encore….. Oui et en fait j’aurais besoin que Fantomette revienne en formation un jour ou deux pour qu’elle soit bien au point….. Je me doute qu’elle est pas mal prise mais le client me met la pression, là, pour que les volantes reviennent….. D’accord, lundi c’est parfait….. Entendu, je l’attends, merci Chef »

Lundi : « Coucou les filles alors ça a encore marché le coup du changement de consignes ? Alors, où en sont les potins ? »

POUR NE RIEN DIRE

Un soir avec deux compagnons de soirées trop arrosées chroniques. On avait remarqué que dans La Redoute il y avait un genre de chien vert parfois au fil des pages. On l’avait appelé Guingalou. Après trop d’alcool, pas assez de sommeil et il est possible que quelques substances vaguement illicites ait eu droit de cité ce soir-là. Il était vers les quatre heures du matin, chez Alex, vautrés (moi) sur le canapé, (Alex) sur le fauteuil « direction » qui pivote et (Bo’) sur le tapis.

Alex : Bo’, t’es plein de Guingalou

Bo’ : Beuuuuuh… C’est quoi ça Guingalou ?

Fantomette : C’est le chacal vert de La Redoute

Bo’ : Eh, mais chuis pas un chacal

Alex & Fantomette : Nan mais t’es vert.

 

 

CA M’A FAIT RIRE

Eté 2004, dans notre studio à mon ex-colloc et à moi. Fringale, frigo vide. Excepté un paquet de fraises tagada et un bocal de compote de pommes, rien à manger.

Fantomette : A ton avis, compote de pommes + fraises tagada ça rend quoi ?

Lui : Ca rend gros.

 

 

AU TRAVAIL (2)

Je dépanne sur un site qui ne dépend pas de mon équipe. Alors je suis pas contractuellement obligée. Mais les filles sont sympas et ça fait un an que j’y vais alors ça va, je suis au point. Pis Chefhôtesse je l’aime bien. Ce matin, après une nuit d’environ cinq heures, la énième nuit trop courte depuis quelques semaines, je me réveille avec pas la pleine patate quand même. Cheveux en étoile, drap tatoué sur le visage, yeux qui n’arrivent pas à s’ouvrir. En même temps, à 6h, faut pas en demander trop. Quand je pense que mon illustre papa tient la patate après des nuits de 3h… Je rêve d’avoir des besoins en sommeil aussi faibles. Bref, je me coiffe histoire que ma tignasse retrouve sa verticalité contrariée par une nuit de profond sommeil. Pour ce qui est des yeux, même après une tasse de café si forte que j’en fais la grimace, je laisse tomber et décide, trousse à maquillage dans mon sac, de faire ça plus tard. Arrivée au taf un poil en avance, je mets un poil de noir à z’yeux, de rose à joue, de rouge à lèvres, un élastique pour retenir la crinière qui menace de se ré-étoiler. Le tout a repris forme humaine, en forçant un poil sur les zygomatiques, un sourire d’hôtesse (pas naturel, donc) complète le tableau. Je monte à mon accueil au quatrième étage. Chefhôtesse arrive, on papote des dernier potins « ma chef c’est une conne », « Nomého-j’hallucine-elle-croit-quand-même-pas-que-je-vais-faire-son-boulot-cette-conne » etc. (Non, n’insistez pas, j’ai promis à l’Homme que je dirais pas de mal de lui dans son dos). Elle me dit que je suis mieux quand je mets moins de maquillage, que c’est joli et qu’elle aime bien mes cheveux aujourd’hui. Merciiiii.

Bref, une nana à l’œil inquisiteur, les narines pincées, la lippe serrée et un ventre énoooorme se pointe à l’accueil.

« Bonjour, Fantomette, je suis Chefdelautreéquipe, vous allez bien ?

-Oui, bonjour Chefdelautreéquipe, je ne vous avais pas reconnue.

-Ca se passe bien avec Responsabledelaccueil ?

-Très, vraiment, dîtes-moi, c’est pour bientôt !

-Oui, le 10 mai

-Ah oui, ça approche !

-Oui, j’ai hâte

-J’imagine

-Bon, je redescends, bonne journée.

