[ça va peut-être être chiant pour ceusses qui sont pas concernés de
près ou de loin par le sujet de la grossesse/accouchement, because ça cause que de ça et c'est très long]
Que fait la femme enceinte, moderne et un brin écolo quand elle apprend
l'heureux évènement ? Elle réalise qu'elle est en région parisienne et qu'il va falloir se magner le train pour s'inscrire à la maternité si possible avant la fin de la troisième semaine de
grossesse, et il serait temps de savoir qui va pouvoir la suivre si elle veux être sûre d'avoir un rendez-vous avant l'accouchement. Du coup, elle file sur internet pour voir comment tout ça
pourrait se passer sympathiquement, naturellement, hors parcours sur-médicalisé, et elle prend des gros coups de flip.
Va accoucher naturellement, toi, en 2009...
Pas gagné.
Dans la majorité hôpitaux, ils ont des procédures à la con anti-physiologiques qui te font traiter avec mépris par le personnel si tu les refuses (voire dénoncer au juge d'instruction local pour
une mère -Ô combien inconsciente- qui a fait appliquer à la lettre les recommandations de l'OMS incompatibles avec la politique médicale locale, elle a failli se faire placer son bébé à cause
d'un chef de service chatouilleux) (putain, l'OMS, quoi, c'est pas des charlots, quand même !). Dans l'absolu, j'en veux pas au personnel, ils sont en sous-effectifs, ça permet pas un
accompagnement suffisant, plutôt à la politique globale du service, donc du chef de service.
Et puis il y a quelques cases qui se sont imbriquées dans mon petit cerveau.
Direction internet, études sérieuses, fiables, sur les études de risques entre la surmédicalisation de l'accouchement et l'absence totale grde médicalisation.
Vous allez rire, hein, mais dans le cadre d'une grossesse non pathologique (un seul bébé, tête en bas, pas de diabète, d'hypertension, pas de prématurité supérieure à 1 mois,...), le médical
n'apporte rien. Que dalle, nada.
Alors c'est décidé, je ferai sans.
A la maison.
Hurlez pas, partez pas.
J'en ai parlé avec l'Homme because je peux/veux rien faire sans lui, j'ai besoin de lui à 100%.
Il est devenu un peu vert et me bredouille « mais c'est hyper dangereux, je veux pas ». Je m'en doutais un peu, alors j'ai sorti l'artillerie lourde.
Les études, les preuves, le pourquoi c'est mieux, pourquoi on prend moins de risques en étant peinards chez nous sans stress plutôt que dans un hôpital plein de bip bip et de blouses
blanches.
Le pourquoi avant tout, ce sera une sage-femme qui me suivra et pas un
gynéco-obtétricien. Un détail : personne ne m'a fait de toucher vaginal à ce jour, et c'est pas demain la veille qu'un inconnu se permettra d'y mettre une main sans raison supplémentaire que le
contrôle de routine, c'est pas open bar de ce côté là (par contre, le doppler sur le ventre pour écouter le cœur du bébé, c'est où tu veux, quand tu veux).
Le pourquoi l'hôpital j'en veux pas : les épisiotomies
quasi-systématiques pour un premier bébé par exemple : premier bébé : 38% de périnées intacts à la maison, 9% en structure médicale, tapez un peu épisiotomie sur google image et prévoyez une
bassine (ça ne réduit pas le risque de déchirure contrairement à la croyance, ma sage-femme n'en a pas fait depuis 12 ans quelle est en libéral), l'aspiration systématique des bébés (de quoi j'me
mêle ? Z'imaginez un peu l'arrivée sur Terre avec des tuyaux dans le nez alors que c'est inutile dans 99% des cas ? Ma sage-femme l'a fait 4 ou 5 fois en 12 ans...).
Le pourquoi on est vachement plus en sécurité à la maison avec une sage
femme présente à 100% pour moi du début à la fin qui te repère une anomalie en direct live, et pas une pour 5 femmes qui accouchent en même temps à l'hosto.
Le pourquoi je veux pas qu'on me colle une perf de glucose à l'arrivée
et qu'on m'empêche ensuite de boire ou manger (alors que l'OMS recommande de laisser les femmes boire ou manger si elles en ont envie).
Le pourquoi j'ai besoin de lui à mes côtés pour m'aider moralement et
physiquement tout le long, je veux pas une plante verte coincée entre l'obstétricien et l'arbre à perf avec son caméscope et son pulvérisateur d'eau.
Je veux pas qu'une puéricultrice donne des bains ou change les couches
de notre bébé, je veux que ce soit lui ou moi, je veux pas manger la bouffe lyophilisée, je veux qu'il me fasse des nouilles ou du poulet au curry (spécialités culinaires de
l'Homme).
