Avouez, tous autant que vous êtes, vous avez déjà vu ces sales gosses capricieux mal éduqués pousser des hurlements en se roulant par terre, faire la colère du siècle pile sous les roues de votre caddie, face à un parent en apparence stoïque pas foutu de rétablir son autorité sur son lardon, et ne faisant aucun effort en ce sens d'ailleurs, parent probablement démissionnaire ou mort de honte.
Oui, avouez, TOUS, vous avez pensé que vous, le jour ou vous aurez des gosses, ça se passera pas comme ça.
Non mais sans dec'.
Pas le mien.
*mépris inside*
Et puis j'ai eu mon lardon, et entendu parler de terrible two. L'âge ou ton mignon agnelet devient un monstre incontrôlable. Opposition, gnagnagna. Là encore, moi qui avais pourtant ravalé sévère un certain nombre de principes, qui avais arrêtéde me moquer des « avant j'avais des principes, maintenant j'ai un enfant », qui comprenais enfin la copine qui disait « Avant, moi je pensais éducation, valeurs, maintenant je me dis que si ils arrivent vivants à l'âge adulte, j'aurai fait mon boulot » alors que pendant longtemps j'avais ricané intérieurement genre « ma grande, prends les en main tes gosses » quand elle disait ça (oui, incorrigible, j'avais toujours mon orgueil de coq face à une greluche qui a eu 3 enfants en 18 mois, j'applique à présent à la lettre le principe suivant « si tu sais pas, ferme ta gueule ») (Et je la ferme plus souvent qu'à mon tour) (et je m'excuse silencieusement d'avoir pensé tout ça) (que voulez-vous, on a tous vécu les certitudes) (puis la désillusion)
Bref, je me disais que les nanas qui parlent de mois de terrible two, allez les greluches, on se bouge le cul, on rétablit l'autorité, ils vont vite comprendre les règles, ça va pas durer des mois.
(oui, je vous vois ricaner, vous le sentez gros comme une maison ce qui va suivre)
Plusieurs fois ces derniers mois je me suis dit « ah, ce coup-ci, je pense qu'on y est dans la fameuse période d'opposition ». Chaque fois, ça se dégradait, un peu pire que la fois d'avant, chaque fois je me disais « ah, en fait non, on y était pas, mais là, ça y est, on y est »
Je m'adresse au Barbu en personne : déconne pas, mec, j'ai pas été assidue, je sais, j'ai séché la messe plus souvent qu'à mon tour, mais ai-je vraiment mérité ça ?
Par « ça », j'entends le gosse QUI TE FOUT LA HONTE devant tes
employeurs.
Je m'explique :
Le vendredi, j'accueille deux bébés de 8 mois et 1 an. Et Joseph, donc. En opposition doublée d'une crise de jalousie envers les 2 bébés. Sportifs, les vendredis. Parce que dans la catégorie des petites joies des 0-3 ans, il y a l'angoisse de séparation, je vous passe les détails et le pourquoi du comment, mais vers les 8 mois, le bébé devient imposable (pas taxable, hein, mais avant tu pouvais le poser, là tu peux plus), il dormait seul ? Fini. Il jouait seul ? Fini. Il te laissait quitter la pièce stoïquement ? Fini, désormais il hurle si tu quittes son champ de vision.
Vous le sentez le cocktail explosif ?
Le vendredi, c'est sportif, donc.
10mn avant le retour des parents respectifs des bébés, une odeur de vieil égout commence à diffuser dans la pièce. C'est Joseph. Mais comment diable un enfant peut produire une odeur pareille ? Bref, le premier parent frappe quand j'ai les mains dedans, normal (Murphy-ta-mère-la-pute-borgne). Il poiraute, Joseph se fait la malle à peine la couche propre sur le *u*, je renonce à lui remettre son pantalon et vais ouvrir. Sans remarquer l'absence de la chair de ma chair. (Qui a une drôle de tronche ces jours-ci, enrhumé + cheveux longs = palmier ridicule sur le dessus du crâne pour éviter l'effet mèche de devant cartonnées par la morve (oui, avoir un enfant, c'est sexy).)
A ce moment là de l'histoire, le cocktail est composé des ingrédients suivants :
-bébé 12 mois a faim, l'eau du biberon est chaude, y'a plus qu'à mettre le lait et donner, il commence à manifester son envie de se l'envoyer derrière la cravate
-bébé 8 mois retrouve son papa et est tout fou, mais il était à table au goûter et a des miettes de pain collées partout, je tente de le débarbouiller tout en racontant sa journée sans oublier bébé 12 mois.
-Joseph, sans pantalon, d'une humeur... variable... est on ne sait où
-maman du 12 mois arrive en même temps, bébé 12 mois est partagé entre l'excitation de retrouver sa maman etla faim.
Déjà, c'est le bordel.
Et Joseph surgit de sa chambre en hurlant « MAMAAAAAAAAAAN, JE VEUX METTRE MON PYJAMA », ledit pyjama à la main.
Alors, là, il faut vous expliquer.
Son pyjama, c'est une grenouillère à étoiles rouges, violettes et roses (niveau virilité, on repassera), dont on a coupé les pieds à l'arrache depuis qu'il a grandi, car il n'a pas grossi mais s'est juste allongé, donc le bas est totalement déchiqueté-like, il se ferme devant mais il manque le pression du haut.
Une serpillère coloris fille, quoi.
J'ai essayé de lutter, version digne face à deux employeurs dont je gère les enfants 8 à 11h/jour, histoire qu'ils aient l'impression de le confier à une personne responsable, quoi... « Non, non, non, Joseph, on ne met pas le pyjama maintenant, je vais te remettre ton pantalon » le gosse se transforme illico en anguille molle et se met à hurler à mort en se roulant par terre et en hurlant « NON PAS LE PANTALON, JE VEUX METTRE MON PYJAMA, MON PYJAMAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA »
Vous le voyez l'instant de solitude ?
Ou le 2 ans ½ hurle tellement fort que les bébés dans les bras de leurs parents se mettent eux aussi à pleurer...
Je lui ai mis son pyjama.
A 16h30.
Oui.
J'ai fait les transmissions de la journée avec un gosse qui ressemblait à un clodo, pieds nus, le palmier au dessus du crâne, la morve au pif, le pyjama rouge violet et rose, aux chevilles déchiquetées qui ferme pas jusqu'en haut et tombe sur l'épaule.
Mais qui au moins avait arrêté de hurler.
Vous savez quoi ? A présent, quand je croise un parent accompagné de son gosse hystérique, je ressens juste une profonde empathie...






déjà qu'il essaye de choper mon café, si je veux pas que l'équation pc portable + Joseph + café tourne mal, vaut mieux reporter la suite à plus
tard...
Vous dîtes...