-Merci, à vous aussi Chefdelautreéquipe ! »

Et là, j’apprends qu’elle a osé dire à Chefhôtesse « Comment pouvez-vous laisser Fantomette bosser dans cette tenue ? Pas maquillée, pas coiffée ? ». La collègue se démonte pas

« Ca va pas, oui ? Moi je l’ai vue ce matin, je lui ai même dit que j’aimais bien comme elle était coiffée et maquillée, elle l’était, elle est pas née la bouche rouge à ce que je sache

-Oui bah j’appelle sa responsable de sites, c’est inadmissible. »

Heureusement, Chefhôtesse me prévient par deux intermédiaires. Elle appelle en loucedé Filledurezdechaussée, qui appelle Collègueduquatrième, qui met en haut parleur et comme j’entends mal, elle me répète tout en détail. J’appelle Chef, pour lui dire que eh oh, elle dit que des vacheries Chefdelautreéquipe, sais pas si c’est ses hormones qui la travaillent ou si elle est frustrée de naissance mais elle a encore craché son venin, si vous voulez, je prends une photo de moi avec mon super portable sur le champ et je vous l’envoie par MMS en guise de preuve. Ca m’énerve ; Chef calme le jeu, me dit qu’elle va per-so-nel-le-ment s’en charger. Oui, en détachant chacune de ses syllabes. Elle va nous en faire un prématuré, la conne, Chef elle est sympa mais faut pas faire chier ses hôtesses.

par Fantomette publié dans : Morceaux de la vie de tous les jours
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Samedi 25 février 2006

Aux dernières nouvelles, le ridicule ne tue pas.

Encore heureuse, j’aurais péri dans d’atroces souffrances hier.

Mercredi, Fantomette était contente. Elle avait commencé sa journée à 11h ce qui lui avait permis d’aller chez l’Homme qui habite au fin fond du 94 et de ne pas se lever à 6h. Elle devait finir à 19h mais c’est une boîte chouette alors le temps serait passé vite. En arrivant, sur la main courante elle voit un petit mot de la collègue qu’elle remplace : « Coucou, il y a des gros mailings, si il y a beaucoup de courrier à affranchir, tu peux m’avancer ? Je pense arriver vers 14h. »

Euh…

« Allo Chef ? Fantomette à Suresnes, y’a un mot de la fixe sur la main courante, elle dit qu’elle arrive à 14h, je finis à quelle heure, moi, du coup ? Parce qu’il y a un seul poste ici. … Oui ? Vous l’appelez et vous me tenez au courant ? Merci ! »

« Fantomette ? C’est Chef, oui j’ai appelé la fixe, elle arrive bien à 14h, vous êtes libre dans 2h20. … Mais je vous en prie … Oui, bonne journée à vous aussi »

Chouette…

Mais pour rentrer de Suresnes à chez moi, je passe par La Défense. Et ne résiste pas à un brin de shopping dans ce temple de la consommation. Mais je reste calme, une seule jupe et un seul haut et même pas de chaussures.

Puis je rentre chez moi, fais des câlins à mon bébé fauve que je néglige quelque peu ces temps-ci passant le plus clair de mes nuits pas chez moi, je lui donne ses Friskies chaton, sa gamelle d’eau fraîche, et fais un brin de rangement. A savoir Virer les poils de chat du canapé, ranger ma minuscule table basse, passer l’aspirateur, changer la caisse de Divine, faire la vaisselle en plan depuis deux jours, ranger mon linge propre ramené de chez môman, ranger mon shopping du week-end et du jour, ranger les sacs en plastique, descendre les poubelles, laver la douche.

Et me faire une petite séance « institut » épilation/gommage/lait pour le corps à la pêche.