Je suis pas malade, je suis enceinte, j'ai pas besoin de médecins, de
perfusions, de médicaments, j'ai juste besoin d'une sage-femme et de lui.
Je veux pas rester toute seule entre 20h et 13h dans une chambre blanche
en pyjama à l'attendre.
Je serai évidemment inscrite dans une maternité parce qu'on sait jamais
ce qu'il peut se passer, travail trop long, épuisant, je craque; bébé resté en siège; prématuré; problème quelconque; ...
Je ne peux pas partir du principe qu'il n'y aura aucun souci et ne pas
assurer mes arrières (de toutes façons la sage-femme refuse de me suivre si je ne suis pas inscrite dans une maternité)... Mais si tout va bien, ça ne pourra jamais se passer aussi bien qu'à la
maison, dans notre petite maison à nous, tous les deux (enfin, trois avec la sage-femme), se retrouver tous seuls avec notre bébé chez nous, faire connaissance tranquillement, à peine quelques
heures après la naissance (la sage-femme reste juste deux ou trois heures pour être sûre que la suite se passe bien, que le placenta est sorti en entier,... et elle revient faire le suivi des
suites de couches en hospitalisation à domicile pendant deux semaines).
Pour prévenir certaines objection, la sage-femme a une formation
médicale, elle ne vient pas les mains vides, elle a un coffre plein ras la gueule de matos, elle sait réanimer un bébé, l'intuber, l'oxygéner, recoudre une déchirure, faire une perf d'ocytocine
de synthèse si besoin est,...
Et aussi pourquoi j'ai envie de vivre ça en cercle restreint, hors lieu médical, je n'ai pas peur de la douleur, ma mère a fait la quasi totalité de ses bébés sans péridurale et ça a été
supportable parce qu'on l'a laissée faire comme elle le sentait, je vois l'accouchement comme une sorte de rite initiatique, des milliers de générations de femme ont donné naissance à leurs
petits avant moi, donc je sais que c'est possible de réussir, j'ai besoin de m'inscrire dans cette lignée, et je sais aussi que si la douleur était trop importante je pourrais aller à la
maternité recevoir une péridurale, j'ai une immense curiosité sur le ressenti, l'intensité, je voudrais connaître ça sans anesthésie, j'ai envie d'essayer, je veux qu'on me laisse cette chance
d'essayer donner la vie à mon bébé de façon instinctive, comme une chatte qui va se cacher dans son coin pour accoucher. C'est dur à décrire, c'est comme l'envie de faire un bébé, c'est un truc
qui me vient du fond des tripes.
Bref, tout doucement l'idée germe chez lui.
Et il finit par être partant. Par être super partant, genre on nous annonce des jumeaux, lui il y va, on accouche des jumeaux à la maison (je dis « on » accouche, il a tendance à dire
« on » est enceinte, « notre » grossesse, j'adore)
A mon immense soulagement.
Alors sauf problème, notre petit Super-Héros naîtra à la maison.
Alors oui, la douleur « tu accoucheras dans la douleur » a dit l'autre. Comment voulez-vous supporter la douleur allongée sur le dos reliée d'un côté à la perf et de l'autre au monito
qui vous interdit tout mouvement ? Ma sage-femme estimait en gros que sur 10 femmes qui veulent accoucher de leur premier bébé à la maison, 7 le feront, 2 renonceront pendant le travail
(transfert à la demande de la femme (envie d'une péridurale) ou de la sage-femme (problème quelconque)), 1 pendant la grossesse (changement d'avis de la femme ou refus de la sage-femme (diabète,
siège,...)).
La douleur est réelle (quoique là encore ça dépend des femmes) mais supportable à condition qu'on soit libres de nos mouvements. Libres de hurler, de se mettre à quatre pattes, de prendre un
bain, de changer de position toutes les 5 minutes sans s'emmêler les pinceaux dans une perfusion ou un monito. Les risques sont plus faibles qu'à l'hôpital pour une raison toute simple : la
sage-femme n'accepte que des grossesses sans soucis, elle n'est pas à même d'accoucher à domicile une femme qui vit une grossesse pathologique ou à risque. Et les risques iatrogènes sont, par
définition, inexistants @ home (ce sont ceux que je crains le plus étant d'une nature méfiante et un brin parano, j'ai pas confiance de remettre mon accouchement entre les mains de personnes que
je ne connais pas, rien que d'y penser ça me stresse, la sage-femme je la connais, elle me connaît, je ne serai suivie que par elle, je lui fais confiance).
Une étude danoise (1/3 d'accouchements à domicile au Danemark) estime le
taux de transferts en cours d'accouchement à 4%... Donc si il y a le moindre souci, ça se passera à la maternité. Sinon, on accouchera peinards chez nous sans blouses blanches ni bip-bip, sans
aucun acte inutile, sans personne pour me dire ce que je dois faire. Et si un acte médical ou chirurgical est pratiqué, c'est parce qu'il sera indispensable, et pas protocolaire (quand je vous
disais l'autre jour que l'épisiotomie ne passerait pas par moi, c'était pas de la fanfaronnade, ma sage-femme n'en a jamais fait en 12 ans d'exercice libéral).