Je pars de chez moi à 18h. Prends la ligne 2 vers Nation, arrivée là je vais vers le RER A. L’écran me prévient « train à l’approche », je cavale, jupe et cheveux z’au vent, le talon léger. Vais acheter mon billet à la machine, et continue de voler vers le quai. En arrivant, la sonnerie est déjà en route, je plonge dans la rame. Et mon sac à main reste complètement bloqué, je n’ai que la lanière autour de l’épaule, tout le sac est à l’extérieur.  Ma jupe aussi est coincée. Je suis collée à la porte. Il est 18h12, le RER est blindé. Je suis ridicule. Le coup de chaud me monte, je me sens rougir. Tente de garder la tête haute mais la lanière de mon sac me tire vers le bas et je me vois mal me contorsionner pour le retirer d’autant plus que ma jupe bloquée m’interdit tout mouvement. Je ne peux même pas me donner une contenance en remettant mes écouteurs sur les oreilles, ils sont du mauvais côté de la porte. La station est longue, mais longues… Ces trois minutes sont infinies. Quand enfin Vincennes arrive, je suis en tête de train, tout le quai peut distinctement voir un grand sac à main rouge dépasser de la porte avec juste dessous un morceau de tissu appartenant à ma jupe. J’entends des rires, tente de devenir invisible, n’y parviens pas, m’asseois dans le coin le plus solitaire du wagon et rumine ma honte en tentant de défroisser le pan de ma jupe maltraité par la porte de ce f*** RER. Ma plus grande trouille a été que les murs soient plus près des wagons et que mon sac s’explose dans un quelconque poteau. Puis envoie un sms à l’Homme « Suis là d’ici 20mn, heureusement que le ridicule ne tue pas, je t’expliquerai ». Il en rigole de la gare à l’appartement. Finalement moi aussi…

Mais il m’a fallu bien cinq ou dix minutes pour que la chaleur baisse et que mon visage reprenne une couleur normale. Fantomette se ridiculiser à ce point, heureusement que j’avais pas mon costume de super héroïne, personne ne m’a reconnue…

par Fantomette publié dans : Morceaux de la vie de tous les jours
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Vendredi 24 février 2006

Assez jeune j’ai commencé à m’intéresser à l’holocauste. A me demander comment c’était possible. Comment des hommes avaient pu faire subir ça à d’autres hommes. Comment de cerveaux humains étaient sorties de telles atrocités. Comment on avait pu instrumentaliser la mort à ce point là. Comment on peut en vouloir à quelqu’un à cause d’une religion. Comment on peut tuer froidement femmes et enfants (non que la vie des hommes ait moins de valeur, loin de là mais on imagine un homme plus à même de se défendre, vieux cliché, je sais).  Comment on peut ruiner moralement et physiquement un homme au point qu’il n’ait même plus la possibilité de ressentir autre chose que la faim ou la fatigue. Et aussi, comment on peut vivre après les camps. Comment on peut vivre sereinement une religion qui a décimé toute sa communauté. Comment on peut dormir après le pire. Comment on peut pardonner à ses bourreaux ou s’excuser auprès de ses victimes. Comment on peut prétendre que tout ça n’a pas existé. Comment un humain en tenant des propos révisionnistes peut être à ce point abject, ordurier et indigne de toute forme de respect.

Toutes ces choses qui dépassent mes capacités d’entendement d’héroïne idéaliste qui met son masque de Zorro à la moindre injustice et souffre d’entendre un enfant pleurer.

Alors j’ai regardé Shoah. J’ai regardé Nuit et Brouillard. J’ai regardé La Vie Est Belle. J’ai assisté à des projections-débat sur le négationnisme. J’ai lu Primo Levi, Charlotte Delbo, Imre Kersetz, et les autres. Et un jour j’ai craqué, il fallait que je sache. J’ai voulu lire Mein Kampf. J’ai voulu voir ce qui pouvait se passer dans un esprit pour en arriver là, à ce point de haine. Je l’ai bien trouvé en vente sur des sites internet. Ornés d’une belle croix gammée, hors de question que je verse un centime à ces infâmes. J’aurais pu éventuellement le commander en librairie. A qui vont les droits d’auteur ? De toute façons je n’aurais jamais pu passer à la caisse ce torchon à la main.

Dans la bibliothèque de l’IUFM où bosse mon père, il y avait, planqué, un vieil exemplaire poussiéreux. De 1934. Avec un avertissement en première page. « Ce livre est présenté comme un document historique, un témoignage, les éditeurs et traducteurs n’en approuvent nullement le contenu ».

Je lui ai fait une couverture en Kraft et c’est là que la parano a commencé. On n’en voyait plus le titre mais en haut de chaque page, à gauche, « Mein Kampf » et à droite, le titre du chapitre. Avec des chapitres appelés par exemple « comment je suis devenu antisémite », j’avais peur qu’on voie ce que je lisais. Dans le tramway ou le bus j’étais au fond, tout au fond en étant certaine que personne ne pouvait voir ce que je faisais. Au lycée, je me mettais sous le préau ou sur la pelouse dans un coin. Histoire que personne ne puisse venir de derrière et que je voie les gens arriver de suffisamment loin devant. J’ai ai pleuré, j’ai cru en vomir parfois. S’il n’avait pas été mort je crois que la rage aurait pu me faire étrangler l’auteur de mes propres mains. Puis l’impuissance et la résignation. Il y aura toujours des gens pour approuver de tels discours, pour croire en une haine aveugle. Pour haïr au nom d’une pureté imaginaire.

Est-il normal que j’aie pu me procurer ce livre aussi facilement ? Est-il normal qu’il soit possible de commander un bouquin pareil ? Est-ce que la censure devrait s’appliquer pour éviter à des esprits fragiles de tomber du côté obscur de la force ou au contraire laisser la « libre circulation » pour que les gens sachent la vérité et puissent avoir un esprit critique à ce sujet ?

Je n’ai toujours pas de réponse à cette question. Mais la nausée me reprend et ce frisson d’énervement qui me donne envie d’expliquer à tous ceux-là qu’ils se trompent, que ce n’est pas possible d’en être arrivé là, qu’on ne peut pas croire en ça, adhérer à ces idées, qu’on ne peut pas laisser dire et penser ça. 

C’est sidérant à quel point c’est vain.

  

 

 

 

Si c’est un homme

 Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise des visages amis,
Considérez si c'est un homme

Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c'est une femme

Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux,
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.

N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas:
Gravez ces mots dans votre coeur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

Primo Levi.

 

 

Auschwitz, février 1944-janvier 1945

"Nous réalisons tous tôt ou tard que le bonheur parfait n'existe pas sur Terre mais bien peu s'arrêtent à cette considération inverse qu'il n'y a pas non plus de malheur absolu"

par Fantomette publié dans : Fantomette a encore frappé
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Jeudi 23 février 2006

COUVRE FEU

Que voulez-vous la porte était gardée

Que voulez-vous nous étions enfermés

Que voulez-vous la rue était barrée

Que voulez-vous la ville était matée

Que voulez-vous elle était affamée

Que voulez-vous nous étions désarmés

Que voulez-vous la nuit était tombée

Que voulez-vous nous nous sommes aimés.

Paul ELUARD, Poésie et vérité 1942 (1942)

 

Je ne me remettrai jamais de cette poésie, j'aime la notion d'inexorabilité, d'inévitable, presque de fatalité.

J'aime les mots.

par Fantomette publié dans : Des textes qui me marquent
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Mercredi 22 février 2006

Je me console comme la veille, et noie ma tristesse dans le Nutella. Et le pain frais croustillant. Mais faut qu’on se dépêche, la grand-mère a loué un gîte dans un bled au nom bretonnisant imprononçable et veut à tout prix qu’on aille y passer la journée, une heure et demie de route. Branle bas de combat. Le beau-père s’occupe de la table du petit déj, je tente de faire s’habiller en même temps les trois monstres, elles se coiffent je charge les bagages (les filles y passent la semaine), la maman gémit « mais on devait être partis à 10h ». On décolle à 10h53, ce qui est plus qu’honorable. Au dernier moment, petit contretemps, Coeurette a oublié sa fée, on court chercher l’immonde petit jouet en plastique et le décollage.

 

 

Une très longue heure et demie de route. Coeurette dort. La Crevette dort. La Belle joue avec mon portable. L’Amico écoute à-fond-qu’on-l’entend-de-devant-alors-qu’il-est-tout-derrière Hang up de Madonna en boucle, j’écoute Birkin. La maman et le beau-père écoutent France Inter. Je tente de m’endormir en douce, pas moyen. Je renonce. On arrive enfin, Coeurette dort toujours, je l’amène dans les bras jusqu’au gîte. Tente d’appeler l’Homme, mais il vient de passer à table au repas familial et dominical, il me rappelle. Et là… J’avais oublié que les femmes qui ont vécu la guerre, une fois qu’elles ont tout ce qu’il faut ont toujours peur de manquer. Rien que l’apéro aurait nourri une famille de somaliens pendant quinze jours. Et le repas…  Je tiens plus debout, à l’heure du café je m’écroule sur le canapé, me rends vaguement compte que L’Amico pose son manteau sur moi pour que je ne prenne pas froid et m’endors. Réveillée d’un bond par la sonnerie de mon téléphone c’est l’Homme, on discute une petite demi-heure pendant laquelle les autres partent en ballade. Et reviennent aussi sec, le doux ciel du Morbihan étant un poil trop humide à leur goût. Les enfants cassent un carreau, vident un flacon de produit à bulles, braillent. On attaque le goûter, Thé vert et Kouing Amann, juste après je me rendors. Pour digérer un Kouing Amann, il faut du repos. L’Amico dort, la tata comate. Nous décidons de réintégrer Nantes-la-Magnifique, j’achète un Kouing Amann pour Paris. Et dors une heure et demie. Arrivés, le temps de tout remballer le linge propre, de remplir la valise et d’envoyer quelques photos de la journée par mail (vive le numérique), il est temps de partir.