Le chef du service de gynéco-obstétrique de la maternité où je suis inscrite est largement moins con que la moyenne, il file même un imprimé quand tu t'inscris disant que la « position
gynéco » (mais comme c'est un pro il appelle ça décubitus dorsal), sur le dos, pieds dans les étriers, est à proscrire, et que quand tu viendras accoucher chez eux ils te ficheront
la paix et te laisseront accoucher tranquillement et comme tu veux tant qu'il n'y a pas de souci et il a fait un rapport expliquant que le gros du boulot, c'est pas le travail, c'est l'état
d'esprit de la mère, si elle est relaxée, en confiance, alors ça se passera mieux, le travail évoluera plus vite, il y aura moins besoin d'interventions médicales, moi, c'est dans ma maison avec
vue sur les fraisiers entourée de la sage-femme qui me suit depuis 9 mois et de mon mec que je serai en confiance.
Me faites pas dire ce que j'ai pas dit, les femmes qui ont eu des césariennes ou pour qui les choses se sont mal passées, c'est pas de votre faute parce que vous avez pas su vous détendre, hein,
ça limite les risques, ça les réduit mais ça ne les supprime pas pour autant, nos grand-mères qui mourraient en couches, ce n'était pas de la mauvaise volonté (et l'idée qu'on me réclame de me
détendre avec des contractions douloureuse à plus en reconnaître ma mère me paraît un peu utopique).
Tenez, dans la majorité des maternités on vous interdit de manger ou boire pendant le travail. Pourquoi ? Parce que si ça se passe mal et que vous devez subir un accouchement sous anesthésie
générale, il y a un risque de régurgitations, et la régurgitation entraîne le risque de se noyer dans son vomi. En France, 1,4% (à 0,2 point près, j'ai un doute sur le chiffre) des accouchements
se finissent par une AG. Alors qu'il suffit d'anticiper ce risque, on ne refuse pas d'opérer une urgence sous anesthésie générale sous prétexte qu'il a mangé avant de se crasher en moto, on fait
juste gaffe à ce qu'il ne vomisse pas, le cas échéant on réagit en conséquence. Ben là, non, on interdit à tout le monde de manger ou boire pendant un effort conséquent, et on remplace ça par une
perfusion d'eau glucosée (c'est contraire aux recommandations de l'OMS).
Bref, je pourrais vous faire la liste de ce qui me pose problème à l'hôpital, si ça en intéresse certains j'ai un rapport du chef de service gynéco-obstétrique de la maternité où je suis inscrite
(donc un mec qu'a un pedigree long comme le bras genre professeur machin chose de la faculté truchouette qu'on peut pas accuser de pas savoir de quoi il parle ou d'être un babacool illuminé) où,
entre autres, il classe tous les gestes médicaux habituels dans les accouchements en structure médicale du meilleur (pas de risque, efficacité prouvée) au pire (risques potentiels, efficacité
nulle voire négative) en passant par l'intermédiaire (pas de risque connu, pas d'efficacité connue), ben c'est édifiant, et passionnant pour peu qu'on soit concerné par le sujet.
Du coup, si il doit y avoir un transfert vers la maternité, quelle qu'en soit la raison, j'ai au moins cette satisfaction de me dire que j'aurai pas l'épisio systématique offerte en cadeau de
bienvenue à la primipare ou le monito en continu.
En cliquant ici vous avez le lien vers le rapport, c'est 16 pages au format pdf, si vous trouvez ça
trop long, filez direct page 15, là où il y a le détail bénéfice/risque des pratiques routinières. Rapport que je relis chaque fois que j'entends un peu trop de « mais tu te rends pas
compte, c'est dangereux, et si il y a un problème,... », je crois que je vais l'imprimer en une dizaine d'exemplaire et le distribuer à ceux qui me lourderont avec ça (il y a toutes les
références des études sur l'inutilité de l'épisiotomie et autres).
Alors on a le droit d'avoir un avis, je suis pas une ayatollah de l'accouchement à domicile et c'est clair que ça convient pas à tout le monde, donc le droit d'avoir un avis,
disais-je, et même un avis opposé au mien, mais pas celui de juger ou de critiquer sa SuperHéroïne préférée qui sur ce sujet a tendance à être un peu chatouilleuse (pardonnez-moi, hein,
mais j'anticipe), je refuse de m'entendre dire que c'est dangereux (surtout par des personnes qui y connaissent généralement rien ou ne s'appuient sur aucune donnée réelle).
Vous dîtes...