Deux heures et demie de train, le métro, je me couche épuisée à 1h. Pour me lever à 6h30, et apprendre à 10h que je ne finirai pas à 12h30 comme prévu mais à 20h. Et mon repas breton de prévu pour ce soir pour faire découvrir la gastronomie de mon enfance à l’Homme ?

 

 

Je suis dégoûtée.

 

 

Moi qui croyais naïvement que les week-ends étaient faits pour se reposer…

 

 

par Fantomette publié dans : La famille
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Mardi 21 février 2006

 

Test d'un annuaire de blog...

http://www.boosterblog.com
par Fantomette publié dans : Au travail...
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Mardi 21 février 2006

Mais je ne me rends pas compte de l’heure tout de suite. Je descends,  m’apprête à préparer le petit déj, quand mes yeux se posent sur le réveil. Le pain n’est même pas fini de cuire, je transgresse la règle number one, envoie mes sœurs devant la télé, préviens la grande « Réveille-moi quand le pain est prêt, je retourne me coucher ». Une heure plus tard « Eh, tu te réveilles ? Le pain est cuit » Bon, 9h, c’est moins indécent mais ça reste très matinal. Je me venge sur le pain maison tout chaud et croustillant noyé dans le Nutella. Mon frère, ma sœur doivent arriver pour 11h15 à la maison, appel de la frangine, il est vers les 11h10.

« Je serai peut-être pas là pour 11h15 pile, tu préviens les parents que je serai un peu en retard ? 

-En retard genre 11h16-17 ou genre 11h 35-40 ?

-Ben… Un peu en retard, quoi »

Bon. Et qui la dépose en voiture juste sous nos yeux à Tous à 11h37 ? Eh ben ça y est, depuis le temps qu’on disait « le futur mec de ma sœur », on y est, c’est officiel. Elle a les yeux explosés de n’avoir dormi qu’une heure et demie, le sourire jusqu’aux oreilles et plus si elle pouvait.

Pause clope tous les trois, Chacun y va de son couplet sur « comment ça a commencé avec mon mec/ma nana », avec force détails à l’appui.

Elle appelle son homme, il vient manger à la maison, tant qu’à faire plus on est de fous plus on rit, j’appelle mon père, il vient prendre le café avec ses deux petits, quand il arrive, nous sommes 14 à la maison. Les huit enfants, les trois parents, le mec de la grande sœur, la nana du petit frère, L’Amico. Une photo de nous huit me fait enfin prendre conscience que nous sommes une famille nombreuse. De nous voir là, tous côté à côté par ordre de naissance m’émeut et me fait drôle. Putain, huit… de 22 à 4 ans, deux pères, deux mères, trois fratries. Alors que comme ça, ça paraît pas tant que ça finalement, on doit souvent se recompter pour être sûr, on est au milieu, on n’a aucun recul sur nous. Mais de nous voir… Ben… Je sais pas, j’étais toute chose…

Bref, let’s go shopping, allons visiter Nantes-la-Magnifique, on est quand même un peu venus pour ça à la base. On commence par le classique Place du Commerce, Passage Pommeraye, la rue du Calvaire, moi pensant naïvement qu’on enchaînera sur la Place Royale, Le Château Des Ducs, Et tous ces coins qui valent le coup d’œil. Oui mais dans la rue du Calvaire, il y a un H&M… Et mon instinct féminin ainsi que l’instinct pd de L’Amico nous poussent irrésistiblement à l’intérieur. Deux pulls, une jupe et un top plus tard, nous arrivons à décoller. Ca me rappelle que mon chargeur est mort (rongé par mon animal féroce), encore un petit investissement. Ah, une parfumerie, j’ai besoin de quelques trucs justement, je repars avec une poche qui pèse un âne mort remplie de crèmes, lotions et autres gommages et gels douches parfumés.

Le Bennetton est pas loin, L’Amico y trouve le pull de ses rêves. En taille S. Définitivement non. Une larme à l’œil on repart vers de nouveaux horizons. Le temps de se rendre compte qu’il est déjà 20h et qu’on va arriver en retard pour les bonnes galettes de la Reine-Mère et ça, c’est hors de question.

Mais qu’est-ce que c’est bon, les vraies de vraies galettes maison bien grillées, fondantes avec du beurre aux cristaux de sel qui fond dessus… La classique appelée « galette mamita » (spécialité maternelle) et la non moins classique dessert, galette beurre salé/sucre. Je pourrais tuer pour un seul de ces repas. Et on repart dans mon ancien QG, un bar gay du centre ville. C’était un bouge avant, sombre, éclairage bleuté, la back-room au sous-sol et qu’à moitié bien fréquenté mais on connaissait le patron et les tournées gratuites n’étaient pas rare. Et on y avait les pass pour l’entrée en boîte ou on passait selon les périodes entre une nuit sur trois et toutes les nuits. Et là… Clair, lumineux, super déco, une baignoire avec deux sièges à l’intérieur, des couleurs, chaleureux et accueillant. Je demande les ingrédients du cocktail du bar, quand le serveur m’annonce « rhum/vin blanc » et autres, je me rabats sur un demi, essayant de rentrer entière chez mes parents. Il m’apporte mon demi et… Un bon demi-verre du cocktail pour que je teste quand même. Bref, pas tout à fait en pleine forme, nous réintégrons mummy’s home, dodo à 2h. Le téléphone sonne. Croyant d’abord à une hallucination auditive due au mélange de rhum, vin blanc et bière, je laisse. Mais non. Mon père qui cherche un dictionnaire.

« Eh, p’pa, il est quelle heure

-Là il est 8h30, je pars au marché avec les enfants

-Dimanche matin, il est 8h30… Non mais ça va pas ?

-Tu as vu mon dictionnaire de Russe ? D’ailleurs j’ai un matelas pneumatique à ta grand-mère, tes sœurs en auront besoin pour la Bretagne, tu crois ?

-Sais pas, sais plus rien, plus de cerveau, il est trop tôt pour les pas insomniaques, j’te rappelle si j’ai un souvenir de cette conversation en me réveillant pour de vrai »

Je me rendors pas. Evidemment.

Suite et fin demain

par Fantomette publié dans : La famille
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Lundi 20 février 2006

Ca devait être un week-end tranquille.

Juste des retrouvailles comme environ une fois par mois.

Sauf qu’en plus un ami m’accompagnait, depuis le temps que je lui parle de la famille… Il voulait voir Nantes-la-Magnifique, mes quelques 7 frères et sœurs, et partir pour une fois loin de Paris, seule ville qu’il connaît de la France. Prendre le TGV pour la première fois.

C’est parti, vendredi, on se retrouve à 20h30 devant le Quick de Montparnasse, et on décolle.

Deux longues heures de train, « Mesdames, messieurs, dans quelques instant nous arrivons en gare de Nantes. Nantes, terminus des voitures 1 à 10, veillez à ne rien oublier à votre place ».

Quelques minutes plus tôt « mais non, il ne pleut pas tant que ça en Bretagne ». Quoique certains esprits chagrins m'objecteront que Nantes n'est pas en Bretagne. Et le château de la Duchesse Anne de Bretagne il est où ? Séparons la Bretagne géographique de la Bretagne historique ainsi que les Nantais qui comme moi osent se prétendent Bretons des stupides partisans du rattachement de ma belle ville à la Bretagne. Pis d’abord mon nom finit en –ec, si ça c’est pas une preuve… Mais je m’égare. Bref, on sort sous une averse qui m’empêche d’allumer la première clope post TGV, ça m’énerve. A la sortie, des millions de personnes se tassent sous le minuscule abri. Fièrement, je décide de braver les intempéries et de quitter cette masse grouillante afin de repérer au loin la voiture de mon beau-père ou de ma sœur (je ne sais pas qui doit venir nous chercher). Non mais oh, j’ai grandi entre